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Quarante perchoirs pour accueillir les rapaces

En situation de non labour, les campagnols des champs foisonnent. Dans le Loiret, Anthony Frison installe des perchoirs pour favoriser la prédation de ces rongeurs par les rapaces.

La chouette effraie (effraie des clochers) est une grande consommatrice de rongeurs la nuit.
© DR

« Je n’ai jamais eu à retourner de parcelles à cause des dégâts de campagnols. » Exploitant sur 240 hectares dans le Loiret (1), Anthony Frison touche du bois, celui de ses perchoirs à rapaces qu’il installe pour favoriser la prédation des oiseaux de proie sur les campagnols. En non-labour depuis six ans, les parcelles de l’agriculteur de la Beauce sont exposées aux dégâts de campagnols. « J’ai bien conscience que ma pratique du semis direct et que l’importance de la luzerne déshydratée et des couverts végétaux d’interculture sont favorables au développement des campagnols. Depuis six ans que je suis installé, la situation est néanmoins sous contrôle avec une régulation naturelle par les rapaces », remarque Anthony Frison.

L’agriculteur a installé des perchoirs tous les 1 à 2 hectares sur ses parcelles de blé à l’automne. Les perchoirs sont de deux types : des piquets d’1,50 mètre de haut surmontés d’une planchette et une dizaine de perchoirs en trépied repliables de 2,50 mètres. « Cela fait cinq ans que je les utilise et je remarque leur utilisation par les rapaces (buses, crécerelles, chouettes effraies…), ne serait-ce qu’en constatant les pelotes de réjection contenant les restes de rongeurs, au pied de ces perchoirs. »

L’agriculteur installe les perchoirs après le désherbage de post-semis du blé et les retire en février, avant les premières interventions de la sortie d’hiver. Son souci est de pouvoir tous les récupérer de façon à ce qu’ils ne se retrouvent pas dans la moissonneuse-batteuse. Il est déjà arrivé que des perchoirs couchés par le vent aient été oubliés. « Je marque leur localisation par GPS avec mon smartphone ou j’y pose des jalons de couleur pour bien les repérer », précise l’agriculteur.

Jouer l’effet de surprise des rapaces à l’affût des rongeurs

L’emplacement des perchoirs n’est pas choisi au hasard. « Par rapport aux terriers de campagnols, ils doivent être mis à distance des ronds de galeries, à quelques mètres, et non au milieu, précise Aymeric Courbois, chargé de mission à l’association Hommes et Territoires (2). Ainsi, ils faciliteront l’action des rapaces en jouant sur l’effet de surprise sur leurs proies. » Les perchoirs peuvent être mis en bord de parcelle pour faciliter leurs déplacements mais pas en bordure de route ou de voie ferrée pour éviter les risques de collisions des rapaces avec les véhicules.

Pourquoi ces perchoirs peuvent faciliter l’action des oiseaux de proie ? « Plusieurs de ces rapaces se comportent en chasseurs à l’affût, en se posant sur un perchoir et en fondant sur leur proie une fois celle-ci repérée. C’est le cas des buses et des faucons crécerelles que l’on voit souvent posés sur des piquets en bordure de route, ou de la chouette effraie la nuit, renseigne Aymeric Courbois. Avec plusieurs perchoirs installés sur une parcelle, les rapaces dépensent moins d’énergie à capturer leurs proies et se maintiennent sur les champs à campagnols. Un oiseau consomme plusieurs rongeurs par jour. »

Rendre les perchoirs facilement amovibles

Un piquet surmonté d’un support en bois : la fabrication d’un perchoir n’est pas compliquée en soi. Mais il faut pouvoir le rendre facile à ancrer solidement et à enlever. « Les piquets à enfoncer dans la terre sont difficiles à retirer ensuite, remarque Aymeric Courbois. Des tubes en PVC ou métallique peuvent être enfoncés dans le sol pour y introduire la base des piquets, ce qui facilite leur retrait si besoin. Autre solution : un piquet en fer avec une cale soudée perpendiculairement 40 centimètres au-dessus de la base sera plus facile à enfoncer. Enfin, il existe des perchoirs en trépieds repliables faciles à déplacer. » Anthony Frison privilégie les perchoirs en bois, qui risqueront moins d’endommager un équipement de récolte qu’un piquet de métal s’il est oublié dans le champ.

L’objectif d’une telle opération n’est pas d’éradiquer les campagnols mais de les maintenir à un niveau de population économiquement acceptable pour l’agriculteur. Anthony Frison ne recourt pas à l’utilisation de la bromadiolone dans ses champs et préfère s’en tenir à la régulation naturelle. « J’ai également installé des nichoirs pour les rapaces et, sous les pylônes électriques, j’ai créé des amas de pierres pour favoriser l’installation des belettes qui sont aussi des prédateurs de campagnols. Enfin, j’essaie de convaincre les chasseurs de ne pas tirer les renards… » Le roulage systématique des semis de blé contribue à détruire les galeries et des campagnols avec. Une étape suivante pourrait être de mettre en place des haies, des arbres. L’agroforesterie est une solution espérée à terme.

(1) Voir numéro 324 (mai 2018) de notre revue, pages 22 à 24(2) http://www.hommes-et-territoires.asso.fr/site-content/90-perchoirs-a-rapaces/86-perchoirs-a-rapaces

Des nichoirs pour renforcer les populations de rapaces

Outre les perchoirs pour favoriser l’activité des rapaces, Anthony Frison a installé des nichoirs sur son exploitation : deux sur les hangars pour la chouette effraie et le faucon crécerelle, un sur une cabane d’irrigation pour la chouette chevêche et un dans un arbre pour la crécerelle. Plus largement, l’association Homme et Territoires a mené des actions pour implanter des nichoirs. « De 2013 à 2016, nous en avons installé 70 en tout, dont la moitié a été occupée par des rapaces lors de la saison de reproduction, précise Aymeric Courbois, salarié de l’association. Nous proposons ces nichoirs à nos adhérents et partenaires. La coopérative Agro Pithiviers a permis l’installation d’une cinquantaine d’entre eux : 14 à effraies, 15 à crécerelle et le reste pour les chevêches. » Installées dans des bâtiments agricoles ou de vieux arbres fruitiers, ces nichoirs doivent renforcer les populations de prédateurs de rongeurs.

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