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PARITÉ EURO/DOLLAR
Quand l’euro rit, l’export pleure

Sur un marché agricole mondialisé, le taux de change entre l’euro et le dollar est devenu un élément de compétitivité aussi déterminant que complexe et imprévisible

Le taux de change entre l’euro et le dollar s’invite désormais dans toutes les analyses de marché consacrées aux matières premières agricoles, en raison de son impact sur la compétitivité des différentes origines.D’abord parce que, sur le territoire extracommunautaire, le dollar sert de monnaie de référence. Lors d’un appel d’offres international, les prix sont tous ramenés en dollar. En situation d’euro fort, la conversion entraîne donc un effet démultiplicateur du prix de la marchandise européenne, qui perd en compétitivité. « Le sujet est devenu plus sensible avec le désengagement de la PAC, souligne Vincent Godier, chez Calyon. Lorsque l’on exportait via l’intervention, le taux de change n’était pas si grave car Bruxelles mettait au pot. »

ARBITRAGES COMPLEXES

L’influence du niveau du dollar ne s’arrête pas là.Ces dernières années, les principaux pays importateurs ont instauré une planification de leurs stocks, en se fixant des budgets en dollars. Une baisse de la monnaie américaine équivaut donc à une baisse du prix des importations dans la monnaie locale, et favorise une anticipation des achats — alors que dans le même temps la compétitivité européenne pâtit de la hausse de l’euro. Mais tout ne se résume pas à un simple arbitrage mathématique. « Compte tenu des enjeux géopolitiques, ce n’est pas parce que le dollar monte que les Égyptiens vont refuser le blé américain pour s’approvisionner intégralement auprès de l’Europe, précise Vincent Godier. D’autant que la différence de qualité entre les origines joue également un rôle important. » Sans compter que toute variation du taux de change sera rapidement intégrée par les marchés à terme internationaux dans l’ajustement des prix des uns et des autres.

Gabriel Omnès

REPÈRE N° 1 : Euro fort

« Le taux de change euro/dollar s’est apprécié de plus de 20 % depuis la fin 2005 et, depuis la mi-2007, il fluctue autour de ses plus hauts niveaux historiques, entre 1,45 et 1,48 », constate Olivier Bizimana, de la Direction des études économiques au Crédit agricole. On peut donc parler d’un euro fort, pénalisant pour les exportations européennes.

REPÈRE N° 2 : Volatilité

L’évolution du taux de change euro/dollar fait office de sismographe enregistrant les secousses de la crise économique. En période d’incertitude, le dollar est une valeur refuge, et tend à se renforcer. Les pics importants observés ces derniers mois — 1,25 pour les creux et 1,48 pour les sommets — se forment au gré des nouvelles sur l’état de l’économie. La remontée progressive de l’euro depuis avril témoigne d’un regain de confiance dans la reprise. « La grande volatilité persistera tant que l’incertitude demeure », pronostique Olivier Bizimana.

REPÈRE N° 3 : Grivna

Le dollar n’est pas la seule devise influençant les marchés céréaliers. La forte dévaluation de la monnaie ukrainienne, la grivna, à la fin de 2008 et courant 2009, n’est pas étrangère aux performances exceptionnelles de ce pays sur la campagne écoulée. L’Ukraine a ainsi gagné des parts de marché sur des débouchés traditionnels de l’Europe.

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