Aller au contenu principal

Produits phytosanitaires
Près de 50 000 mélanges autorisés...

Près de 50 000 mélanges de produits phytosanitaires ont été autorisés officiellement à l´usage... de façon provisoire. Encore des milliers à venir pour « assainir » la pratique.


Jusqu´à ce début d´année, légalement parlant, le recours à des mélanges de produits phytosanitaires était interdit... mais largement toléré en pratique. Pour clarifier cette situation, la Sous-direction de la Protection des Végétaux au sein de la DGAL(1) avait décidé de prendre le taureau par les cornes : établir une liste de mélanges autorisés après évaluation au cas par cas. La tâche est énorme : les possibilités de mélanges dans les diverses cultures et avec les nombreux produits phytosanitaires est de plusieurs centaines de mille.
Aujourd´hui, environ 50 000 mélanges ont pu être évalués et autorisés à l´usage. Les autorisations quand elles sont délivrées sont provisoires. C´est la procédure normale avant l´homologation définitive après évaluation approfondie des dossiers par la Commission d´évaluation de la toxicité (CET ou « Com Tox ») puis décision par le Comité d´Homologation.

Plus de dix ans pour la deuxième phase d´évaluation
« Pour cette deuxième phase, un dossier type d´évaluation des risques est en cours d´élaboration. Il doit déboucher avant fin 2003, annonce Gaëlle Féron, de la sous-direction de la Protection des végétaux. Il comportera le niveau d´exigence à définir par mélange. La deuxième phase sera opérationnelle à compter de 2004. » Des voix s´élèvent contre la lourdeur de la procédure et des inquiétudes se manifestent sur la deuxième phase d´évaluation. « Le dossier à remplir par mélange comportera une dizaine de pages, ce qui prendra deux jours pour réunir tous les éléments de ce dossier, estime François Florelli, responsable du département homologation chez Bayer CropScience et chargé d´étudier la question au sein de l´UIPP. Pour l´étude de tous les mélanges, cela devrait prendre pour nous, les firmes, des dizaines d´années. Et des centaines pour la CET qui doit examiner les dossiers. »
Ce qu´il faut retenir actuellement, c´est que « les mélanges peuvent être utilisés une fois qu´ils ont fait l´objet d´une autorisation provisoire, reprécise Gaëlle Féron, et que tout mélange non autorisé est interdit. »

Surgit le spectre des contrôles de la Protection des végétaux sur les mélanges. Gaëlle Féron ne dément pas le rôle de son institution, en dépit du nombre de dossiers restant encore à examiner ou pas encore déposés. Espérons que, sur le terrain, les agents de la Protection des végétaux seront plus réalistes.
Les instituts techniques ont la charge d´élaborer les dossiers de mélange pour évaluation en concertation avec les sociétés phytosanitaires et la distribution. Ils déposent les dossiers auprès des pouvoirs publics. Ils peuvent prendre le parti de ne pas inclure certains mélanges dans la liste à examiner, même si ceux-ci existent en pratique. Les instituts techniques évaluent notamment la justification agronomique. Un exemple : le mélange sur tournesol entre les fongicides Punch et Corbel. « Ce mélange est très pratiqué sur le terrain mais ce n´est pas dans la politique du Cetiom de préconiser cette solution pour lutter contre les maladies, signifie Estelle Perrin, chargée de l´évaluation des intrants au Cetiom. Par ailleurs, il existe un produit voisin prêt à l´emploi, Initial, équivalent au mélange et la carbendazime du Punch a un classement toxicologique rédhibitoire pour la Com Tox. »

Un premier tri sur des critères toxicologiques
De leur côté les sociétés phytosanitaires peuvent refuser le dépôt de dossier de certains mélanges en justifiant de l´incompatibilité physico-chimique entre spécialités ou du risque d´effets sur l´environnement. Y a-t-il eu blocage de certains dossiers à cause de mélanges de produits de sociétés concurrentes ? Il semble que ce facteur ait peu joué sur l´élaboration des dossiers. « Les firmes ont bien joué le jeu », aux dires des instituts techniques.
Après dépôt des dossiers, la liste positive de mélanges provisoirement autorisés a été effectuée après un premier tri par la DGAL sur des critères de classements toxicologiques (T+, T, CMR...)(2) entre les produits du mélange ou de mêmes phrases de risques(3). A titre d´exemple, les mélanges intégrant des fongicides contenant du carbendazime ont été jugés non recevables à cause du classement CMR de cette substance active. Cela concerne plusieurs mélanges sur céréales, sur pois protéagineux...

Les mélanges avec des spécialités présentant les mêmes phrases de risques ont également été rejetés ou mis en attente. Là encore, les fongicides céréales pâtissent de cette règle. « Nous avons déposé des dossiers de mélanges de fongicides à deux ou trois spécialités associant trois matières actives aux modes d´actions différents (strobilurine, triazole, chlorothalonil). C´est un moyen de lutter contre l´émergence de souches résistantes de septorioses aux strobilurines, précise Jean-Yves Maufras, Arvalis. Mais il y a eu peu d´autorisations sur ces mélanges à cause de doublons de phrases de risques entre produits. »

Certaines de ces phrases de risques ont été mises en vigueur il y a quelques années et n´ont été appliquées que sur des produits récents. Bien que n´étant pas moins dangereux, des produits plus anciens ont évité cette « mise à l´index ». Inégalité des chances entre anciens et nouveaux produits dans les dossiers mélanges. Mais pour les mélanges qui n´ont pas reçu d´autorisation provisoire, les dossiers ne sont pas clos. « Nous engageons les firmes à fournir tout élément justifiant de la réintégration de ces mélanges dans la liste positive, » encourage Gaëlle Féron, pour ce qu´elle appelle « les mélanges écartés ».
Quant à la communication auprès des agriculteurs, la liste des mélanges autorisés figure en ligne sur les sites internet du ministère de l´Agriculture, des instituts techniques... Le mieux est encore de s´adresser à son conseiller technique habituel qui aura la charge de vérifier l´autorisation d´usage pour un mélange demandé.

©Estimations campagne 2000/2001. Source : UIPP

(1) Direction générale de l´alimentation.
(2) Risque cancérigène, mutagène, effet reproduction.
(3) Sur une étiquette d´emballage, elles sont normalisées (R1 à R63) et précisent les risques sur l´utilisateur, l´environnement.
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Grandes Cultures

Les plus lus

Par défaut, la zone non traitée s’établit à partir de la limite de propriété du riverain et non à partir de ses bâtiments.  © C. Watier
Réglementation/ZNT : les 8 questions que tout agriculteur doit se poser pour éviter les pièges
Les zones non traitées à mettre en place près des habitations viennent compliquer le travail au champ, la gestion du parcellaire…
Sébastien Windsor Chambres d'agriculture
« 15 % des agriculteurs pourraient ne pas passer l’année » dans les zones intermédiaires (Chambres d'agriculture)
Sébastien Windsor , président de l'assemblée permanente des chambres d'agriculture, a alerté sur la situation difficile de…
plan de relance - volet agricole
Plan de relance/agriculture : 1,2 milliard d'euros pour la souveraineté agroalimentaire française
Plan protéines doté de 100 millions d'euros, "aide à la conversion" pour l'agroéquipement, crédit d'impôt pour la certification…
Avec une année 2020 "catastrophique" faisant suite à plusieurs mauvaises campagnes, les responsables de l'AGPB Eric Thirouin (président, à gauche) et Philippe Heusèle (secrétaire général) ont appelé à des mesures d'urgence pour soutenir le secteur. © G. Omnès
« Plus de la moitié des céréaliers ne dégageront aucun revenu en 2020 » (AGPB)
Le syndicat céréalier pointe du doigt la situation très difficile des grandes cultures depuis plusieurs années et qui culmine en…
Terres agricoles : l'indice des fermages 2020 est publié
Le nouvel indice du fermage est connu. En légère hausse de 0,55 %, il est de 105,33. Ce chiffre permet de déterminer le montant…
La production mondiale tous blés (hors Chine) est stable par rapport à l'an passé, écartant le risque de bilan mondial très déficitaire.
[Marché] Blé tendre : les prix peuvent-ils monter en 2020-2021 ?
La bonne récolte mondiale 2020 de blé tendre permettra d’alimenter la demande sans pour autant regonfler les stocks assez bas des…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
Moins de 8.50€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures