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Préparer la succession des néonicotinoïdes en TS

Pour le traitement de semences (TS) des prochains semis de céréales, les agriculteurs peuvent encore compter sur la famille des néonicotinoïdes (imidaclopride) pour lutter contre pucerons et cicadelles. Mais l’offre doit s’arrêter en 2018…

L’automne 2015 particulièrement doux avait débouché sur de fortes attaques de pucerons sur les blés et orges. Ces ravageurs, vecteurs de la jaunisse nanisante de l’orge (JNO), avaient occasionné des pertes de 25, voire 30 quintaux/hectare pour les parcelles mal ou non protégées. Qu’en est-il cette année ? « Rien de comparable, annonce d’entrée Marc Letroublon, responsable de la protection de semences et des insecticides pour l’Europe de l’Ouest et du Nord chez Bayer. Des vols ont eu lieu à l’automne. Quelques symptômes de jaunisse ou de nanisme sont visibles ce printemps mais les vols ont dû être moins virulifères car dans l’ensemble, l’état sanitaire des parcelles est bon. » On peut dire merci au climat, bien évidemment, et aussi à une protection insecticide soutenue. « La tendance de fond indique une augmentation de l’utilisation des traitements de semences insecticides, précise-t-il. 75 % des orges sont aujourd’hui protégées, contre 30 % des blés. » Ces insectes aériens, qui piquent les jeunes plantules à l’automne pour se nourrir, transmettent des virus fortement préjudiciables aux cultures, tels que le virus de la jaunisse nanisante de l’orge pour les pucerons et le virus de la maladie des pieds chétifs pour les cicadelles. L’orge est plus sensible que le blé.

Une persistance d’action de soixante jours

Dans un marché des traitements de semences des céréales en léger retrait (-3 %), le segment des insecticides visant les ravageurs aériens (pucerons et cicadelles notamment) est le seul à légèrement progresser depuis quelques années. L’imidaclopride reste la molécule phare des programmes. Mais pour combien de temps ? Car sa possible interdiction, et plus largement celle de toute la famille des néonicotinoïdes, est en discussion depuis des mois en France et en Europe. « Ce traitement assure une protection de la culture de soixante jours environ, du semis jusqu’au stade 4-5 feuilles, rappelle Nathalie Robin, spécialiste des ravageurs chez Arvalis. Bien sûr, il reste les traitements en végétation à base de pyréthrinoïdes, pour cibler les pucerons, mais leur efficacité est fortement dépendante de leur positionnement. Leur persistance d’action étant d’environ quinze jours, l’application est à renouveler si de nouvelles infestations ont lieu. La portance du sol, les conditions climatiques (vent, pluie…) ou les priorités des chantiers sur l’exploitation peuvent conduire à différer l’intervention et de ce fait, à en pénaliser fortement l’impact. »

Les TS plus efficaces que les traitements aériens

Dans ce cas, le conseil est de traiter quand 10 % des plantes hébergent un puceron ou quand ces ravageurs ont été repérés pendant plus de dix jours sur une même parcelle. La surveillance doit débuter dès la levée pour une intervention au plus tôt, au stade 1 feuille. Mais le traitement ne protège que les feuilles présentes. Au-delà de la première application, la surveillance des parcelles est à poursuivre pour reconduire au besoin une nouvelle application.
En 2015, certaines parcelles auraient nécessité jusqu’à trois applications. Une stratégie qui augmente le coût du traitement, l’IFT et le risque d’installer des résistances contre cette famille d’insecticides. « Sans oublier que cette protection n’est pas aussi performante que les TS, remarque Nathalie Robin. Dans nos essais, un écart de 5 à 10 % de rendement est observé entre l’imidaclopride appliqué en traitement de semences et la meilleure des autres solutions insecticides appliquée en végétation. »

Les firmes, à l’image de Bayer, développent des réseaux de piégeage pour identifier et quantifier au mieux les vols de pucerons en cours de campagne. « Plusieurs piégeages ont lieu en cours d’année : au printemps dans les céréales, en été dans les repousses et à l’automne. L’objectif est, à chaque étape, de quantifier les pucerons et d’estimer leur potentiel virulifère pour établir des cartes de risques », précise Marc Letroublon.

Des résistances génétiques variétales vis-à-vis de la JNO

La lutte doit aussi passer par la prévention. Détruire les réservoirs à virus (repousses et graminées sauvages) permet par exemple de réduire les populations. Autre conseil : éviter les semis précoces. Reculer la date de semis réduit en effet les risques de concomitance entre la période de forte activité des pucerons et les stades les plus sensibles des céréales. Mais en cas d'automnes doux et prolongés, cette stratégie, qui peut aussi pénaliser le potentiel de rendement, n’est pas suffisante. C’est ce qui s’est passé à l’automne 2015.
Et la voie génétique ? « C’est sans aucun doute une alternative intéressante à moyen terme, confie Nathalie Robin. Des gènes de tolérance au virus BYDV(1) responsable de la JNO ont été identifiés sur orge mais le nombre de variétés tolérantes et disponibles demeure extrêmement limité à ce jour. Sans compter qu’elles ne permettent pas de couvrir tous les débouchés, notamment pour la brasserie. Sur blé tendre et blé dur, aucune variété résistante ou tolérante à la JNO n’est disponible en France. » Si ces résistances ou tolérances sont très intéressantes vis-à-vis de la JNO, elles ne permettent pas de contrôler la maladie des pieds chétifs transmise par les cicadelles. Le projet JNOrge, initié à l’automne 2016 par Arvalis, le Geves, l’Inra et trois sélectionneurs (Secobra Recherches, Limagrain et Florimond Desprez) vise à accélérer les recherches dans ce domaine. Techniciens et agriculteurs attendent également beaucoup des solutions de biocontrôle. Mais à court terme, aucune spécialité n’est prévue.

(1) Barley yellow dwarf virus.

Interdiction des néonicotinoïdes pour les semis 2018 de céréales

La loi pour la reconquête de la biodiversité, votée en France en août  016, prévoit l'interdiction de l’utilisation des néonicotinoïdes à compter du 1er septembre 2018 avec, en l'absence d’alternative, des dérogations possibles jusqu'au 1er  juillet 2020. À charge pour l’Anses de comparer les bénéfices/risques des spécialités contenant des néonicotinoïdes aux méthodes alternatives ou produits de substitution. L’interdiction porterait sur sept substances actives : acétamipride, clothianidine, imidaclopride, thiaclopride, thiaméthoxame ainsi que deux molécules non autorisées sur le territoire européen, dinotéfurane et nitenpyrame. En Europe, des restrictions existent déjà depuis le 1er décembre 2013. Une proposition de la Commission européenne, datant du 23 mars 2017, viserait à limiter l'utilisation des trois molécules de la famille des néonicotinoïdes (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame) aux seuls usages sous serre.

L’imidaclopride partagé entre sociétés

En un an, le marché des traitements de semences insecticides sur céréales a vu plusieurs spécialités changer de propriétaires.

-  Pour lutter contre les ravageurs aériens, cinq spécialités, à base d’imidaclopride se partagent aujourd’hui le marché. Gaucho 350, Gaucho Duo FS et Nuprid 600 FS pour les semences certifiées ;  Férial Duo FS et Matréro pour les semences de ferme.

-  La distribution de Gaucho 350 de Bayer est désormais confiée à Syngenta et à Semences de France. Les deux sociétés ont décidé de l’associer à un fongicide.

-  L’arrivée du générique Nuprid 600 FS (imidaclopride), distribué par Nufarm pour les semences certifiées et par Certis pour les semences de ferme (Matréro), a généré davantage de négociation sur le terrain.

-  Pour les semis 2018, les agriculteurs ne devraient plus disposer de molécules de la famille des néonicotinoïdes, sauf dérogation. Pour les firmes, l’objectif est de viser un stock zéro pour cette fin de campagne.

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