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Marchés agricoles
Pour Ken Ash, de l´OCDE, « le point crucial est le découplage des aides »

Très libéraux, les économistes de l´OCDE (1) affirment que les marchés agricoles peuvent trouver leur équilibre à condition qu´il n´y ait pas de distorsions de concurrence. Entretien avec Ken Ash, directeur adjoint de l´alimentation, de l´agriculture et des pêcheries de l´OCDE.


Réussir Céréales Grandes Cultures : Des pays déploient des budgets pour soutenir leur agriculture. D´autres tirent leur compétitivité de normes environnementales et sociales très faibles. D´autres plus pauvres n´ont pas d´autre solution que d´utiliser des tarifs douaniers. Le libre-échange agricole est-il vraiment possible ?

Ken Ash : Nous pensons que oui. Nous en sommes encore loin pour toutes ces raisons. Le premier problème à régler est celui des 300 milliards de dollar par an d´aides agricoles qui faussent les échanges. Il faut les réduire et surtout modifier leur nature. Chaque pays a le droit de poursuivre la politique agricole qu´il choisit. A l´OCDE nous pensons qu´elles sont très importantes y compris pour les pays en voie de développement qui doivent aussi évoluer. Mais ces politiques ne doivent pas influer sur le marché par le biais de soutiens aux exportations ou de protections aux frontières.

RCGC : A ce propos, vous pointez l´inefficacité et l´incohérence des politiques menées dans l´UE et aux USA. Pourquoi ?

Ken Ash : Nos études montrent que dans les pays de l´OCDE, 25 % seulement des aides agricoles soutiennent réellement les producteurs. Le solde se retrouve capitalisé dans la valeur de plus en plus élevée du foncier et se trouve capté par les fournisseurs, fabricants et distributeurs à tous les niveaux de la chaîne alimentaire. Le résultat de ces politiques conduit à des structures coûteuses et à une moindre rentabilité de l´agriculture donc à des problèmes de compétitivité.

RCGC : Et l´incohérence ?

Ken Ash : En 1998, les ministres de l´OCDE ont défini des objectifs partagés. Y figurent le souhait que le secteur agro-alimentaire soit plus réceptif aux signaux du marché, qu´il soit efficace et durable, qu´il réponde à des exigences de sécurité et de qualité alimentaire, qu´il contribue à la préservation de l´environnement... Pour y répondre, les soutiens agricoles ne doivent pas encourager à produire plus ni porter sur les prix ni conduire a des coûts structurellement plus élevés. Sans quoi, l´équilibre du marché ne peut pas se produire. Si les aides soutiennent directement le revenu, visent des objectifs environnementaux ou de développement rural, alors ils interfèrent beaucoup moins sur l´équilibre des marchés. Le point crucial, c´est le découplage des aides.

RCGC : A propos d´équilibre, regardons le marché du blé. Production mondiale en fort recul, l´UE n´accorde quasiment plus de restitutions et on observe des écarts de prix du simple au double entre Odessa et Chicago. Peut-on vraiment parler de marché mondial ?

Ken Ash : Vous avez raison de dire qu´il est difficile de définir le marché mondial. Les effets géographiques et logistiques influent beaucoup sur les équilibres régionaux entre l´offre et la demande. Mais il n´en demeure pas moins que si les politiques agricoles influent sur les volumes de production et les cours, il est encore plus difficile d´atteindre l´équilibre du marché.

RCGC : Que penser du nouveau Farm Bill, de l´évolution de la Pac et de l´issue du cycle de Doha ?

Ken Ash : Le Farm Bill voté cette année par les États-Unis a créé la surprise. Cette loi est très complexe dans ses détails et nous n´avons pas terminé son évaluation. Mais il est clair qu´elle marque un changement de cap vers davantage de soutiens et d´encouragement à la production. Ceci n´est pas une bonne nouvelle. Dans le même temps, les USA ont fait une proposition à l´OMC qui donne à nos yeux des signaux beaucoup plus positifs. C´est pourquoi il me semble qu´il sera difficile pour les États-Unis de garder le Farm Bill tout en restant sur cette proposition.
Pour la Pac, la révision à mi-parcours proposée par M. Fischler comprend des propositions en totale opposition avec les orientations américaines. Mais elle reste pour l´instant une simple proposition et le sommet de Bruxelles va la faire évoluer. Des deux côtés, les positions demandent à être éclaircies. En revanche, ce qui est très clair, c´est que les PVD et le groupe de Cairns veulent obtenir des avancées significatives sur les subventions agricoles.




(1) L´Organisation de coopération et de développement économique émane d´une convention de 1960 et regroupe aujourd´hui trente pays développés. La France et la plupart des pays membres de l´UE, les États-Unis, le Canada, l´Australie, le Japon en font partie.

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