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Biocarburants
Pour Daniel Collard, président de Cristal-Union, « l´éthanol a d´abord un intérêt environnemental »

Daniel Collard, agriculteur à Thibie dans la Marne, président de Cristal-Union et porteur du projet Cristanol de production d´éthanol de blé et de betteraves, s´exprime sur le règlement sucre et les dernières décisions gouvernementales sur les biocarburants.


Que pensez-vous du nouveau règlement sucre ?
Daniel Collard - Ma première remarque est que l´Union européenne, avec ce règlement sucre, se positionne en tant qu´importateur ; elle accepte donc une dépendance alimentaire. C´est regrettable, c´est un non-respect de ses citoyens et de son territoire. Une telle position serait concevable si l´Europe n´était pas capable de produire ce dont elle a besoin ; or ce n´est pas le cas. Mais ceci s´inscrit dans le contexte des négociations en cours à l´OMC. De plus, sur le volet export, la possibilité d´exporter n´est pas clairement affiché. La possibilité existe mais elle est limitée. Or on pourrait avoir dans l´avenir des cours mondiaux à des niveaux tels qu´il serait intéressant d´exporter. Enfin, au moment où les aides sont contestées, on transforme un régime qui s´autofinançait en un régime avec des prix plus bas pour les producteurs - prix bas dont ni le consommateur ni le citoyen ne profiteront - et compensés (partiellement) par des aides à l´hectare !
Sur le règlement sucre lui-même, qu´avez-vous à dire ?
D. C. - Je pense que les plus productifs vont pouvoir tirer leur épingle du jeu mais, en tant que président de Cristal-Union et donc d´industriel, je crains qu´avec la disparition de l´intervention(1) Bruxelles ne régule le marché par les prix, en jouant sur le déclassement et sur les certificats d´exportation. Les producteurs, eux, ont un prix garanti mais rien n´est prévu pour palier les écarts de rendement dus aux aléas climatiques. Il serait dommage, en cas de bonne récolte, de devoir stocker du sucre à grand frais et de limiter la récolte suivante, alors qu´au même moment, il y aurait des prix mondiaux élevés, signe d´une demande mondiale. Ce qui peut arriver avec la demande mondiale tant en sucre qu´en éthanol ; le sucre n´a jamais été aussi cher depuis dix ans et les cours peuvent encore monter. Les agriculteurs français ne comprendraient pas qu´on ne puisse accéder à ces marchés !
Qui va arrêter de produire en Europe ?
D. C. - Le règlement actuel, qui doit encore être validé par le Parlement européen, prévoit un fonds de restructuration pour les industriels qui arrêteront et des indemnisations pour les producteurs de betteraves. Il est certain que des pays, des régions vont arrêter de produire. Mais on ne sait pas qui, ni quand. 2006-2008 va donc être une période délicate, la baisse des prix étant progressive, les arrêts de production ne vont donc pas être tous immédiats.
Le développement de l´éthanol arrive donc à point nommé ?
D. C. - Certes, le développement de l´éthanol arrive en même temps que la réforme de l´OCM sucre et dans un contexte d´augmentation des cours du pétrole. Mais l´éthanol a d´abord un intérêt environnemental pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, pour lutter contre le réchauffement climatique. Pour moi, pétrole et éthanol sont deux produits différents, l´un fournit de l´énergie, l´autre de l´énergie et un `plus´ du point de vue environnement. Il y a de la place pour les deux séparément ou en association.
Le 21 novembre(2), il y a eu un affichage politique fort des ministres de l´Industrie et de l´Agriculture, de la part du gouvernement donc, pour un développement effectif des biocarburants. Aujourd´hui, enfin, il y a des décisions concrètes qui vont permettre d´avancer. Je ne peux que m´en féliciter comme producteur et comme citoyen. Ce qui me semble intéressant à relever dans les décisions prises, c´est que toutes les voies sont à explorer, certaines dès maintenant, comme l´ETBE et aussi l´incorporation directe, mais que d´autres sont ouvertes pour le futur, comme les véhicules flex-fuel ou l´ester éthylique d´huile végétale pour ne parler que de l´éthanol.

Où en êtes-vous du projet Cristanol ?
D. C. - Nous avons obtenu un agrément pour 80 000 tonnes d´éthanol pour 2007 ; c´est insuffisant pour rentabiliser une unité de production de taille compétitive comme ce que nous prévoyons. Il faut pour cela 200 000 tonnes soit 2,5 à 3 millions d´hectolitres de production d´éthanol.
Cristanol a donc répondu à l´appel d´offres du 25 novembre pour les agréments 2008. Sans attendre le résultat, nous lançons la construction de la première tranche de l´usine de Bazancourt ; c´est nécessaire pour que la production démarre dans l´été 2007 et être ainsi en mesure de répondre à l´engagement pris pour cette année-là. Cela marque notre sérieux et notre confiance. Nous espérons que cela sera pris en compte lors de l´attribution des prochains agréments.
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