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En chiffres
Porcs et céréales : des synergies qui s'enrichissent dans la durée

Bernard Bouilliard, le céréalier, et Patrick Grandpierre, l’éleveur de porcs, travaillent ensemble depuis les années 90. Le partenariat qu’ils ont mis en place avec quatre autres agriculteurs leur a permis de sécuriser leurs revenus en développant des projets d’envergure et qui tiennent la route.

Cela fait maintenant 25 ans qu’ils travaillent ensemble. Pour Bernard Bouilliard, céréalier sur 183 hectares à Vaucogne dans l’Aube, et Patrick Grandpierre, éleveur de porcs à Dampierre, petit village distant de quelques kilomètres, la collaboration entre céréaliers et éleveurs est synonyme de rentabilité et de projets. Avec trois autres collègues céréaliers, les deux agriculteurs sont associés dans un élevage de porcs et dans une unité de méthanisation. Les cultures de Bernard Bouilliard accueille les effluents produits par l’élevage dirigé par Patrick Grandpierre. L'atelier de fabrication d’aliments à la ferme et le méthaniseur qui y sont adossés absorbent quant à eux une partie des productions de la ferme du céréalier. Pour le cultivateur, ce partenariat de longue date sécurise indubitablement ses revenus : «Mes parts dans la porcherie me rapportent environ 10 % de mon revenu global et le méthaniseur à peu près 20 %, explique Bernard Bouilliard. Et c’est sans compter les échanges entre la ferme et l’élevage. » Quant à Patrick Grandpierre, il n’aurait tout simplement pas pu réaliser son rêve sans l’appui de ses voisins céréaliers. Lorsqu'il pose ses valises à Dampierre, c’est pour travailler comme salarié sur l’un des élevages les plus modernes de France. « Nous étions au début des années 90, il y avait des caillebotis, des échangeurs d’air… c’était tout nouveau », se rappelle-t-il. Le métier le passionne, mais il a un rêve, s’installer. Sauf qu’il lui manque le capital. « Pour un élevage de porcs, l’investissement de départ était à l’époque de 10 millions de francs, dont 9 pour les bâtiments », se souvient-il. C’est vers ses voisins céréaliers qu’il se tourne pour co-investir. «Le modèle existait déjà», décrit l’éleveur. Un groupe de six jeunes dans la vingtaine, à l’exception d’un quarantenaire, se dessine rapidement. Bernard Bouilliard en fait partie. «Je venais de m’installer sur l’exploitation de mon oncle et le projet me tentait bien, surtout avec l’arrivée de la PAC de 92, explique-t-il. Mais je ne pouvais pas investir beaucoup. » Le groupe crée une SCEA où chacun participe à hauteur de ses moyens. Bernard Bouilliard prend ainsi 6 % des parts et Patrick Grandpierre 12%. La banque suit, rassurée par le contrat de dix ans signé avec un industriel pour des femelles reproductrices.

Les céréaliers gardent leur liberté dans leur assolement

Au début, Bernard Bouilliard récupère le revenu agricole associé à son investissement initial, ainsi que le lisier de l’élevage, ces terres étant dans le plan d’épandage. Puis au fil des ans, le projet grossit et le partenariat s’enrichit. Désormais, « 500 truies sont engraissées chaque année et nous produisons 13 000 porcs par an », décrit Patrick Grandpierre. Les associés ont remplacé en 2005 l’activité de naissage par la fabrication d’aliments à la ferme, plus rentable, et dont l’approvisionnement ne repose pas sur les fermes des associés céréaliers. « Nous nous sommes posés la question de devenir organisme stockeur pour pouvoir vendre en direct des grains à l’élevage, raconte Bernard Bouilliard. Mais le jeu n’en valait pas la chandelle. Dans la région, nous avons beaucoup de coproduits issus de l’industrie agroalimentaire, et c’est plus intéressant pour l’élevage de récupérer ces matières. » Les céréaliers gardent ainsi une totale liberté de choix dans leur assolement : « Nous vendons nos productions comme nous l’entendons, il n’y a aucune obligation, indique Bernard Bouillard. Les deux gestions sont très autonomes. » Le principal lien est indirect : lorsque les agriculteurs vendent en prix moyens à leurs coopératives, Vivescia ou la Scara, celles-ci mettent à disposition de l’élevage un tonnage équivalent en prix moyen également. Ponctuellement, les céréaliers fournissent du maïs sur pied, mais qui ne représente que 20 % des besoins de l’élevage (voir encadré).

Le méthaniseur procure un engrais mieux valorisé

Depuis 2009, les associés disposent d’un méthaniseur. « Après la crise du porc de 2003-2004, le banquier nous a questionnés, et j’ai commencé à réfléchir à un projet de méthanisation, indique Bernard Bouilliard. J’ai proposé le projet lors d’une de nos réunions mensuelles sur la stratégie. Nous nous sommes lancés pour sécuriser les revenus du porc. » Les associés créent pour l’occasion une SAS, l’activité n’étant pas encore reconnue comme agricole. Moteur sur le sujet, Bernard Bouilliard prend la gérance de la société et 30 % des parts, Patrick Grandpierre investissant pour 20 %, les autres associés se partageant le reste. L’installation, qui a coûté 1,2 million d’euros, fonctionne en cogénération. « Ça nous a permis de faire 40 % d’économie sur la facture d’électricité de l’élevage tout en ventilant davantage l’hiver, signale Patrick Grandpierre. Tout ça a eu un impact très fort sur le bien-être et la santé de nos cochons, et nous avons pu, par exemple, baisser la supplémentation. » Rentable, l’activité génère du revenu en plus pour les associés. Elle a aussi un impact sur les conduites culturales. Bernard Bouilliard n’épand plus de lisier mais du digestat, de composition très proche mais plus facilement assimilable par les plantes. « Les bactéries ont déjà fait le travail de digestion, les plantes peuvent donc utiliser tout de suite l’azote, estime-t-il. C’est la même chose pour le phosphore. » Ce fertilisant de qualité apporte un vrai coup de fouet aux cultures de printemps en particulier. « En betterave, maïs et orge de printemps, je ne mets que du digestat avant le semis », indique-t-il. Et il complète avec de la solution azotée si besoin. L’élevage ayant la capacité de stocker dix mois de digestat, Bernard Bouilliard peut épandre exactement ce qu’il veut comme il veut. « Nous faisons appel à un prestataire qui se charge de tout pour un coût rendu racine de 5 euros par m3 », précise-t-il. La réduction de la fertilisation minérale est l’un des derniers petits « plus » techniques apportés par l’association avec l’élevage.

Aujourd’hui dans leur cinquantaine, les associés fourmillent toujours de projets. À venir : un doublement de l’élevage de porcs pour installer le fils de Patrick Grandpierre, ou la construction d’une nouvelle unité de méthanisation dans un élevage voisin, par exemple. Leur cas est-il reproductible ? Oui sans aucun doute pour Bernard Bouilliard. « Des questions se posent dans le coin sur la baisse de matière organique, observe-t-il. Un céréalier champenois ne va pas revenir à l’élevage, c’est certain, mais il peut tout à fait devenir co-actionnaire d’un éleveur qui souhaite se lancer. » À bon entendeur, salut…

Un assolement qui s’est adapté aux besoins de l’élevage

Maïs et cultures à vocation énergétique font désormais partie de l’assolement de Bernard Bouilliard. « Depuis que l’élevage a des silos de stockage, nous pouvons lui vendre du maïs sur pied », explique le céréalier. La culture est contractualisée sur la base du prix du jour, au moment de la récolte en septembre. Cette année, l’agriculteur a vendu son maïs près de 130 euros la tonne rapportée aux normes, soit à 14,5 % d’humidité. « J’ai été gagnant, mais ce n’est pas toujours le cas ! », note-t-il. Pour satisfaire les besoins en matières du méthaniseur, l’agriculteur a également développé des cultures à vocation énergétique. « J’ai 15 hectares de couverts que je fauche dans ce but », indique-t-il. La SAS les achète sur pied pour 20 à 30 euros la tonne selon les cultures. « Cette année, ils ont bien marché et j’ai rentré 40 tonnes/hectare, ce qui me fait un produit de l’ordre de 800 euros l'hectare », précise-t-il. Un petit bonus, sachant que les charges opérationnelles sont de 180 euros/hectare en moyenne (80 E/ha de semences de qualité et 100 E/ha de digestat pour garantir la pousse du couvert) et que « de toute façon, nous sommes en zone vulnérable et devons implanter un couvert»

En chiffres

183 hectares en sols crayeux

Bernard Bouilliard, céréalier installé à Vaucogne

110 ha de cultures de vente dont 50 de blé (dont 25 ha produits dans la charte Lu’Harmony), 20 de betteraves (93 t/ha en moyenne sur 5 ans), 20 de colza (42 q/ha), 15 d’orge d’hiver brassicole

70 ha en multiplication de semences : 20 de pois et/ou féverole, 10 de trèfle violet, 30 d’orge de printemps 

17 ha en cultures fourragères : 15 de maïs sur pied, 2 de miscanthus

En chiffres

500 truies engraissées et du gaz

Patrick Grandpierre, éleveur de porcs à Dampierre

13 000 porcs produits chaque année

13 000 t de lisier produites par an à 5 à 6 % de matière sèche

100 000 à 110 000 euros de bénéfice par an issu de la vente du gaz du méthaniseur

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