Aller au contenu principal

Bandes enherbées
Peu d´alternatives au broyage pour l´entretien

Maintenant que les 3 % de surface de couvert environnemental sont en place dans les exploitations, il faut en assurer l´entretien. Recettes.


Le broyage est la pratique largement retenue pour entretenir les bandes enherbées, ou devrait-on dire les surfaces de couvert environnemental (SCE) situées en priorité en bordure des cours d´eau et devenues obligatoires depuis 2005. « Sur les bandes à une distance comprise entre 0 et 20 mètres du bord du cours d´eau, il n´y a aucune interdiction de broyage. On peut broyer toute l´année même si la bande de couvert végétal est déclarée en gel PAC (jachère), affirme Julie Maillet-Mézeray, Arvalis. En revanche, il est formellement interdit d´y appliquer des produits phytosanitaires ou des fertilisants. L´objectif de la mesure est claire : on vise la qualité de l´eau. »
Pour protéger notamment les oiseaux pendant leur période de nidification, une règle des quarante jours consécutifs(1) d´interdiction de broyage prévaut sur les parcelles déclarées en gel PAC. Mais elle ne s´applique pas sur les bandes enherbées à moins de 20 mètres du bord des cours d´eau.

Le broyage destructeur de nids et d´animaux
Le monde de la chasse réagit. « Pour des bords de cours d´eau où il est impossible de traiter et où la seule alternative d´entretien est quasiment le broyage, il n´y aura jamais de faune sauvage, analyse Christian Ferté, directeur des actions territoriales à l´ONCFS(2). Il faut rapprocher les soucis environnementaux que sont la limitation de l´érosion et des résidus de produits appliqués en parcelle et la protection de la faune sauvage. »
Christian Ferté imaginerait bien la possibilité d´un traitement herbicide à faible dose dans le seul but de limiter la pousse de la végétation et pour éviter le recours au broyage destructeur de nids et d´animaux. « Sur une bande de fétuque ou dactyle semée en septembre, il est possible de réaliser un léger traitement en mars. Ensuite, avec la bonne couverture végétale assurée par ces graminées, nous n´aurions pas à réintervenir pendant plusieurs années. C´est faisable. »
En tout état de cause, le traitement herbicide reste interdit. Pour les SCE ne se trouvant pas en bordure d´eau, des dérogations existent dans certains départements pour l´application de désherbants avec une liste de produits à respecter.
Sur les bandes enherbées en bord de cours d´eau, on peut broyer toute l´année. L´application de produits phytosanitaires et de fertilisants est interdite. ©S. Leitenberger

Une fauche à 15-20 cm vaut mieux qu´un broyage
Autre solution : remplacer le broyage par une fauche. « C´est préférable pour l´avifaune à condition de réaliser le fauchage à 15-20 cm de hauteur. On peut en réaliser un ou deux dans l´année et, idéalement, après le 10 juin et la fin de nidification dans notre département », précise Raphaël Ralu, conseiller prairies et bandes enherbées à la chambre d´agriculture de Vendée. Inconvénient : le fauchage laisse des andains qui peuvent avoir pour conséquence d´étouffer la végétation en dessous. Car l´herbe fauchée doit être laissée sur place.
Le type de couvert végétal conditionne l´entretien. Souvent le ray-grass est décrié car il nécessite des broyages précoces et fréquents du fait de son installation rapide. La graminée est susceptible de monter à graines après broyage et ce peut être une adventice potentielle pour la culture d´à côté. Ce n´est pas le cas des fétuques ou dactyles. « Les fétuques sont plus pérennes. Les fétuques élevées, de même que celle des prés, résistent mieux aux alternances de sec et de périodes humides. Le ray-grass anglais, lui, aura tendance à dépérir en certains endroits et laisser passer des adventices », observe Raphaël Ralu. « Des espèces comme la fétuque élevée, la fétuque des prés et le dactyle ne remontent pas ou très peu après intervention, ce qui limite d´autant le nombre de broyage », ajoute Julie Maillet-Mézeray. Inconvénient des fétuques : il faut quasiment dix-huit mois à deux ans pour qu´elles soient bien implantées.
Éviter la montée à graines des chardons et rumex
Quant aux légumineuses qui peuvent être autorisées en dehors des bords de cours d´eau, elles produisent beaucoup de végétation nécessitant des broyages fréquents. Finalement, une bonne alternative est de constituer des mélanges d´espèces végétales : fétuque et dactyle, fétuque et ray-grass, graminée et légumineuse.
La montée à graines des adventices est à éviter dans les bandes enherbées, en particulier pour le chardon des champs et les rumex. « Le chardon est capable de produire des graines en dessous de la hauteur de coupe. Il faut attendre que ces chardons montent un peu pour pouvoir détruire les inflorescences. Ensuite, l´on réinterviendra quatre à six semaines après, préconise Julie Maillet-Mézeray. La répétition de ces interventions tous les ans finira par épuiser le stock de chardons de la bande enherbée pour le faire disparaître. En ce qui concerne les rumex, on reprend la même méthode, tout en sachant qu´elle fonctionnera moins bien. Pour ces adventices, l´idéal est de dessoucher les pieds et rhizomes. » La présence d´adventices peut être due à une mauvaise implantation qui a laissé la place à l´envahissement. Il peut alors être nécessaire de retourner puis ressemer le couvert végétal. Et ce dans de bonnes conditions.

(1) 40 jours sur mai, juin, juillet : dates décidées au niveau départemental.
(2) Office national de la chasse et de la faune sauvage.

Les plus lus

Pommes de terre : des milliers de tonnes à détruire, faute de débouchés suffisants

La filière pomme de terre subit depuis cette année un retournement de conjoncture. La forte hausse des surfaces en 2025…

<em class="placeholder">Chemin goudronné entre parcelles agricoles</em>
Que le chemin n’appartienne qu’à un seul propriétaire ne l’empêche pas d’être un chemin d’exploitation

La Cour de cassation dans un arrêt du 9 janvier 2025 a réaffirmé que ce qui caractérise un chemin d’exploitation est…

<em class="placeholder">Julien Bricquet devant son bâtiment d&#039;exploitation initialement construit sur un terrain appartenant à son père</em>
Bâtiment agricole : « On a construit sur sol d’autrui, sans être alertés et sans connaître les risques »

Comme beaucoup de sociétés agricoles familiales, le SCEA Bricquet et Fils, à Saint-Amand-sur-Fion (Marne) a construit un…

<em class="placeholder">Adrien Collet, agriculteur à Beaupuy (Tarn-et-Garonne),&quot;J’ai trois lignes d’arbres par parcelle avec un intervalle de 26 mètres adapté pour deux passages de la herse ...</em>
Agroforesterie : « J’ai planté des arbres pour casser la couche imperméable d’argile en profondeur dans mes parcelles du Tarn-et-Garonne »
Agriculteur bio et paysan boulanger à Beaupuy (82), Adrien Collet a végétalisé ses parcelles en essences ligneuses avec des…
<em class="placeholder">Thierry Boudaud président de la Coop de l’eau 79 devant un enrouleur.</em>
Sainte-Soline : « Notre réserve restera vide cette année, laissant les exploitations sans solution alternative d’irrigation »

Thierry Boudaud est président de la Coop de l’eau 79, qui porte les réserves de substitution du bassin de la Sèvre niortaise.…

Xavier Priault, céréalier dans le Loiret.
Traitement phytosanitaire : « Dans le Loiret, je pulvérise de nuit en bas volume à 50 l/ha pour maximiser l’efficacité des produits »

Xavier Priault est céréalier à Saint-Maurice-sur-Aveyron, dans le Loiret. Il réalise ses pulvérisations phytosanitaires…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures