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Préparation du sol
Passer au non labour ne s´improvise pas

Quels avantages peut-on trouver à passer d´une conduite des parcelles avec labour à des techniques sans labour (TSL) ? Analyse sur plusieurs paramètres.


« Le temps de travail peut être diminué avec le non labour mais ce n´est pas systématique, remarque Jérôme Labreuche, Arvalis. Le gain de travail permis par les TSL est plus flagrant sur les parcelles à sols argileux que sur les terres légères. L´adoption du non labour permet d´écrêter les temps de travaux. Plutôt que de connaître des périodes de pointe au moment des semis où se cumulent labours, herses rotatives et semis à l´automne, le non labour permet d´anticiper la préparation du sol au mois d´août ou septembre. »

Autre argument mis en avant en faveur des TSL : la diminution des charges de mécanisation. « Le non labour peut permettre des économies mais à condition de maîtriser le capital investi. Des agriculteurs se sont retrouvés avec une augmentation de ce capital, souvent car l´investissement en équipement spécifique était réalisé pour une surface d´exploitation modeste. Il faut donc être vigilant sur la surface d´amortissement, commente Jérôme Labreuche. De même, l´agriculteur se doit de bien prendre en compte le coût du matériel. Prévoit-il deux parcs de matériel : l´un pour le labour, l´autre pour les TSL ? Va-t-il investir dans un décompacteur pour remplacer le labour dans la restructuration du sol ? Dans ce cas, le coût matériel n´est pas avantageux. Un décompactage plus un déchaumage reviennent à un labour en terme de coût. »
©D. R.


Diminution de battance et meilleure portance
Un certain nombre de bienfaits sont à relier aux TSL. Le spécialiste d´Arvalis les énumère : « On ne remonte pas les cailloux ; on crée une meilleure portance des sols ; les organismes du sol (lombrics.) sont mieux préservés ; la matière organique est concentrée en surface ce qui a pour effet de diminuer la battance des sols. Ce critère peut agir aussi en diminuant l´érosion et en augmentant le pouvoir de rétention de l´eau du sol. Mais, signale Jérôme Labreuche, l´effet sur l´érosion est net au printemps-été, pas en automne-hiver. Le non labour peut présenter des inconvénients en générant moins de porosité du sol derrière des chantiers de récolte d´automne notamment (maïs, betterave.), d´où des problèmes d´infiltration d´eau. Ce n´est pas systématique mais il convient d´être vigilant. »

C´est dans ce cas que le décompacteur entrera en jeu pour la remise en état du terrain. « En non-labour, les effets de tassement de sol peuvent s´accumuler d´une année sur l´autre. Et ceci est d´autant plus vrai que les sols sont pauvres en argile. Ce sont avant tout les rotations maïs-maïs qui posent question ou certains sols limono-sableux très sensibles à la reprise en masse. Le décompactage est envisageable ponctuellement lorsque le profil cultural montre un problème. Il ne doit surtout pas être considéré comme le remplacement du labour, sous peine de résultats économiques défavorables. »
Jérôme Labreuche ajoute : « Le non labour est appréciable sur les terres fortement argileuses qui sont difficiles à labourer. Il produit également moins de grosses mottes que le labour, ce qui est bénéfique pour l´implantation de cultures telles le colza. »

Attention à la fusariose et aux adventices
Le non labour est susceptible d´amplifier certains problèmes de parasitisme. Derrière un précédent maïs ou sorgho, il augmente le risque d´infestation en fusariose sur céréales. Associé à des rotations courtes, il amplifie les problèmes de désherbage. Ces facteurs ne sont pas rédhibitoires pour les TSL. Maladies, mauvaises herbes peuvent être très bien maîtrisées en jouant sur plusieurs paramètres culturaux : rotations, traitements, interculture.
Les limaces ne sont pas favorisées par le non labour. « Si le labour juste avant semis perturbe fortement les limaces, un simple déchaumage a également une action de perturbation, signale Jérôme Labreuche. Par ailleurs, il a été déjà constaté que sur des sols argileux ou argilo-calcaires, il y avait moins de limaces en situation de TSL qu´en labour. Ce n´est pas incohérent car le labour a tendance à produire une structure grossière avec des mottes et des creux dans le sol favorables aux limaces. »

Le fait d´arrêter de labourer ne permet pas de faire forcément des économies. Le choix répond bien à la recherche de réduction ou d´étalement du temps de travail consécutif à l´agrandissement d´une exploitation. « On ne peut pas dire non plus que la solution environnementale, c´est le non labour, ajoute Jérôme Labreuche. La technique peut amener à consommer plus de produits phytosanitaires. » Le choix du non labour se réfléchira au cas par cas et incite au raisonnement de ses pratiques.
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