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Passer au 100 % bio en 14 questions-réponses

Cela fait 15 ans que François Mellon s'est lancé dans le bio et cinq qu'il a définitivement laissé de côté les phytos. Une aventure technique qui passe par les légumineuses et le travail du sol.

Qu'a fait François Mellon avant de s'installer ?

Il a fait un BTS à Angers, un stage aux Etats-Unis puis a repris la ferme familiale juste après avoir fini ses études en 1986.

En quoi a consisté l'expérience menée par le Conseil Régional de Picardie et qui lui a montré qu'il pouvait réduire les phytos sans perdre de marge ?

L'expérimentation qui a eu lieu sur 5 ans entre 1992 et 1998 a consisté à réduire tous les intrants de 25 %, à l'exception des herbicides. Phytos et azote étaient donc concernés. Une prime était allouée aux participants, qui devaient en contrepartie justifier toutes leurs interventions. Sur les cinq années, les résultats économiques des exploitations du dispositif ne se sont pas descendus sous ceux des autres fermes.

Comment son parcellaire est-il organisé ?

Les 125 hectares sont groupés. Une route les traverse et ils sont bordés de bois. François Mellon a créé des parcelles, huit tranches de 12 à 13 hectares, marquées ou non par des haies. « Quand je dois faire les semis d'automne, je n'ai au final que 30 hectares à faire. Je n'ai donc pas besoin d'un matériel extra, souligne-t-il. Ca me permet d'optimiser. »

Comment François Mellon gère-t-il sa fertilisation à l'échelle de la rotation?

Après les trois années de luzerne, il apporte un compost de déchets verts pour rééquilibrer l'acide phosphorique et la potasse. « Je mets 40 t/ha auxquels s'ajoutent 3euros/t d'épandage et 4 euros/t d'acheminement », indique-t-il. Dans le reste de la rotation, il n'apporte que du fumier, composté pour limiter le développement des adventices, en général après le mélange lentilles/cameline. « Comme j'exporte toutes les pailles et que les lentilles n'apportent pas grand chose en azote, ça compense », décrit-il. Ce fumier provient d'un de ses voisins, éleveur de porc bio. Chaque année, ce dernier lui en fournit 300 tonnes en échange de ses pailles de céréales.

Comment récolte-t-il sa luzerne ?

L'usine de deshdyratation se charge du fauchage et de l'ensilage de la luzerne. François Mellon réalise seulement le débardage en bout de champ, pour lequel il est rémunéré (8 euros/t). C'est ensuite l'usine qui achemine la marchandise pour la transformer. Il n'a donc pas de frais de récolte. Sont à sa charge uniquement le semis et les semences, de l'ordre de 180 euros de l'hectare pour trois ans. En 2014, il a obtenu un rendement d'environ 10 t/ha, payé 80 euros/t de matière sèche. Mais pour la récolte 2015, les rémunérations sont moins bonnes.

Comment gère-t-il le désherbage dans ses blés ?

Le plus souvent, avec une houe rotative, qui « travaille le sol sans bouger la semence », explique-t-il. L'outil est efficace pour éradiquer les « fils blancs », ce stade où les mauvaises herbes ne sont pas encore sorties du sol. En cas de besoin, l'agriculteur a recours à la herse étrille, efficace sur des mauvaises herbes plus développées. François Mellon a acheté sa houe avec deux voisins : il a ainsi pu investir dans un outil de 12 mètres tout en modérant l'investissement.

La cameline est-elle une culture difficile à conduire ?

Sur cette culture, l'agriculteur n'apporte rien en dehors des semences. La plante était semée jusqu'à présent en mélange avec les lentilles. Il va tenter cette année d'en implanter en pur, pour répondre à une demande en hausse. La cameline mûrit avant les lentilles, ce qui permet potentiellement de dissocier les récoltes. La principale difficulté de cette production réside dans le tri : François Mellon a recours à un trieur optique pour être sûr d'avoir la qualité requise.

Pourquoi la ferme compte-t-elle 2,5 UTH ?

Les 12 hectares de verger (conventionnel) et l'hectare de rhubarbe bio demandent beaucoup de main d'oeuvre.

En termes de conseils techniques, sur qui François Mellon s'appuie-t-il ?

« La recherche nous a oublié depuis longtemps », estime-t-il. C'est donc sur une forme de « recherche participative » qu'il s'appuie. Il est membre d'un groupe d'agriculteurs bio qui travaille avec la Chambre d'agriculture. C'est un moyen pour lui d'expérimenter et de confronter les points de vue, les analyses. Les solutions sont loin d'être toutes faites et il reste encore beaucoup de choses à découvrir ou à travailler : « c'est un peu comme dans les années 60 en conventionnel : la moindre évolution technique fait progresser les rendements... Et c'est passionnant ».

Comment se décompose la marge de l'agriculteur en blé tendre ?

Les charges sont très faibles. François Mellon compte 100 euros/ha de moyenne de coût de semences. Il alterne les achats de semences certifiées avec les semences de ferme. Il évalue son apport en engrais de fond à 65 euros/ha (40 t/ha apportées sur 8 ans, vendues environ 13 euros/t). Il compte deux heures d'interventions mécaniques par hectare, soit 20 euros/ha. Le blé est ensuite vendu entre 360 et 400 euros/t pour 40 t/ha de rendement moyen.

Pourquoi avoir choisi de se centrer sur des productions humaines et non animales ?

Pour François Mellon, le bio correspond à une demande des consommateurs à laquelle il faut répondre. « Les productions à destination de l'alimentation animale sont plus dures à écouler, estime-t-il. Il n'y a pas de corrélation entre le prix que l'on veut et ce que peuvent payer les éleveurs... Ca ne va pas ».

Comment François Mellon envisage-t-il l'avenir des prix en bio ?

Avec lucidité. Les aides de la Pac ont encouragé les conversions, qui vont être effectives dans deux ou trois ans. Il y aura un afflux de production... Et probablement une chute des prix. L'agriculteur a déjà expérimenté ce phénomène dans les années 2000... Et il ne s'est pas découragé.

Quel est le rêve de François Mellon aujourd'hui ?

« Avoir des champs que l'on n'a pas besoin de nettoyer » : idéalement, il souhaiterait remiser la charrue et gérer les adventices par la rotation.

Retour sur "François Mellon : la luzerne comme pilier de la rotation"

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