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Oser faire des essais chez soi grâce à l'appui d'un conseiller

Passé aux TCS voici trois ans, Jean-Luc Mépiel n’hésite pas à tester des techniques d’implantation ou de destruction de couverts sur sa ferme, de même que les mélanges d’espèces. Mais il le fait avec le soutien d’Annabelle Revel-Mouroz, la conseillère qui anime la Cuma dont il fait partie.

L'accompagnement fourni par la conseillère Annabelle Revel-Mouroz sécurise Jean-Luc Mépiel dans ses expérimentations.
© V. Noël

À Oberschaeffolsheim, une commune de 4 000 habitants toute proche de Strasbourg, Jean-Luc Mépiel passe pour un original auprès de ses voisins agriculteurs. Exploitant sur 60 hectares, cet ex-champion des concours de labour est passé aux TCS voici trois ans. Ce changement, l’agriculteur de 53 ans y réfléchissait depuis un moment. Sauf qu’avec ses petites surfaces, il pouvait difficilement investir dans le matériel adéquat. Le déclic est venu avec le remembrement, qui lui a permis de regrouper en une vingtaine d’îlots ses 54 parcelles, mais aussi avec le lancement de la Cuma de la Plaine, dont il fait partie. « Elle s’est montée en 2014 dans le cadre du projet Life + Alister (voir encadré), explique-t-il. Le nouvel équipement à disposition, un semoir en direct, une houe rotative, un strip-till pour maïs et une herse étrille, m’a ouvert des horizons. » Mais en TCS et qui plus est en semis direct, il faut tout réapprendre, en particulier sur les couverts. « Il y a dix ans, le couvert était pour moi une charge, je faisais de l’orge avec un peu de moutarde, uniquement parce qu’il fallait le faire sur le plan réglementaire. » Aujourd’hui, l’agriculteur voit les choses différemment. « Je me rends compte qu’un couvert favorise la vie du sol et que cela me permet de réduire mes intrants. » D’accord, mais quelles sont les meilleures espèces à implanter et dans quelles conditions ? Ces questions taraudaient également les agriculteurs de la Cuma. La solution : faire des tests chacun sur sa ferme, en codifiant un minimum pour faciliter les comparaisons.

Un protocole souple décidé avec les agriculteurs et leur conseillère

Annabelle Revel-Mouroz, conseillère de la Cuma à la chambre d’agriculture, a accompagné les agriculteurs dans leur projet. « Nous avons choisi le protocole avec le bureau de la Cuma, pour qu’un maximum d’agriculteurs s’y retrouvent », explique-t-elle. Au programme trois mélanges à tester, avec trois, cinq ou une dizaine d’espèces, à implanter en semis direct, en TCS, ou en labour. « Le contrat consistait à semer le plus tôt possible après la moisson du blé précédent, puis à observer les parcelles », précise-t-elle. À chacun de choisir ses modalités selon ses possibilités. Jean-Luc Mépiel a testé les trois couverts sur trois parcelles différentes, en semis direct au centre et avec un déchaumage sur le pourtour. Et il a suivi en détail une demi-parcelle de 7 hectares. « J’ai semé deux jours après la moisson le mélange le plus diversifié, du Biomix, au strip-till sur la majeure partie de la parcelle, en laissant une bande en semis direct », détaille-t-il. Une vraie prise de risque pour l’exploitant, bien content de faire un essai accompagné plutôt que de se lancer seul à grande échelle sans référence. « En général, on implante le couvert plutôt fin juillet, après avoir laissé aux liserons le temps de lever et les avoir détruits au glyphosate, explique-t-il. Avec des cultures spéciales comme la betterave, la hantise, c’est vraiment le désherbage. » Avec les couverts, l’idée de l’agriculteur est bien de réduire ses intrants, à la fois les engrais, mais aussi les herbicides dans la mesure où le couvert étouffe les adventices.

Un outil de suivi du développement des couverts formalisé

Reste qu’évaluer le développement d’un couvert est un peu technique. Annabelle Revel-Mouroz a donc mis en place une fiche de suivi des essais. « Une semaine après le semis, puis toutes les trois semaines, les agriculteurs devaient aller dans leurs parcelles pour noter dans chaque quart s’ils voyaient des trous dans le couvert, des adventices, évaluer la hauteur du couvert et le taux de couverture, explique-t-elle. Pour ce dernier point, je leur ai fourni une grille avec des cases plus ou moins recouvertes de carrés noirs afin de les aider.» Du travail donc. "Cela m'a pris du temps bien sûr, mais ce n’était pas un fardeau parce que ça m’a intéressé, se remémore Jean-Luc Mépiel. Le Biomix semé en direct s’est révélé le couvert le plus performant. » De son côté, Annabelle a ouvert l’expérimentation aux agriculteurs hors Cuma de la plaine mais en zone de protection du grand hamster d’Alsace, où l’agriculture de conservation est encouragée. « Au total, une centaine hectares étaient en test », précise-t-elle. Pour compléter les observations des agriculteurs, la conseillère a travaillé avec les étudiants du lycée agricole pour faire des prélèvements de biomasse et d'adventices. « Ça nous a permis d’objectiver la relation entre date de semis des couverts, techniques d’implantation et volumes, signale-t-elle. Ce qui ressort, c’est que le semis direct juste après la moisson semble le plus efficace lorsque la parcelle est peu sale. » Une journée de restitution a eu lieu en novembre. Le projet a suscité beaucoup d'intérêt. « Cette année, je n’ai eu aucun coup de fil à passer pour organiser les essais en parcelle chez les agriculteurs de la Cuma, ce sont eux qui m’ont téléphoné pour me faire leurs propositions », se félicite la conseillère. Jean-Luc Mépiel a par exemple choisi d’expérimenter différentes méthodes de destruction de son couvert (mélange Biomix) dans une parcelle en précédent blé avant semis d’un nouveau blé en direct à l’automne. Sur quatre bandes, l’agriculteur a testé un passage de Carat, un broyage avant le semis du blé, un ou deux passages de rouleau Faca. « Nous avons regardé en janvier, décrit-il. Le radis reprenait sous les passages de rouleau mais le gel de février l’a stoppé. Le problème, ce sont plutôt les galeries de campagnols. Il va falloir faire un passage de houe rotative. »

Expérimenter, c'est observer. Il y a cinq ans, Jean-Luc Mépiel le reconnaît sans peine, il ne passait pas aussi souvent dans ses parcelles. « C’est plus contraignant, mais on est quand même plus ou moins dans le flou sur nos itinéraires techniques, or nous devons préserver l’intérêt économique, estime-t-il. Faire des tests, c'est une façon de limiter la prise de risque. »

Des essais déjà cadrés pour la récolte 2019

Pour la campagne 2018-2019, Jean-Luc Mépiel a déjà planifié ce qu’il souhaitait faire. Sur deux îlots identiques, il va comparer un blé semé en direct classiquement avec un blé semé sous couvert de luzerne vivante. « Je broierai la luzerne avant le semis, et la calmerai au printemps avec du Lontrel ou du Starane, précise-t-il. Je faucherai dans des bennes à part ces îlots pour évaluer correctement les rendements. » Il compte également oser le semis en direct de ses betteraves dans une parcelle avec couvert de luzerne. « Je vais le faire sur une bande de 3 mètres de large et 40 à 50 mètres de long, précise-t-il. Je ferai l’arrachage à la main, ce qui devrait aller assez vite. » Dans les deux cas, l’agriculteur compte bien évaluer ses rendements mais également ses coûts de production. Pas la peine de perdre de l’argent à produire plus.

En chiffres

Une petite ferme alsacienne

60 ha situés principalement dans des loess et limons

19 ha de blé tendre (93 q/ha en 2017)

16 ha de betteraves (100q/ha en 2017)

26 ha de maïs (125 q/ha en 2017)

1 ha de pommes de terre

1 semoir monograine John Deere équipé pour passer dans des couverts

1 pulvé

1 vibroculteur

1 broyeur

2 tracteurs dont 1 de tête

Un soutien précieux du projet Life + Alister

Jean-Luc Mépiel le sait : il a, paradoxalement penseront certains, la chance de se trouver dans la zone de protection du grand hamster d’Alsace. Depuis 2012 et jusqu’à la fin de l’année, le projet européen Life + Alister cherche sur cette zone à promouvoir une « approche innovante de la protection du grand hamster », qui se traduit sur le plan agricole par l’encouragement de l’agriculture de conservation, jugée bénéfique à l’animal. Or ce projet est doté d’un fonds de 3 millions d’euros sur cinq ans, dont profite la Cuma de la plaine. « Elle a pu acquérir le semoir en direct, la houe rotative et le strip-till », indique Annabelle Revel-Mouroz, conseillère à la chambre d’agriculture, dont la mission est financée par le projet. Grâce à ce budget, certaines dépenses liées aux expérimentations ne sont pas assumées par les agriculteurs de la Cuma, telles l’achat des semences de couvert pour le projet conduit en 2017. Ils peuvent aussi bénéficier de dédommagement sur certains essais co-construits avec la chambre d’agriculture. Ce soutien financier est essentiel à la dynamique qui commence à se mettre en place sur la zone.

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