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Orge de printemps à l’automne ? ça se tente, mais pas partout

Au vu des derniers résultats de rendement, semer une orge de printemps à l’automne est tentant. La technique implique une prise de risque et n’est pas adaptée à tous les contextes pédoclimatiques.

Un semis à partir du 1er novembre doit permettre d'atteindre le stade 1-3 feuilles durant l’hiver et limiter le risque de gel.
© J.-C. Gutner, Archives

Ces dernières années, la culture d’orge de printemps semée à l’automne - dite OPsA – fait des heureux : les rendements dépassent ceux des orges de printemps implantées de façon traditionnelle et des orges d’hiver. Résultat, elle ne cesse de se développer, en particulier en région Centre, Bourgogne, Champagne-Ardenne et Ile-de-France. Au départ simple technique réalisée à moindres frais, elle apparaît comme un bon recours face à des céréales d’hiver semées plus tardivement et qui perdent en potentiel, ou à une orge de printemps classique. « En Bourgogne, cela fait trois ans que l’on obtient des résultats extraordinaires du fait d’hivers très discrets », observe Luc Pelcé, ingénieur régional à Dijon et animateur de la filière orges brassicoles. Dans cette région, cette technique progresse donc en concurrence de l’orge d’hiver. Avec des niveaux de charges identiques et un rendement plus élevé, les OPsA génèrent des marges brutes supérieures de 20 à 40 %, dégageant jusqu’à 1 000 euros/ha en 2019. Mais la prise de risque est élevée. « Ce n’est sûrement pas une conduite innovante et géniale, on est plus dans l’opportunité », tempère Luc Pelcé.

De gros dégâts potentiels

Un gel sévère, toujours possible malgré le réchauffement climatique, peut occasionner de gros dégâts sur cette culture. Arvalis a évalué la fréquence des gelées comprises entre -10 °C et -12 °C à 1 année sur 10 à Bourges, 2 années sur 10 à Boigneville, 3 années sur 10 à Orléans, 4 à Troyes et Châlons-en-Champagne, 5 à Dijon et 6 à Bar-le-Duc. L’évolution du climat et l’amélioration génétique limitent le risque mais ne l’éliminent pas. En région Centre, la technique permet d’augmenter les rendements jusqu’à 15 % par rapport à une orge d’hiver mais la nuance s’impose aussi. « Le niveau de potentiel est égal ou supérieur à l’orge d’hiver », précise Édouard Baranger, ingénieur régional Arvalis en région Centre, qui recommande de réserver cette pratique à certains contextes pédoclimatiques comme la Champagne berrichonne ou le Gâtinais. En sol superficiel et en conditions limitantes, la culture permet d’avancer le cycle de la plante de plusieurs semaines et d’éviter ainsi des stress en fin de cycle, souvent préjudiciables au rendement. L’orge de printemps semée précocement gagne en intérêt surtout si les conditions d’implantations ne sont pas réunies pour semer une orge d’hiver avant le 20 octobre. Passé cette date, le potentiel de rendement de l’orge d’hiver diminue, à raison d’1 q/j. En prime, l’OPsA est souvent dotée d’une bonne qualité, meilleure qu’une brassicole de printemps. « Semée à l’automne, l’espèce voit son cycle allongé et cela réduit les variations qualitatives », précise Luc Pelcé.

Attention aux maladies

En Champagne-Ardenne, où le risque de gel est assez significatif, les OPsA se développent plutôt en concurrence des variétés de printemps semées après l’hiver. Mais là, les bénéfices sont minces et aléatoires en fonction des années et des secteurs. La prise de risque de semer les orges de printemps à l'automne n'est donc pas forcément pertinente. « Une orge de printemps semée au printemps produit couramment 70 q/ha et il est difficile de faire mieux avec une OPsA », commente Philippe Hauprich. Pour tenter de diminuer le risque de gel, le semis est effectué à partir de fin octobre, début novembre  à une densité de 300-250 grains/m2 afin d’atteindre le stade 1-3 feuilles durant l’hiver et limiter le risque de gel. Plus tôt, le semis sera préférentiellement plus exposé à ce risque. La date de semis tardive rend possible une protection herbicide allégée pour les parcelles dont l’historique adventice ne pose pas de problème. « Il convient de choisir des parcelles à faible pression graminées car il subsiste peu de solutions de rattrapage », précise Philippe Hauprich. A ce sujet, il faut garder à l’esprit que les OPsA sont plus sensibles aux phytotoxités que les orges de printemps classiques. Pour s’en prémunir, les associations d’herbicides sont à proscrire. Enfin, l’OPsA est particulièrement vulnérable aux maladies et en particulier à la rhynchosporiose. Les notes variétales de résistances des maladies sont à oublier : réalisées sur la base d’un cycle classique en semis de printemps, elles sont faussées en semis d’automne. Le cycle de développement des maladies est prolongé d’au moins 120 jours. « Pour préserver le potentiel de la parcelle, il faut être extrêmement attentif au suivi de la culture, dès la sortie hiver », prévient Luc Pelcé. Des programmes à trois traitements sont fréquents. Un premier fongicide est recommandé dès le stade 1 centimètre, un second au stade 1-2 nœuds et le troisième à dernière feuille.

Pour améliorer la technique dans les régions où elle est pertinente, Arvalis conduit une série d’essais. Dans le Cher et l’Indre, l’institut évalue une méthode de pilotage de l’azote dédiée. « L’idée est d’aller chercher des potentiels très élevés quand l’année est favorable, tout en conservant la qualité, en particulier de bons niveaux de protéines », commente Édouard Baranger. Quoique risquée, la technique a suffisamment d’attraits pour continuer à séduire.

Désherbage : des solutions en post-semis

L’orge de printemps implantée à l’automne est rarement indemne de graminées adventices. Les solutions de désherbage privilégient les applications de post-semis/prélevée, qui limitent les problèmes de sélectivité. Parmi les solutions étudiées par Arvalis en 2018-2019 (essais de Plampied-Givaudins, 18), celles affichant le meilleur compromis entre sélectivité, efficacité, rendement et prix sont trois produits de post-semis : Trooper (2,5 l/ha), Trinity (2 l/ha) et Fosburi (0,6 l/ha). Les applications de post-levée précoces sont souvent impossibles, les conditions climatiques étant rarement réunies en décembre, lorsque la culture atteint le stade 1-2 feuilles. Il est recommandé de semer cette culture sur des parcelles présentant une infestation faible à moyenne, ce qui permet d’économiser un passage d’herbicide. Si la culture doit être retournée suite à un gel, la dépense engagée n’en sera que plus faible.

Didier Lenoir, producteur de grandes cultures (296 ha) à Charmes, Côte-d’Or

« Je garde toujours de quoi ressemer si besoin »

« Il y a 20 ans, j’avais déjà semé de l’orge de printemps à l’automne, avec plus ou moins de bonheur. J’en refais depuis 2018, avec la variété RGT Planet, qui semble bien résister au froid. J’en ai semé 22 hectares le 20 novembre 2018 en bonnes conditions, après avoir seulement effectué un déchaumage et un passage de vibroculteur juste avant le semis. Les pailles du précédent ont été enlevées. J’ai semé assez dense, à 180 kg/ha, car l’orge de printemps fait son rendement en fonction du nombre d’épis au mètre carré. Pour le reste, la culture a été conduite comme pour une orge de printemps mais en fractionnant l’apport azoté en trois passages. Je n’ai pas mis d’antigraminées au semis, juste un antidicotylédone au printemps. Seuls un unique fongicide et un régulateur ont été appliqués. Avec 95 q/ha, la culture a très bien fonctionné. Je suis content du caractère exceptionnel du rendement 2019. Pour comparer, l’orge d’hiver sort à 72 q/ha. C’est inespéré, d’autant que les résultats en protéines sont bons. Cet hiver, je vais recommencer sur 33 hectares. J’ai bien conscience du risque de gel. Ainsi, je sème de la semence certifiée et garde de la semence de ferme pour un éventuel resemis. En parallèle, je ne mise pas tout sur ça et conserve une quarantaine d’hectares d’orge d’hiver. Garder l’orge d’hiver permet aussi de répartir le travail à la moisson : elle se moissonne avant le blé tendre alors que l’orge de printemps semée à l’automne se récolte en même temps. »

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