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GESTION DES MARCHÉS
Nouveau coup dur pour le stockage public

En réduisant l’intervention au seul blé tendre et en limitant le tonnage bénéficiant d’un prix garanti, l’Union européenne remet en cause le rôle régulateur des achats publics.

Pièce par pièce, l’Union européenne poursuit le désossage de l’intervention. L’accord conclu dans le cadre du bilan de santé de la PAC s’inscrit dans la longue série de mesures qui, depuis plusieurs années, réduisent peu à peu la fonction régulatrice du système. Le compromis signé par les 27 donne même un grand coup d’accélérateur au processus. Il prévoit qu’à partir de 2010, seul le blé tendre pourra prétendre au stockage public. Et encore, la taille des silos a été revue à la baisse. Au-delà de 3 millions de tonnes achetées au prix garanti de 101,31 euros par tonne, il faudra attendre que la Commission européenne estime nécessaire d’ouvrir un quota supplémentaire, cette fois sans prix fixe. Les opérateurs proposeront, Bruxelles disposera.
Cette forme d’enchères renversées ne pourra alors que favoriser l’entraînement des prix vers le bas. Pour les autres céréales, le bilan de santé propose un remède de cheval : exit l’intervention en orge, sorgho, blé dur et riz. Plus exactement, ces espèces connaissent le même sort que le maïs, avec un mécanisme officiellement maintenu,mais rendu inopérant par la fixation de quotas nuls.

TRAVAIL DE SAPE
Pour la filière céréalière, le coup est dur. L’espoir qu’avait fait naître la proposition du parlement européen s’est donc envolé. Les euro-députés s’étaient prononcés pour le maintien du mécanisme actuel, en limitant son ouverture entre mars et mai seulement. Les parlementaires désamorçaient ainsi le risque de voir l’intervention utilisée comme un débouché à part entière, car une telle stratégie aurait généré des coûts de stockage exorbitant. C’est en effet le recours systématique de certains nouveaux États membres, Hongrie en tête, qui avait servi de prétexte à la Commission pour accélérer son travail de sape de l’outil de régulation. Prétexte qui s’était pourtant dégonflé aussi vite que les montagnes de maïs accumulées en 2006, lorsque la pénurie avait conduit Bruxelles à revendre des quantités massives de céréales sur le marché intérieur l’année suivante.
L’auto-satisfecit que s’est adressé le ministre Barnier devant les producteurs de betteraves à l’occasion de leur assemblée générale n’a pas convaincu. « Ce que proposait Mariann Fischer Boel, c’était un démantèlement rapide des outils de gestion du marché. Objectivement, nous avons obtenu le maintien des instruments de régulation », a ainsi martelé le ministre, rappelant que « le plafond de 3 millions de tonnes en blé tendre représente la moyenne d’achat à l’intervention sur les dix dernières années ».

« OUTIL INOPÉRANT »
« Trois millions de tonnes, c’est trop l’année où l’on ne s’en sert pas, et pas assez l’année où l’intervention est nécessaire », réplique Hervé Le Stum, directeur de l’AGPB. « Lorsqu’il faudra y recourir, l’outil sera saturé et inopérant, renchérit Philippe Pinta, président d’Orama. À l’heure où tout le monde parle de régulation dans la crise financière, on supprime les outils en agriculture. C’est aberrant. »
Beaucoup d’opérateurs estiment que les mailles du filet de sécurité sont beaucoup trop lâches, et que plus rien n’empêche les prix de déraper à la baisse. Leur crainte est qu’en cas de récolte abondante, l’ajustement ne se fasse non plus sur les volumes retirés du marché,mais sur une dépréciation des cours. Le risque est particulièrement important pour les céréales fourragères désormais orphelines. Les céréaliers français ne se font guère plus d’illusions sur la possibilité de la filière hexagonale de profiter d’une mise à l’intervention à 101,31 euros la tonne. « Les trois premiers millions de tonnes seront utilisées par les pays de l’Est, où les cours sont plus bas qu’à l’Ouest, souligne Hervé Le Stum. La France n’aura donc probablement accès à l’intervention que dans le cadre des adjudications. »
Avec le maïs, l’Europe pourrait bien dès cette année faire un test en grandeur réelle d’un marché sans intervention. Les prix très bas de la céréale pourraient en effet conduire les nouveaux entrants à solliciter l’achat public pour des volumes conséquents.Une fois le quota de 700000 tonnes engorgé, le maïs se retrouvera sans filet. Et l’on verra alors si les « forces du marché » chères à Mariann Fischer Boel viennent au secours des producteurs. !

MAJORATIONS MENSUELLES

Un «oubli» malencontreux... et définitif

Avec le mécanisme actuel, durant la période d’intervention, le prix de 101,31 euros/tonne est augmenté chaque mois pour tenir compte des frais de stockage et des frais financiers. Ces revalorisations sont appelées « majorations mensuelles ». Dans le projet initial de la Commission européenne, l’intervention basculait entièrement dans un système d’adjudications, donc sans prix garanti et sans majoration. Des majorations que l’on a « oublié » de réintégrer dans le texte final.

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