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" Nous n’avons aucune garantie sur les volontés des investisseurs en termes de système de production "

Entretien avec Robert Levesque directeur de terres d'europ Scafr, département études de la FNSafer.

L’augmentation du nombre d’acquisitions réalisées par des personnes morales agricoles semble vous inquiéter. Pourquoi ?

Aujourd’hui, le capital social des exploitations agricoles augmente et ce, dans tous les types de production. Devant les niveaux de capitaux atteints, des montages sociétaires en holding sont utilisés. La holding détient alors la société d'exploitation personne morale. On ne sait pas comment évoluera la détention de ce type de société, familiale au départ. Même si cela se rencontre moins en grandes cultures qu’en viticulture, ce modèle facilite la prise de participation de fonds d’investissement dans des sociétés agricoles détenant du foncier. Parallèlement, la part de capital détenue par l’exploitant diminue d’année en année. Ce phénomène nous inquiète car nous n’avons aucune garantie sur les volontés des investisseurs en termes de système de production, donc de sécurité alimentaire.

En grandes cultures, avez-vous relevé beaucoup de cas de prise de participation par des fonds d’investissement dans des sociétés agricoles détenant du foncier ?

Nous avons relevé un cas. Un fonds d’investissement belge a acheté 250 hectares à la limite entre Picardie et Nord-Pas-de-Calais en 2013.

Des particuliers qui ne sont pas du milieu agricole investissent également. Quels facteurs déterminent leurs acquisitions ?

Ce sont les cours des produits agricoles. Si les particuliers ont réalisé une part plus importante des acquisitions en 2009, c’est parce que c’était une « mauvaise année » agricole. Dès que les « bonnes années » reviennent, la part des particuliers acquéreurs sur le marché redescend. Finalement, les exploitants sont en concurrence avec les particuliers, à la différence que les premiers sont avantagés par une meilleure connaissance du marché.

Malgré le repli d’un facteur deux du marché de l’urbanisation entre 2007 et 2014, vous prévoyez qu’au rythme actuel, 8 % du potentiel agronomique disparaîtra d'ici 2050. Est- ce inéluctable ?

Si rien n’est fait, c’est ce qui se passera. La contraction actuelle du marché de l’urbanisation n'est pas significative : elle est due à la crise économique plus qu’à une volonté politique.

Est-ce que la hausse générale des prix du foncier agricole dans un contexte de fragilité des cours est liée à l'intérêt croissant des acheteurs non agricoles ?

Pas particulièrement. L’analyse comparée du prix des terres, de l’excédent brut d’exploitation (EBE) à l’hectare et des taux d’intérêts, entre 1982 et 2014, montre que ce sont les taux d’intérêts qui orientent les prix et non l’EBE. Compte tenu des très faibles taux que nous connaissons depuis près de deux ans, il n’est pas étonnant d’assister à une hausse du prix des terres libres de 2,9 % (à 5910 euros par hectare), et du prix des terres louées de 4 % (à 4410 euros par hectare).


(1) Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural


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