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« Notre mission est d’éclairer la décision publique sur les OGM » explique Olivier Le Gall de l'Inra

Pour Olivier Le Gall, directeur scientifique de l'Inra, malgré les difficultés rencontrées, il est essentiel de conserver une recherche publique sur les OGM.

. Où en est l’Inra sur les recherches en OGM ?

C’est aujourd’hui une thématique de recherche mineure au sein de l’Inra, et c’est anormal que nous ne soyons pas plus présents au regard de la taille de notre organisme de recherche. Nous devons maintenir une activité de recherche sur les OGM, pas dans un but commercial, comme dans les années 90, mais pour produire de l’expertise publique sur les flux de transgènes dans l’environnement ou sur la toxicité. Notre mission, que certains ne nous laissent pas accomplir, est essentiellement d’éclairer la décision publique.


. Les OGM étant cultivés partout dans le monde, ce type de recherche publique doit exister par ailleurs…

Très peu de travaux sur ces thématiques sont conduits par la recherche publique. La quasi-totalité de ces données sont fournies par les firmes. De plus, on peut toujours compiler des résultats expérimentaux issus du monde entier, cela n’est pas suffisant. Avec notre essai de plein champ sur la vigne de Colmar, nous étions à la pointe au niveau international. L’objectif était précisément d’analyser les fuites de transgènes des pieds de vigne vers les micro-organismes de la rhizosphère. L’essai a malheureusement été détruit violemment.


. Avez-vous d’autres dispositifs expérimentaux traitant des OGM ?

Un autre essai sur peupliers est en place à Orléans depuis cinq ans. Le site expérimental de 1000 m2 est composé de peupliers femelles. Nous avons plusieurs mutants sur différents gènes agissant sur la composition de la lignine. L’objectif est d’étudier la relation entre la composition du bois et ses propriétés mécaniques — que l’on ne peut valablement évaluer qu’en conditions extérieures et de manière pluriannuelle — ainsi que son aptitude à des usages industriels comme la papeterie, ou la fabrication de biocarburants de deuxième génération. Nous analysons aussi la flore microbiologique de la rhizosphère. Nous attendons la décision de l’État sur la poursuite ou non de cet essai.


. Travaillez-vous sur les risques de toxicité des OGM ?

Nous conduisons des travaux sur l’impact des OGM sur la santé, dans le cadre du projet Grace qui a été lancé au printemps 2012. Il s’agit d’un programme de recherche européen visant à revisiter le cadre méthodologique concernant les impacts des OGM sur l’environnement et la santé. La question de la durée des essais, actuellement à 90 jours, est posée. Nous sommes ainsi amenés à reconsidérer la conception et l’interprétation des essais qui sont menés sur des animaux ou sur des cellules humaines in vitro. Nous élaborons de nouveaux outils pour analyser l’impact des OGM sur l’expression des gènes. Les essais seront menés sur des maïs et des pommes de terre OGM.


. Qu’est-ce qui a motivé l’Union européenne à lancer ce programme de recherche européen sur l’évaluation des OGM ?

La France est à la tête des États qui ont déposé des moratoires successifs sur les OGM, qui sont régulièrement cassés par la Cour de justice européenne et par notre propre Conseil d’État, car ils ne sont pas basés sur une analyse de risque sérieuse. La Commission européenne a décidé de lancer ces travaux pour en finir avec cette situation paradoxale. De façon plus large, les États européens qui s’opposent aux OGM vont à l’encontre de la législation européenne et internationale basée sur la libre circulation des biens. Il s’agit de redonner la capacité aux États qui prennent des décisions de s’appuyer sur une assise scientifique solide, produite par la recherche publique.


. Concernant les travaux sur la transgénèse utilisée en sélection, l’Inra a démarré le programme Genius. De quoi s’agit-il ?

Genius est un programme lancé dans le cadre des investissements d’avenir en partenariat avec des sélectionneurs français. L’objectif est d’améliorer et d’accélérer les procédés de transgénèse pour gagner en rapidité de sélection. On cherche par exemple à cibler le lieu d’insertion du transgène dans le génome ou à éliminer les marqueurs génétiques qui font débat. Ces travaux portant sur huit espèces doivent permettre à la France de conserver une capacité d’expertise dans ce domaine et faire en sorte que l’agriculture française reste compétitive.

Identité

• Olivier Le Gall est directeur général délégué aux affaires scientifiques de l’Inra depuis début 2013. Chercheur en virologie, il occupait précédemment le poste de chef du département Santé des plantes et Environnement de l’Inra.

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