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Miser sur les rencontres... et les enfants pour communiquer sur son métier

Agricultrice à Castelnaudary, Évelyne Guilhem est également maire adjointe de sa ville. Une responsabilité dont elle se sert pour expliquer son monde, celui des grandes cultures, aux enfants de la ville.

Un atelier scientifique au collège de Trèbes. Pour Évelyne Guilhem, qui anime régulièrement des ateliers dans des classes, les enfants sont très réceptifs aux questions agricoles.
© DR

Qui mieux qu’un agriculteur peut parler de son métier ? », voilà le postulat de base d’Évelyne Guilhem. Située à Castelnaudary, elle exploite 92 hectares avec son mari et son fils, installé depuis deux ans sur la ferme (voir encadré). Et depuis 2008, elle siège au conseil municipal de sa ville, actuellement comme maire adjointe en charge du développement durable, de l’environnement et de l’agriculture. « C’est un vrai atout d’avoir ces différentes casquettes, explique-t-elle. J’organise par exemple la semaine du développement durable, les associations environnementales me connaissent, ce qui me permet d’essayer de faire des passerelles entre elles et le monde agricole. Cette semaine-là, par exemple, j’essaie de programmer un film avec un débat. Nous avons travaillé sur les abeilles avec un apiculteur, sur le sol avec Claude et Lydie Bourguignon…» Pour l’exploitante, il faut multiplier les occasions de rencontres entre les agriculteurs et le reste de la société : c’est le seul moyen pour les uns et les autres de se comprendre.

Les enfants, excellents vecteurs de communication

Évelyne Guilhem a commencé à s’atteler à la question en 2003, en développant un réseau de fermes ouvertes. « Cela n’existait pas dans l’Aude, explique-t-elle. Or en 2003-2004, il y avait toute la problématique de la vache folle, et à mes yeux, des choses à expliquer. » L’exploitante prend donc son bâton de pèlerin pour aller convaincre ses collègues de passer un peu de temps à accueillir des classes sur leurs fermes. « Les enfants sont d’excellents vecteurs pour communiquer, car derrière, il y a les enseignants… et les parents. » Pour parvenir à avoir un message simple et à la fois représentatif d’un département très diversifié, elle s’est organisée. « Nous avons essayé de passer à trois, un céréalier, un éleveur et un viticulteur, une demi-journée avec une classe », raconte l’exploitante. Le dispositif a bien fonctionné, avec jusqu’à 40 classes rencontrées dans le département, soit plus de 1000 élèves. Ce qui a nécéssité du travail en amont, bien sûr : « souvent, les agriculteurs restent trop techniques. Avec les enfants, il faut chercher des choses toutes simples, ça aide ensuite à parler aux adultes», indique-t-elle.

Depuis, d’autres initiatives ont pris le relais, en particulier l'opération « Il y a de la vie dans les céréales en Occitanie », qui a lieu tous les deux ans. L'an prochain, la ville lancera la troisième édition. Organisée en partenariat étroit avec Passion Céréales, qui fournit gratuitement du matériel pédagogique, cette opération d'envergure concerne les classes de CM1 et de CM2, soit 300 élèves. Premier événement de l’année : la participation des élèves aux semis d’automne, au lycée agricole de la ville. « La mairie prend en charge le transport en bus, les visites s’organisant sur une semaine », indique l’élue. Puis en novembre-décembre, une mallette fournie par Passion Céréales est remise au responsable des cuisines de la ville avec des recettes à base de céréales tandis qu’un livret-jeu est distribué aux enfants. À la clé : un concours avec tirage au sort et remise d’un prix. Le dernier temps fort consiste en une journée d’ateliers dédiés aux céréales, organisée dans la bien nommée halle aux grains de Castelnaudary. « La municipalité finance le repas et les fournitures s’il y a besoin, précise Évelyne Guilhem. Des organisations agricoles participent, comme la chambre d’agriculture, le Gnis ou le lycée d’Auzeville, mais aussi des associations, des entreprises… 26 ateliers sont organisés dans la journée pour des groupes de 10 à 15 élèves. » Ces journées ne touchent pas seulement les enfants. « On demande que deux à trois personnes encadrent les groupes, indique-t-elle. Ce sont des parents, et ils posent des questions. Ça permet d’expliquer... » Et de profiter de l'effet "boule de neige".

Convaincre en commençant à faire

Dans la lignée de cette expérience réussie, un projet alimentaire territorial (PAT), qui laisse la place aux céréales, est en train de se mettre en place. "En concertation avec le Civam, nous travaillons notamment à introduire dans les cantines, du pain bio fait avec une farine locale", décrit Évelyne Guilhem. Car il faut répondre aux préoccupations des habitants, très intéressés par le bio. Ce type de démarche participe au dialogue.  "Les gens sont capables de comprendre que l'on ne peut pas faire que du bio. Mais il faut leur expliquer. Souvent, c'est la méconnaissance qui déclenche la critique", constate la maire adjointe.

Comment convaincre une municipalité d’accorder des crédits à ce type d’initiatives ? En faisant. Évelyne Guilhem illustre son propos en citant la distribution de fruits à la récréation, qu’elle a lancée peu après son arrivée : « Quand les délégués de classe disent au maire devant les parents d’élèves qu’ils trouvent ça super, que voulez-vous que le maire réponde… ?! », s’amuse-t-elle. Pour l’agricultrice, il y a encore des réticences à vaincre du côté des exploitants. « C’est difficile de mixer les populations, précise-t-elle. Même lors du débat que nous avons organisé sur le sol, un thème qui pouvait les intéresser, nous avions finalement assez peu d’agriculteurs.» Parler de son métier à des gens extérieurs alors même que ce métier est en pleine évolution, et que les professionnels eux-mêmes se questionnent intensément, ajoute à la difficulté de la tâche. « Sur la ferme, mon fils s'est lancé dans le bio alors que mon mari y est réfractaire !, raconte Évelyne Guilhem. Cela change, évidemment. Mais de manière générale, le regard des autres professionnels agricoles sur leurs pairs n’est pas facile. Avec le reste de la société, il y a des paramètres que l’on ne maîtrise pas, comme les médias, et c’est encore plus compliqué. »

Les trois conseils d'Évelyne Guilhem

• « Faites connaissance avec vos voisins, allez-vous présenter. »

• « Dites ce que vous faites avec un vocabulaire très simple : plus on est technique, plus on perd son public. »

• « L’échange est primordial, surtout avec les gens autour de nous. Il faut expliquer ses activités de tous les jours. En tant que tel, l’agriculteur n’est pas malaimé. Il a une fonction nourricière valorisante. »

En chiffres

Des cultures à forte valeur ajoutée

92 ha dont 44 de blé dur, 10 de tournesol, 10 de soja, 7 de sorgho et 1,5 de semences de base de maïs
2 cultures de plein champ : 5 ha de haricots pour cassoulet, 7 ha d’oignon de consommation
50 % du CA réalisé avec les 10 % de légumes de plein champ
3 ETP

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