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Association culturale
MÉLANGE CÉRÉALES-PROTÉAGINEUX, UNE IDÉE À FAIRE GERMER

Les associations de céréales et de protéagineux tentent une percée en systèmes grandes cultures. Essais chez Patrick Géry, agriculteur bio.

Le mélange céréales/protéagineux demande encore à faire ses preuves dans les systèmes céréaliers. Blés, triticale ou orge avec des pois protéagineux (variétés Lucy ou Isard) mais également vesce protéagineuse avec triticale : ces mélanges font l’objet d’essais en production biologique dans la Drôme par la chambre d’agriculture et la Coopérative drômoise des céréales (CDC). Les parcelles sont implantées chez Patrick Géry, agriculteur bio à Montélier, qui adhère complètement à la démarche. « Nous avons des difficultés à produire des protéagineux en culture pure dans notre département. J’ai essayé avec le pois et cela a été une catastrophe. La demande en protéines des fabricants d’aliment du bétail est forte. Et j’ai pu observer que les mélanges céréales/protéagineux donnaient de bons résultats dans d’autres régions.Alors pourquoi pas dans la Drôme? »

30 % DE POIS À LA RÉCOLTE
Le débouché semble assuré mais encore faut-il fournir une récolte à la hauteur des exigences. « C’est ce que nous allons tester cette année en plus des conditions de cultures, explique Rémi Laliche, chargé des productions biologiques à la Coopérative drômoise des céréales. Un objectif est d’obtenir un taux d’au moins 30 % de pois à la récolte dans le mélange puisque c’est une exigence d’un des fabricants d’aliment du bétail à qui nous avons présenté nos essais. » Rémi Laliche consacre également 20 % de son temps à animer l’association Cap Bio réunissant les producteurs biologiques de grandes cultures du département.

ÉVALUER LE COÛT DU TRI
« Au sein de notre coopérative, nous allons évaluer le coût du tri à la récolte entre les grains de pois et de céréales et le coût du stockage avec les allotements que cela implique. Le pois pourra être destiné à une commercialisation au même titre que des protéagineux issus de cultures pures. Quant à la céréale, elle contiendra obligatoirement des résidus de protéagineux. Nous la réserverons donc à un débouché en alimentation animale moins rémunérateur que celui de la panification », ne cache pas le spécialiste bio.

BÂTIR DES PARTENARIATS
« Nous partons sur l’hypothèse d’un cours du pois restant à un niveau élevé. Alors le mélange sera rentable pour l’exploitant, considère Bertrand Chareyron, de la chambre d’agriculture de la Drôme. Il faut réfléchir avec les fabricants d’aliment du bétail pour trouver de bons partenariats.Je compte sur le fait que les fabricants soient conscients de leur intérêt à trouver cette protéine localement. » Le conseiller a pu tester avec succès le mélange en Franche- Comté où il a travaillé précédemment. « Nous nous adressions à des éleveurs de ruminants pour l’alimentation de leur bétail. Le mélange céréales/protéagineux (pois fourrager avec triticale en particulier) s’est avéré bien adapté(1). Il apporte un aliment riche en protéines tout en obtenant des rendements élevés. En 2000, nous avions obtenu entre 60 et 70 quintaux par hectare de rendement pour des proportions de pois à la récolte variant de 28 à 55 % alors qu’au semis la part de pois était de 13 à 25 %. » La situation en élevage de ruminants n’est pas transposable aux systèmes céréaliers et Bertrand Chareyron est le premier à en avoir conscience.

POIS FOURRAGERS INADAPTÉS
Les variétés de pois fourragers ne conviennent pas aux fabricants d’aliment du bétail dont le débouché est principalement l’alimentation de poules pondeuses. La vicine-convicine et le tanin des protéagineux sont prohibés et seules des variétés de pois protéagineux (et de féverole) répondent à cette exigence. « C’est dommage car nous avons des variétés de pois fourragers à fort développement qui permettent de lutter contre l’enherbement par les adventices et elles ont un bon niveau de résistance vis-à-vis des maladies. Les variétés de pois protéagineux sont plus sensibles. Elles se ramifient et elles restent en surface du sol dans leur développement. Il faut nécessairement augmenter le taux de semences de pois protéagineux dans le mélange avec la céréale par rapport au pois fourrager. » Patrick Géry n’oublie pas que l’introduction d’un protéagineux même en mélange avec une céréale contribue à apporter de l’azote au sol pour les successions culturales. « C’est une bonne tête de rotation et nous avons une espèce en plus pour allonger nos rotations. » !
Christian Gloria
(1) Sem-Partners commercialise ce mélange (www.sem-partners.com)

AVIS D'EXPERT

« Concilier forte production et diminution d’intrants »
Guénaelle Hellou, enseignant chercheur à l’ESA d’Angers

« En conduite conventionnelle, l’association blé-pois produit autant que la moyenne des deux cultures cultivées seules et ce, avec moins d’azote. Dans les essais 2006, le blé pur produisait 60 q/ha avec 160 unités d’azote. Le pois en pur avait un rendement de 34 q/ha. L’association des deux espèces(1) a permis d’obtenir 49,5 q/ha avec 40 unités d’azote. Le blé en culture associée avait un taux de protéines de 11,8 % (11,6 % chez le blé cultivé seul). Mais la part de blé et de pois récoltés est variable. Ce taux dépend de l’azote fourni par le sol. Plus cet élément est présent, plus le rendement de la céréale est élevé au détriment du pois. Le pois colporte l’image d’une culture salissante avec des problèmes de verse. Associée au blé, ces problèmes s’amenuisent. La céréale fait office de tuteur. Il faut utiliser les phytos homologués sur les deux cultures, mais l’idée est de s’en passer le plus possible. »
(1) Variétés utilisées : Cézanne en blé, Lucy en pois.

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