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Inondations
Mauvaise passe climatique pour les cultures

Avec un mois de mai parmi les plus pluvieux depuis un demi-siècle, les dégâts causés par les excès d’eau se sont étendus à de vastes secteurs, pénalisant fortement les semis de printemps.

C’est un véritable acharnement climatique qu’ont enduré de vastes secteurs de l’Hexagone depuis le début du printemps. Cultures d’hiver asphyxiées, semis de printemps ravagés, parcelles toujours impénétrables bien après la fin de la période d’implantation à la sortie de l’hiver... si aucune production n’est épargnée, les grandes cultures paient un lourd tribut aux épisodes pluvieux qui se succèdent depuis plusieurs mois. Tout avait plutôt bien commencé cet hiver. Les pluies importantes avaient permis de recharger des nappes qui en avaient bien besoin. Les choses ses sont gâtées avec les inondations qui ont frappé la Bourgogne et le sud de Champagne-Ardenne fin avril-début mai.

Sur la semaine du 23 avril au 3 mai, l’ensemble de la Côte-d’Or a ainsi reçu plus de 150 millimètres d’eau, avec des pics à 200 millimètres au sud de Dijon. Ces pluies diluvien- nes survenaient au plus mauvais moment pour les semis fraîchement réalisés, mais encore les dégâts restaient-ils localisés. Cela n’a pas duré : le mois de mai s’est caractérisé par des précipitations abondantes sur tout le territoire, et très excédentaires en Aquitaine, dans l’Est et sur le pourtour méditerranéen, contribuant à faire du prin- temps 2013 le plus pluvieux depuis 1959.


300 000 HECTARES MALMENÉES PAR LA MÉTÉO


Le 6 juin, Groupama annonçait le report des dates limites de semis au 10 ou au 15 juin, selon les cultures, pour bénéficier de l’assurance multirisque climatique. À cette date, l’assureur recensait plus de 140 000 hectares sinistrés, tous accidents confondus, depuis le début de la campagne. Les inondations de fin mai dans le Nord-Est ont submergé au moins 70 000 hectares, dont 30 % de cultures d’hiver et 40 % de cultures de printemps semées ou en cours de semis d’après les données collectées par le groupe. « Les fortes précipitations qui sont tombées depuis sur le Sud-Ouest vont totalement modifier la donne et cela change toutes les heures, expliquait le 20 juin François Schmitt, président délégué de la fédération nationale de Groupama. Le même jour, la FNSEA chiffrait à 300 000 hectares la surface agricole malmenée par la météo.


SURFACES DE MAÏS ORPHELINES


À la mi-juin, la situation du Sud-Ouest était extrêmement préoccupante. « Au 13 juin, il y avait encore 110 000 hecta- res de maïs à semer dans le sud des régions Aquitaine et Midi-Pyrénées, s’alarme Gilles Espagnol, responsable national Filière maïs à l’AGPM. Les pro- ducteurs ont mis un gros coup de collier pour semer le week-end du 15 juin, pro- fitant d’une fenêtre de beau temps, afin de pouvoir profiter de l’assurance récolte, mais il restait encore aux alentours de 60 000 hectares non semés au 20 juin. » Soit près de 15 % des surfaces de maïs grain des deux régions sus citées.

Compte tenu de la date avancée et de l’état des parcelles, une bonne partie de ces hectares risquaient d’en rester là. La collecte de maïs devrait aussi souffrir d’un potentiel de rendement entamé dans le nord de l’Aquitaine et de Midi-Pyrénées, où les semis ont pu avoir lieu, en raison d’attaques d’insectes et d’une densité de pieds réduite. Sans compter les interrogations autour de la faible luminosité au moment de l’initiation florale, et les transferts attendus de maïs grains vers un usage fourrager. « Pour les éleveurs, il est encore envisageable d’implanter du maïs précoce en fourrager, du sorgho, voire du moha en août, mais c’est beaucoup plus compliqué pour les exploi- tations en monoculture de maïs grain », souligne Gilles Espagnol.


« UN TROU DANS LA RAQUETTE »


L’appel à la souplesse adressé par le ministère de l’Agriculture à ses services décentralisés éloigne le risque de voir les DPU amputés pour cause de sol nu (voir encadré). Mais les aides PAC risquent de constituer le seul revenu sur les parcelles qui n’ont pas pu être emblavées, puis- que l’assurance récolte n’est dans ce cas d’aucune aide. « C’est l’aspect délicat de l’année, car il y a en effet un trou dans la raquette, reconnaît François Schmitt. S’il n’y a pas de semis, il n’y a pas de perte de culture, donc l’assurance multirisque climatique ne couvre pas cette situation. » Et comme les grandes cultures sont considérées comme assu- rables, elles sont désormais exclues du fonds de calamité.

Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, espère sortir de cette impasse : « Nous étudions comment utiliser au maximum les outils existants pour apporter des solutions. Nous expertisons notamment la possibilité de recourir au dispositif de perte de fonds du système de calamité. » Cette option a déjà été employée par le passé, par exemple dans le cas des terres rendues incultes pour plusieurs années par l’eau de mer après la tempête Xynthia. L’impossibilité d’emblaver une parcelle serait ainsi considérée comme une perte de capital sur une année entière.


MENACE POUR L’ASSURANCE RÉCOLTE


Pour le syndicaliste, il convient de tirer les enseignements de la succession d’accidents climatiques enregistrés depuis trois ans, et des limites du dispositif de protection actuel. « Il faut donner une impulsion dès maintenant sur le dossier de la gestion des risques, et peut-être enga- ger la réflexion pour aller vers un dispositif d’assurance marge », estime Joël Limouzin.

En attendant, le ministère de l’Agriculture a réussi à se mettre à dos les assureurs et la majorité des syndicats agricoles. Il a en effet annoncé en juin son intention de réduire l’enveloppe de l’aide publique destinée à subventionner la souscription de contrats d’assurance récolte. Le montant passerait en 2013 à 77 millions d’euros, contre 100 l’an passé. De quoi faire craindre un renchérissement de la somme à débourser par les agriculteurs, avec le risque de réduire l’attrait pour l’assurance récolte, dont l’efficacité passe pourtant par une large mutualisation.

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