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Maïs et tournesol : semer un couvert pour leurrer les oiseaux

Entre produits répulsifs et système d’effarouchements, il n’existe pas de solution miracle empêchant les pigeons et corvidés de s’attaquer aux semis de cultures de printemps. L’installation d’un couvert végétal masquant les lignes rencontre plus ou moins de réussite. Résultats.

Les pigeons s'attaquent au tournesol avec un impactsur le rendementquand ils enconsommentles tiges ou apex. © C. Watier
Les pigeons s'attaquent au tournesol avec un impactsur le rendementquand ils enconsommentles tiges ou apex.
© C. Watier

Parmi les grandes cultures, les maïs et tournesol sont de loin les plus touchés par les dégâts d’oiseaux au moment de leurs semis et levées. Que ce soient des pigeons ou des corvidés, les volatiles n’ont aucun mal à trouver les graines ou les jeunes plants pour les endommager. Pour les perturber dans leurs recherches de nourriture, un couvert végétal peut être mis en œuvre pour camoufler les lignes de semis.

En maïs, Arvalis, en collaboration avec d’autres organismes, a lancé des essais pour évaluer plusieurs méthodes. En Bretagne, le Ceta 35 a déjà quelques expériences en la matière. « Nous testons la technique de semis de blé sur maïs depuis trois ans, dans l’objectif de lutter contre les dégâts de taupins en détournant les larves des semences de maïs. Or, nous avons constaté sur une parcelle que la partie de maïs semée avec du blé avait subi beaucoup moins de dégâts de la part de corbeaux que celle sans la céréale », rapporte Jean-François Garnier, responsable de l’équipe cultures au Ceta 35.

En 2020, une expérimentation à plus grande échelle a été menée dans la région sur 30 à 40 parcelles avec des agriculteurs volontaires. Quelques-unes de ces parcelles ont été véritablement attaquées par des corvidés. Les résultats se sont révélés intéressants, en particulier dans la modalité de semis de blé en plein (juste avant celui du maïs) plutôt qu’en ligne entre les rangs de maïs. De 20 à 40 % de pieds ont été sauvés de la déprédation des oiseaux en plus par rapport à la partie témoin.

Un effet protecteur global d’un couvert d’orge sur tournesol

« Sur une parcelle à Chateaubourg par exemple, avec un semis de maïs à 102 000 grains par hectare, il ne restait que 44 000 plants/ha en maïs seul contre 69 000 plants avec le blé, illustre Anaëlle Maquet, ingénieure expérimentation au Ceta 35. Même constat à Plouneventer dans le Finistère sur une parcelle suivie par la chambre d’agriculture, avec 60 % de pertes en maïs seul contre 35 % en maïs + blé. » Dans ces deux essais, les plantes appâts ont été semées en plein (80 à 100 kg/ha). La technique n’est pas efficace à 100 % et en cas de forte attaque, elle montre ses limites.

Cette technique de plantes appâts peut-elle être transposée sur tournesol ? « Des essais de semis de couverts ont été réalisés avec l’objectif d’obtenir des plantes qui camouflent les plantules de tournesol de la levée au stade "première paire de feuilles" », présente Claire Martin-Montjaret, ingénieure de développement animatrice du programme tournesol à Terres Inovia. Plus que les corvidés, ce sont les pigeons qui s’attaquent au tournesol en consommant les jeunes plants plutôt que les graines.

« Parmi les espèces végétales, nous avons testé surtout l’orge avec un effet globalement protecteur sur les plantules quand la pression des oiseaux demeure modérée. » Une série d’essais menés en 2017 et 2018 dans les départements de la région Centre par la chambre d’agriculture et la FDGeda du Cher montre une protection des tournesols par l’orge dans 50 % des cas, avec un peuplement du tournesol supérieur au témoin sans couvert. D’autres espèces de couverts ont été testées sans présenter de meilleurs résultats.

Éviter que le couvert entre en concurrence avec le tournesol

L’orge a le mérite de produire une installation rapide et d’être facile à détruire. Mais se pose la question ensuite de la gestion de son enherbement pour qu’il n’entre pas en concurrence avec la culture. « Les graminées en général exercent une compétition sur la ressource en eau qui peut être préjudiciable au tournesol. Pour éviter cela, il faut bien ajuster le développement du couvert via la densité et la date de semis, à positionner un mois et demi à deux mois avant celui du tournesol, explique Claire Martin-Montjaret. C’est une technique délicate qui n’est pas simple à maîtriser. Par ailleurs, l’orge doit être détruite. Le glyphosate est efficace pour cela avec une destruction juste avant ou au même moment que le semis selon le niveau de développement du couvert. La mort lente du couvert permet de maintenir la confusion jusqu’à la fin du stade sensible 'première paire de feuilles' du tournesol. Il est très important de ne pas détruire le couvert trop tard, sinon le tournesol accusera le coup. »

Des résultats positifs ont été obtenus également avec de la féverole, localement comme dans le Gers dans un essai de Terres Inovia. La légumineuse a été semée à 50 grains/m2 environ un mois et demi avant le tournesol et détruite au glyphosate au semis de la culture.

Dans la Marne, Florent Franzetti a testé la technique. « Nous mettons en évidence une efficacité avec le couvert d’orge dans notre région mais pas totale, indique l’ingénieur conseil en productions végétales à la chambre d’agriculture. L’orge se comporte bien sur nos sols crayeux, au contraire de la féverole. Idéalement, elle doit être au stade ''3 feuilles' à 'début tallage' au moment du semis de tournesol. Pour ce faire, nous conseillons un semis à partir du 15 février. Il doit être soigné, avec une densité modérée de 150 à 200 grains au mètre carré (au lieu des 350 grains/m2 en culture d’orge). On peut détruire l’orge au glyphosate au semis du tournesol ou la laisser croître un peu si le couvert n’est pas assez développé. »

Un semis de blé avec le maïs pas trop coûteux

Sur maïs, la modalité de semis du blé est différente, avec l’objectif de faire coïncider la levée des deux espèces en même temps. « Pour cela, il est recommandé de semer le blé la veille ou le jour du semis de maïs », indique Anaëlle Maquet. En semis précoce, le blé démarre plus vite que le maïs ; il faut bien surveiller la parcelle pour déclencher la destruction. En semis tardifs, c’est l’inverse. « Dans tous les cas, lorsque le blé est semé à la volée, et que l’on recourt à la herse rotative pour semer le maïs le jour même ou le lendemain, le blé se retrouve entre 1 et 4 centimètres maximum de profondeur », précise-t-elle. « 80 à 100 kg/ha de blé suffisent avec l’utilisation d’un semoir à engrais pour un semis en plein. Cela ne coûte pas cher et c’est réalisable avec les moyens de l’exploitation sans nécessiter d’achats extérieurs », remarque Jean-François Garnier.

Le blé est plus facile à maîtriser que d’autres graminées comme l’orge, jugée plus agressive. Pour sa destruction, il est nécessaire de recourir à un traitement herbicide de post-levée. Divers produits utilisés sur maïs sont efficaces. Une dose de 0,3 l/ha de Nisshin ou de 0,4 l/ha de Choriste suffit sur un blé au stade « 3 feuilles ».

Les essais continuent pour suppléer le manque de solution efficace, avec de nouvelles pistes comme des bandes végétales attractives en bordure de parcelles pour détourner les oiseaux des cultures de rentes.

Ne pas semer en décalé et bien rappuyer

Aussi bien pour le maïs que pour le tournesol, des semis regroupés sur une courte période dans un même secteur permettent de diluer l’impact des oiseaux. Une levée rapide et homogène limitera la vulnérabilité de la culture. La préparation du sol a son importance : éviter les sols motteux ou soufflés favorables aux dégâts. Bien rappuyer la ligne de semis pour ne pas faciliter l’impact des volatiles. Un équipement, comme une herse étrille, peut être utilisé pour effacer les traces de semis et perturber les sens des oiseaux : une fois que les corvidés ont repéré les graines, ils suivent la ligne de semis. Sur tournesol, la consommation d’une partie des cotylédons n’a que très peu d’incidence mais celle de l’apex ou le sectionnement de la tige aura des conséquences sévères. La présence des volatiles n’a pas toujours une incidence forte sur la culture.

 

 
 

 

Des signalements de dégâts surtout sur pois, maïs et tournesol

Les colombidés (pigeons de ville et ramiers ou palombes) et les corvidés (corneilles, corbeaux, choucas) sont les deux familles d’oiseaux causant le plus de dégâts en grandes cultures.

Maïs, tournesol et pois paient le plus lourd tribut aux attaques d’oiseaux. Ce sont toutes des cultures semées au printemps.

Les pigeons consomment principalement des organes végétatifs, par exemple les cotylédons de tournesol tandis que les corvidés déterrent les graines, notamment en maïs. Ces deux types de dégâts conditionnent des moyens de lutte adaptés.

Enquête menée dans le Bassin parisien (Essonne, Yvelines, Eure, Eure-et-Loir) en 2019 auprès d’une trentaine d’agriculteurs.

Un seul corvifuge homologué sur maïs

Après le retrait d’autorisation du thirame au niveau européen, il ne reste plus qu’un seul produit, Korit 420FS, homologué comme répulsif des corbeaux pour le traitement de semences de maïs uniquement. Il est à base de zirame. Il n’a été employé que sur 2 à 4 % des semences de maïs en 2020. « Il est disponible pour les semis 2021 mais pour la suite il y a des craintes de non-renouvellement d’autorisation au niveau européen, en particulier à cause de son classement H330, comme produit toxique », signale Anne-Sophie Colart, ingénieure régionale Arvalis dans les Hauts-de-France. Le Korit 420FS (comme le thirame précédemment) permet la préservation d’une partie des plantes des attaques de corvidés, bien supérieure aux témoins non traités mais jamais à 100 % et avec des résultats irréguliers. Le coût de Korit est de 10 euros la dose. Son efficacité est insuffisante en cas de fortes attaques, mais dans ces situations rien ne fonctionne. D’autres produits (biostimulants, à base d’épices, alacaloïdes, huiles essentielles…) sont testés par les instituts techniques, dans la raie de semis ou en traitement des parties aériennes, sans résultat concluant pour le moment.

C. G.

Des oiseaux sous caméras de surveillance

C3-PO, c’est le nom du droïde de protocole dans la série de la Guerre des Étoiles mais aussi celui d’un projet de détection automatique des oiseaux au champ. « L’objectif est de développer un outil de détection optique automatisé pour déterminer la fréquentation des oiseaux aux champs et l’impact sur les cultures, présente Christophe Sausse, Terres Inovia. Cet outil apportera des informations sur le comportement des volatiles et sur l’efficacité de certaines méthodes de prévention des dégâts. À terme, il pourrait être couplé à des effaroucheurs sonores ou optiques se mettant en marche seulement au moment de la présence des oiseaux pour éviter ainsi les phénomènes d’accoutumance. » Ce projet, coordonné par Terres Inovia en partenariat avec Inrae de Grignon, a démarré en 2019.

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