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Maïs et tournesol de plus en plus souvent au menu des corvidés et pigeons

Les déprédations d’oiseaux sont de plus en plus signalées par les agriculteurs. Les cultures les plus touchées sont le maïs et le tournesol. Les auteurs de ces méfaits sont principalement les pigeons ramiers, corneilles noires et corbeaux freux. État des lieux.

Les oiseaux sont des cons ! ». Cette affirmation tirée d’un film(1) est parfois reprise à l’envi mais elle ne se vérifie pas spécialement dans les champs de grandes cultures. Pigeons et corvidés donnent du fil à retordre aux agriculteurs de par leurs déprédations et leurs facultés d’adaptation aux divers moyens de lutte mis en œuvre. On pourrait y voir une marque d’intelligence de la part des volatiles…

Les dégâts sont tout sauf anecdotiques même s’il est difficile d’en établir un état des lieux précis, faute de déclarations officielles de dégâts quand il s’agit d’oiseaux(2). Tournesol et maïs sont les deux productions qui paient le plus lourd tribut à l’impact des d’oiseaux. « En recoupant différentes sources de données, le taux de parcelles de tournesol attaquées par les oiseaux est de l’ordre d’un tiers sur la période récente », exprime Christophe Sausse, Terres Inovia. Sur maïs, la proportion de situations subissant des dégâts est certainement moindre que pour le tournesol mais pour une culture avoisinant les 3 millions d’hectares en France (contre 600 000 de tournesol), la surface touchée est plus grande.

Selon une enquête nationale réalisée sur les dégâts d’oiseaux en 2009, la part du tournesol pour lequel étaient signalés des dégâts sur la surface totale de cette culture avoisinait les 3 % contre un peu plus de 2 % pour le maïs. Tirés d’une enquête à la portée limitée (moins d’1 % des agriculteurs), ces chiffres sous-estiment le degré réel de dégâts mais les résultats apportent d’autres informations sur la nature de l’impact des oiseaux.

Une croissance forte des déprédations après le début des années 2000

« Les agriculteurs enquêtés ont témoigné souvent de leur impuissance face à des déprédations croissantes », interprétait Nathalie Robin, Arvalis, à la présentation des résultats en 2011. Plusieurs éléments convergent pour présenter une croissance forte des déprédations après le début des années 2000. « Les enquêtes menées par Terres Inovia sur les pratiques culturales du tournesol mettent en lumière une progression de 30 à 50 % entre 2009 et 2013 du taux d’attaque, rapporte Christophe Sausse. Lors de notre enquête thématique de 2012, 77 % des agriculteurs interrogés estimaient des attaques en hausse depuis 2007. En outre, le nombre d’avertissements agricoles et de bulletins de santé du végétal mentionnant des dégâts d’oiseaux et/ou de pigeons sur tournesol explose après 2009 selon l’analyse de la base de données Pestobserver portant sur ces trente dernières années », ajoute-t-il. Enfin, si l’on regarde l’évolution des populations de pigeons ramiers, leurs effectifs sont multipliés par deux entre 2000 et 2016 si l’on se réfère aux données de suivi Stoc(3) aussi bien qu’à celles d’indices d’abondance de l’ONCFS(3). Selon le Muséum national d’histoire naturelle, une population sédentaire se développe chez cette espèce d’ordinaire migratrice. Ce phénomène est attribué à la succession d’hivers doux et au développement des grandes cultures. Pour les corbeaux freux et corneilles noires, les populations sont stables ou en régression à l’échelle de la France. Au niveau régional ou local, il peut en être tout autrement.

Une forte variabilité entre les années

Si la tendance de fond est à l’augmentation des dégâts au fil des ans, leur niveau peut être très fluctuant entre années, à l’exemple des deux dernières campagnes. « En 2017, les attaques ont été faibles sur tournesol avec 305 parcelles déclarées comme telles contre 1446 en 2016 sans qu’il y ait eu une démobilisation des agriculteurs répondant à nos enquêtes, observe Christophe Sausse. On attribue cette chute du nombre d’attaques à une précocité des semis et à leur regroupement en 2017 qui auraient joué en synergie avec une nidification tardive des pigeons ramiers ayant alors besoin d’une nourriture accrue pour le nourrissage des jeunes. Mais cela reste très hypothétique. »

Quel est l’impact des dégâts en termes économiques ? Outre la consommation de graines et de pieds ayant des conséquences directes sur le rendement, les déprédations peuvent se situer à un tel niveau que l’agriculteur n’a pas d’autre choix que de ressemer tout ou partie de son champ. « Cela a été le cas dans 55 % des parcelles déclarées avec des dégâts selon notre enquête 2016. Il s’agit d’un surcoût important, le semis représentant environ la moitié des charges opérationnelles du tournesol, précise le spécialiste de Terres Inovia. En outre, sur les parcelles ressemées, le rendement peut être amputé en raison du décalage de cycle généré. Nous pouvons estimer la perte économique à plus de 200 euros/hectare en cas de ressemis soit le tiers de la marge brute, et à plus de 100 euros/hectare en absence de ressemis. » Nombre d’agriculteurs ont décidé d’abandonner purement et simplement la culture de tournesol à cause des oiseaux.

Les pigeons consomment graines, tiges, cotylédons, feuilles

« En maïs, suite aux disparitions de plantes, les producteurs pratiquent un ressemis dans près d’un cas sur deux, précise Nathalie Robin, sur la base de l’enquête de 2009. Ce ressemis peut être partiel ou bien total et même répété (10 % des cas). Le ressemis accroît les charges (semences, temps de travaux…) et entraîne une baisse de rendement suite à une date d’implantation tardive. » Les dégâts sont très variables, justifiant ou non les ressemis.

Le tournesol a la faveur des pigeons tandis que le maïs constitue le premier choix des corvidés. Les pigeons sont strictement végétariens. Outre les graines, ils consomment des tiges, cotylédons, feuilles. Sur tournesol, les dégâts s’observent surtout à partir du stade crosse jusqu’au déploiement de la première paire de feuilles. Les déprédations observées également sur protéagineux et soja sont majoritairement de leurs faits. Le colza semble un garde-manger important l’hiver pour le pigeon où l’on signale régulièrement des dégâts sur de jeunes plants par la consommation de feuilles.

Les corvidés peuvent consommer aussi bien des insectes (larves en terres par exemple) que des graines. Plus que les pigeons, corbeaux freux et corneilles noires ont tendance à déterrer les grains. Les corvidés sont de loin les principaux oiseaux consommateurs de graines sur maïs mais ils sont fréquents aussi sur tournesol.

D’autres espèces occasionnent des dégâts en cultures. Outre le pigeon ramier parmi les columbidés, il y a le pigeon biset (de ville, de ferme), le pigeon colombin et la tourterelle turque. Dans les corvidés, on peut ajouter le choucas des tours dont des individus peuvent accompagner les freux ou les corneilles dans les champs. Quant aux étourneaux, l’impact est peu visible en grandes cultures.

L’hiver, étourneaux et corvidés que l’on voit dans les champs ne s’attaquent pas aux cultures mais consomment des larves d’insectes, des graines d’adventices… Ces volatiles ne sont pas complètement nuisibles ce qui ajoute à la complexité de la gestion des oiseaux.

(1) Titre d’un film des années 60 réalisé par Chaval.
(2) Seuls les dégâts de gros gibiers peuvent être déclarés pour indemnisation.
(3) Suivi temporel des oiseaux communs, Muséum national d’histoire naturelle.
(4) Office national de la chasse et de la faune sauvage.

EN CHIFFRES

Des démographies variables selon les oiseaux

+ 176 % d’augmentation des effectifs du pigeon ramier depuis 1989 selon le programme Stoc, et + 47 % depuis 2001. Le ramier est présent partout dans l’Hexagone, avec des effectifs moindres dans le sud.

Déclin de 46 % du corbeau freux depuis 1989 (- 25 % depuis 2001). Le corbeau freux vit en colonies et sa distribution se concentre dans la moitié Nord de la France. La proximité d’une corbeautière (propre aux freux) peut générer un impact fort sur les cultures à proximité.

Stabilité des populations de corneille noire (+ 3 % depuis 1989, - 4 % depuis 2001). L’espèce se rencontre partout en nombre en France, en dehors du pourtour méditerranéen. Elle est très présente en milieu urbain.

Source : Muséum national d’histoire naturelle (http://vigienature.mnhn.fr/page/resultats-par-especes)

Des recherches sur le pourquoi du comment des attaques

« Sans information précise sur l’écologie et la biologie des oiseaux, nous n’arriverons pas à mettre en œuvre des moyens efficaces de lutte contre pigeons et corvidés. » Chez Terres Inovia, Christophe Sausse est un des initiateurs de projets de recherche, avec des spécialistes d’autres organismes(1). « Nous avons déposé une demande de projet Casdar sur les dégâts d’oiseaux en grandes cultures et en particulier du pigeon ramier sur tournesol. Ce projet permettra de mener à bien un suivi des populations à l’échelle de plusieurs territoires, d’expérimenter des stratégies culturales d’esquives des dégâts, de tester de nouveaux équipements d’effarouchement… »

L’étude doit commencer par l’analyse de toutes les données d’impact des oiseaux émanant d’enquête de terrain pour les corréler avec des facteurs agronomiques ou paysagers. Il y a aussi le projet de munir une dizaine de pigeons de balises GPS afin de suivre leurs déplacements. Des personnes vont être recrutées pour mener à bien ces recherches… une fois que suffisamment de financements auront été trouvés.

C. G.(1) ONCFS, fédérations de chasse, chambres d’agriculture, AgroParisTech, MNHN…
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