Maire et agriculteur : « Il y a des périodes où je signe des arrêtés dans la moissonneuse-batteuse »
Les élections municipales se tiendront les 15 et 22 mars prochains. Exemples dans différentes régions avec des maires agriculteurs, engagés pour leur territoire, qui ont décidé de se présenter pour un nouveau mandat.
Les élections municipales se tiendront les 15 et 22 mars prochains. Exemples dans différentes régions avec des maires agriculteurs, engagés pour leur territoire, qui ont décidé de se présenter pour un nouveau mandat.
Si la part des agriculteurs dans la population active se réduit, ils restent très engagés au sein des conseils municipaux et en tant que maire, en particulier dans les communes rurales. À la veille des prochaines élections municipales, qui se tiennent les 15 et 22 mars 2026, des maires agriculteurs, qui se présentent pour un nouveau mandat, partagent leur expérience. Leur grande force : ils connaissent le territoire de leur commune dans les moindres recoins. « Ma famille vit et travaille sur la commune depuis plusieurs générations », explique Cédric Paté (polyculteur éleveur, 350 ha), maire depuis 2011 de la commune d’Alland’Huy-et-Sausseuil, 285 habitants, dans les Ardennes. Il considère que cet ancrage territorial et familial confère aux agriculteurs une légitimité pour devenir maire. « Personnellement, je me suis toujours senti impliqué dans l’organisation du village », explique-t-il. Il a par exemple œuvré en 2022 à l’organisation d’échanges parcellaires pour implanter des infrastructures destinées à lutter contre l’érosion.
Jamais loin en cas de besoin
La connaissance fine de son territoire est un atout aussi selon Frédéric Baron (117 ha de céréales et 15 ha de noyers), maire depuis 2008 de la commune d’Étriac, en Charente. « Je connais ma commune par cœur, cela m’est utile sur plusieurs dossiers, assure-t-il. Comme pour la gestion du plan local d’urbanisme, dont nous avons encore la charge sur certains aspects au niveau de la commune. Nous avons aussi 15 kilomètres de chemins ruraux et 10 kilomètres de routes à entretenir. »
Dans les communes rurales, les personnes qui vivent et travaillent sur place sont devenues rares. Ça reste le cas des agriculteurs, contrairement à un élu salarié ou cadre qui travaille ailleurs la journée. « Je suis toujours à proximité du village en cas de besoins », explique Frédéric Baron. En dehors des temps de permanence en mairie, les maires agriculteurs restent toujours dans les parages, sur l’exploitation ou au champ. « La fonction de maire est vraiment compatible avec notre métier d’agriculteur qui est prenant mais qui offre une certaine souplesse en termes d’organisation car nous sommes indépendants », considère Benoît Davin (220 ha de grandes cultures et viticulture), maire de Mortefontaine, dans l’Aisne. « Mon exploitation est à 300 mètres de la mairie, en cas de besoin, je peux me rendre disponible très vite », confirme Frédéric Mouret (300 ha de grandes cultures), maire de Nainville-les-Roches, 564 habitants, dans l’Essonne.
Un rôle passionnant de plus en plus chronophage
Permanences, moments d’échanges, sollicitations téléphoniques. Dans les petites communes, être maire exige une grande disponibilité. Il doit à la fois prêter une oreille attentive aux problèmes de voisinage, être présent dans des moments difficiles mais aussi donner de son temps, souvent personnel, pour faire aboutir les projets pour la commune. « La gestion d’une commune est devenue très chronophage », note Frédéric Mouret, élu maire depuis six ans, mais adjoint depuis quinze ans. Parmi les raisons, il évoque la strate supplémentaire des intercommunalités, les recours juridiques de plus en plus fréquents, par exemple en cas de refus de permis de construire, ou encore la montée en puissance du numérique. « Le rôle de maire, c’est gérer des problèmes et des conflits, c’est vrai, mais c’est aussi une fonction qui permet de s’ouvrir à de nombreux domaines, ce n’est jamais mono-tâche, surtout dans les petites communes. C’est un rôle passionnant », assure l’agriculteur.
Être à la tête d’une commune peut aussi offrir de beaux moments de satisfaction. En l’espace d’un mandat, Frédéric Dehurtevent, maire de Lamotte-Warfusée, commune de 735 habitants dans la Somme, élu depuis 2009, a obtenu les subventions nécessaires à la création d’une nouvelle école, d’un restaurant scolaire et d’un espace pour le périscolaire. « Ce type de projet demande beaucoup de temps, mais cela a simplifié la vie des habitants, notamment des enfants qui devaient marcher le long d’une route très passante pour rejoindre la cantine et la garderie », explique fièrement l’édile qui a aussi œuvré à l’implantation de commerces dans le village devenu désormais centre-bourg (statut qui donne droit à des subventions spécifiques pour redynamiser la vie locale).
Rappeler l’importance de l’agriculture dans les territoires
Les maires-agriculteurs interrogés relatent globalement des relations apaisées entre habitants et agriculteurs dans les villages qu’ils administrent, même ceux qui voient se renouveler leur population avec l’arrivée de nouveaux profils d’habitants dits néoruraux. « Être maire est un support merveilleux pour expliquer notre métier car on est en contact avec tous les habitants », considère Frédéric Mouret. C’est aussi pour faire ce travail d’explication des enjeux agricoles que Frédéric Mouret s’est engagé au niveau de la communauté de communes du Val d’Essonne. « Je suis le seul représentant agricole, donc parfois je me sens un peu seul pour faire de la pédagogie, je pense notamment à un projet de méthanisation où il a fallu expliquer le dossier et ses atouts pour le territoire. »
Le temps consacré à leur mandat est difficile à évaluer pour ces maires qui se rendent souvent disponibles en dehors des heures de permanences. Certains, comme Frédéric Dehurtevent ou Benoît Davin, n’hésitent pas à laisser leur numéro de téléphone aux administrés. En moyenne, ils indiquent consacrer de 1,5 à 3 jours par semaine à leur mandat en fonction des périodes, de l’organisation de leur exploitation, de la taille de la commune et de leur participation plus ou moins importante au niveau intercommunal. « Il y a des périodes où je signe des arrêtés dans la moissonneuse-batteuse », reconnaît Frédéric Mouret.
Pour parvenir à tout concilier, l’organisation sur la ferme se doit aussi d’être bien rodée. « Je suis très attentif à l’entretien du matériel en hiver, confie Frédéric Dehurtevent. Car lorsque la saison commence avec les interventions de printemps puis la moisson, on ne peut pas se permettre d’avoir des pannes. » Maires est aussi un travail d’équipe : la réussite de leur mission de maire sans compromettre la continuité du travail à la ferme implique de pouvoir s’appuyer sur des adjoints efficaces ou, dans certains cas, sur un salarié autonome sur l’exploitation.