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Début de campagne 2011/2012
Lutte d’influence entre le blé et le maïs

La campagne 2011-2012 s’ouvre sans afficher de tendance claire. L’équilibre résultant de l’influence baissière du blé et de l’impact haussier de la situation explosive en maïs reste fragile.

Après deux débuts de campagne illustrant les excès d’un marché céréalier devenu cyclothymique (dépression en 2009-2010 et euphorie en 2010-2011), l’entame de la saison 2011- 2012 est bien plus nuancée. Deux éléments antagonistes sont actuellement à l’oeuvre: la tendance plutôt baissière du blé s’oppose à l’influence haussière d’un marché du maïs tenté par les sommets. Ces deux céréales étant reliées par un jeu de vase communicant — des substitutions entre blé et maïs sont possibles en alimentation animale comme pour la fabrication de biocarburants —, chacune joue un rôle de balancier qui tempère l’effet de l’autre. La « lourdeur » en blé est toute relative, comme en témoignent les stocks mondiaux bien inférieurs à ceux de 2010. Le retour de la Russie sur la scène internationale a toutefois apporté une bouffé d’oxygène à ce marché.
La simple annonce de la levée de l’embargo instauré depuis un an par Moscou avait suffit à faire plonger les cours du blé d’une cinquantaine d’euros au mois de juin. De fait, les exportations russes ont redémarré le pied au plancher. Avec plus 3 millions de tonnes (Mt) vendues sur le mois de juillet et 2 Mt attendues pour le mois d’août, le troisième exportateur mondial s’est taillé la part du lion dans les carnets de commandes, notamment lors des appels d’offres égyptiens. Les réticences évoquées à propos de clients échaudés l’an passé par le retrait brutal de la Russie ont été balayées par la politique des prix cassés mise en oeuvre par le géant de la mer Noire. En juillet, 40 euros séparaient l’offre russe de la concurrence américaine et européenne. L’écart s’est ensuite réduit sous l’effet de la hausse des prix russes, pour atteindre une quinzaine d’euros à la mi-août, un différentiel plus conforme aux références historiques.

LES EXPORTATIONS RUSSES FONT DÉBAT

La question est désormais de savoir combien de temps la Russie va occuper le terrain et pousser ses concurrents à adapter leurs prix pour rester dans la course. « La concurrence de la mer Noire va être très forte, car la Russie reprend les marchés qu’elle avait il y a deux ans, en particulier l’Égypte, explique Xavier Rousselin, spécialiste des marchés chez FranceAgriMer. Mais si les exportations se poursuivent à ce rythme effréné, les disponibilités russes pourraient être réduites à la fin de 2011. » Une analyse partagée par Andrée Defois, de la société Tallage, mais contestée par Agritel. Tallage et FranceAgriMer s’accordent en effet sur des exportations russes avoisinant 14 ou 15 millions de tonnes pour 2011- 2012, proches des 16 Mt estimées par l’USDA en août. Agritel table pour sa part sur des niveaux proches des précédents records, à 18 ou 19 Mt. Dans ce cas de figure, la Russie disposerait encore de 30 à 40 % de ses volumes exportables pour la seconde moitié de campagne.
La connaissance plus précise de la récolte encore en cours permettra d’affiner les pronostics. Nul doute qu’ils seront suivis de près par les opérateurs français. En mai, le scénario annoncé d’une récolte catastrophe, rendait moins cruciale la compétitivité française à l’export, mais la donne a changé avec une récolte tricolore de blé désormais évaluée à plus de 33 Mt. « Il va falloir se battre un peu plus que prévu à l’export », reconnaît Cédric Weber, chez Offre et demande agricole. Pour ne pas alourdir son bilan, la France devra en effet expédier 8 à 8,5 Mt de blé à destination des pays tiers. Pour cela, il lui faudra s’imposer au-delà des débouchés qui lui sont traditionnellement acquis. Des éléments jouent toutefois en faveur de l’origine française, à commencer par une qualité plutôt bonne. Du côté des concurrents, l’offre américaine ne devrait pas être trop agressive, et les premiers échos argentins laissent également augurer une campagne plutôt discrète de cette origine sur les débouchés visés par la France.
« En blé, sauf grosse surprise, on sait où l’on est et où l’on va, mais la céréale directrice cette année, c’est le maïs », affirme Xavier Rousselin. Les États-Unis, qui totalisent plus du tiers de la récolte mondiale et alimentent la moitié des échanges internationaux, ont vu leur ratio stock/consommation se rétrécir à 5 %. Cela signifie que les réserves détenues par les USA à la fin de la campagne permettront de couvrir à peine plus de quinze jours de consommation. De quoi donner des sueurs froides aux utilisateurs en cas de récolte 2012 un peu tardive.

FLUX TENDU EN MAÏS

Le dernier rapport du département américain à l’Agriculture publié le 11 août n’était pas de nature à calmer les esprits. L’USDA a révisé à la baisse les prévisions de rendement du maïs aux États- Unis, entraînant une baisse de 14 Mt de la récolte par rapport à la précédente estimation, et, par ricochet, une coupe de 4 Mt dans les exportations. Ce contexte brûlant est à l’origine d’une situation inédite: les cours du « corn », le maïs coté à Chicago, sont passés au-dessus du blé « tout venant » Soft Red Winter. L’industrie de la nutrition animale américaine se voit contrainte de réduire l’utilisation de maïs au profit du blé, et même l’inexorable progression des volumes de maïs destinés à l’éthanol perd de son allant. L’autre originalité de ce début de campagne, « c’est que le monde manque de céréales fourragères, et non de blé meunier, constate Nicolas Pinchon, chez Agritel. Cela explique que le prix de l’orge en France est au niveau de celui du blé. » L’Ukraine pourrait être l’un des principaux bénéficiaires de la situation: le pays s’est empressé de vendre 2 Mt de blé à l’UE dès juillet, soit le volume maximum alloué dans le cadre du contingent à tarif nul pour le blé de faible et moyenne qualité. La tension sur le marché du maïs devrait aussi permettre à Kiev d’exporter une bonne partie de sa récolte de maïs, attendue à un niveau historiquement élevé.

JOUER LA SÉCURITÉ

L’équilibre du marché, entre un blé baissier et un maïs haussier, reste fragile. « Malgré le retour de la mer Noire, il n’y a pas d’élément assez baissier en blé pour que le prix retrouve les niveaux de 2009- 2010 », assure Andrée Defois. Et un gros accident climatique en Argentine, en Australie ou au Canada pourrait inverser la tendance en blé. De même, en maïs, les prix actuels très élevés sont construits sur la base d’une vision pessimiste, prévient Nicolas Pinchon. Une bonne surprise du côté des rendements américains ou en provenance d’Amérique du Sud aurait donc probablement un effet de douche froide sur des marchés avant tout influencés par les changements d’anticipation. Et l’analyste d’Agritel de rappeler « la crainte d’un agriculteur aujourd’hui ne doit pas être que les cours grimpent de 30 euros, mais qu’ils baissent d’autant. Nous sommes à des niveaux de prix rémunérateurs, il faut donc se demander si l’on en veut encore plus ou si l’on sécurise une partie de sa récolte ».

FINANCE : Les matières premières agricoles relativement épargnées par la crise
Difficile de prédire quelles seront les conséquences de la crise économique sur le marché des commodités agricoles, tant l’ampleur et la durée de celle-ci demeurent imprévisibles. Jusqu’à septembre 2011, l’influence du contexte macro-économique a relativement épargné les céréales, dont les pertes sont sans commune mesure avec celles essuyées par le marché des actions. Un impact violent d’un retrait massif des fonds d’investissement, comme cela avait été le cas en 2008, n’est pas le scénario le plus probable. Les fonds ont en effet déjà largement quitté le navire, se retrouvant même parfois en position « short », c’est-à-dire en position vendeuse, et non acheteuse. Selon Xavier Rousselin, de FranceAgriMer, « le principal risque est un risque de spéculation, c’est à dire que des intervenants jouent le marché à la baisse ». Un phénomène auquel on a déjà un peu assisté au cours du mois de juin 2011.

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