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Eau
L’irrigation au goutte-à-goutte cherche sa rentabilité

Très utilisée dans certains pays, l’irrigation goutte-à-goutte se développe plus lentement en France. Les intervenants déplorent le manque d’aides pour cette technique qui permet d’économiser l’eau, l’énergie et la main-d’œuvre.

Le goutte-à-goutte de surface peut s’avérer plus adapté sur certains sols, notamment les sols caillouteux.
© Netafim

Un millier d’hectares : c’est la surface estimée de grandes cultures irriguées avec un dispositif au goutte-à-goutte. Cette technique est marginale en France comparativement à d’autres pays (Italie, Espagne, Israël, États-Unis…) mais elle se développe en grandes cultures, notamment sur maïs et plus récemment sur pomme de terre.

Deux modes d’apports d’eau existent. En goutte-à-goutte de surface, des gaines jetables sont posées chaque année entre les rangs et enlevées en fin de culture. En goutte-à-goutte enterré, des gaines durables sont placées à 30-40 cm de profondeur pour au moins vingt ans. Dans les deux cas, s’y ajoute un système de filtration de l’eau et éventuellement d’injection de la fertilisation dans le réseau d’irrigation. « Chaque technique a ses atouts et ses inconvénients, estime Francisco Bustamante, de la société Netafim, principal intervenant sur le marché pour l’irrigation au goutte-à-goutte. Le goutte-à-goutte enterré limite l’évaporation de surface. Les gaines étant en général enterrées à 25-30 cm pour avoir une capillarité suffisante pour la levée, il implique toutefois d’adapter le travail du sol, avec une intervention à 15-20 cm, du strip-till ou du semis direct. En goutte-à-goutte de surface, la charge de travail en début et fin de culture est importante, ce qu’il n’y a pas en version enterrée. »

Économie de 10 à 20 % d’eau

Selon Netafim, en situation de ressource en eau limitée, le goutte-à-goutte permet une économie d’eau de 10-20 % avec un rendement comparable. Et quand la ressource est moins contraignante, l’économie possible est de 10-15 % d’eau avec un gain de rendement de 10-15 % par rapport à l’enrouleur. « Mais cela implique d’adapter l’irrigation, insiste Francisco Bustamante. Il faut irriguer chaque jour ou tous les deux jours, notamment l’été. L’automatisation du pilotage par suivi de l’état hydrique du sol grâce à des capteurs est essentielle. »

Dans les Landes, un essai a été mené par la chambre d’agriculture sur le bassin versant du Midou, fortement déficitaire en eau. Une parcelle de 1,3 ha irriguée en goutte à goutte enterré à 33 cm de profondeur a été suivie de 2012 à 2018, en comparaison avec un pivot. Le suivi a montré une économie d’eau de 20 % en moyenne et une baisse de rendement de 6 % (rendement moyen de 130 q/ha). « L’économie d’eau est considérable », constate Julien Rabe, de la chambre d’agriculture des Landes. Les expérimentations mises en place en France ne confirment toutefois pas toutes ces données (voir page suivante).

Des économies substantielles d’énergie

Outre son intérêt en zone déficitaire en eau, d’autres points plaident pour le goutte-à-goutte. Parce qu’il ne nécessite que 2 bars de pression, contre 4 au minimum avec les autres systèmes, il peut permettre d’économiser au moins 20 % d’énergie, voire plus de 50 % en remplacement d’un enrouleur dans un système optimisé. Des économies d’engrais sont également possibles grâce au fractionnement des apports sur toute la croissance. Le goutte-à-goutte réduit aussi l’enherbement et le tassement des sols lié aux canons. Comme il peut être automatisé, il libère un temps précieux en pleine saison et fait gagner en sérénité. Il est intéressant en zone ventée, où les pertes en eau peuvent être importantes, et pour les parcelles de formes irrégulières. Et comme il est peu visible, il améliore l’acceptabilité sociétale de l’irrigation.

Des producteurs font donc le choix du goutte-à-goutte, notamment pour des cultures à forte valeur ajoutée comme les maïs semence ou pop-corn et aujourd’hui pour la méthanisation. Mais globalement, le surcoût à l’investissement comparé aux bénéfices possibles est trop élevé aujourd’hui pour motiver les producteurs à choisir ce système. « Le goutte-à-goutte est très performant, mais la France n’a pas de politique incitative sur les économies d’eau », déplore Hervé Pascal, d’IMH Distribution, distributeur en France du goutte-à-goutte enterré Netafim. « Il faudrait des aides à l’investissement pour ramener le coût du goutte-à-goutte au niveau de celui de l’aspersion », estime de son côté Julien Rabe. Une irrigation économe en eau mériterait l’attention des pouvoirs publics pour un soutien financier.

Un investissement entre 2 000 et 4 000 euros de l’hectare

L’économie d’eau et/ou le gain de rendement ne suffit pas toujours à justifier le surcoût du goutte-à-goutte. Même s’il varie selon la topographie, la surface, etc., l’investissement atteint tout de même 3 000 à 4 000 €/ha en goutte-à-goutte enterré et 2 000 €/ha en goutte à goutte de surface, auxquels s’ajoutent 300 €/ha/an de gaines. Le prix de l’eau peu élevé en France, des prix des céréales très volatils, les changements qu’entraîne le goutte-à-goutte (sonde, travail du sol, fertilisation…) n’incitent pas forcément à investir dans ce type de dispositif d’irrigation. « En climat tempéré, où la sécheresse n’est pas continue l’été, le gain de productivité par rapport à une aspersion optimisée n’est pas suffisant pour justifier le surcoût du goutte-à-goutte », estime Romain Tscheiller, d’Arvalis Poitou-Charentes.

Témoignages : Philippe et Jason Briffaut, producteurs à Fillé-sur-Sarthe

« Des rendements au-delà des objectifs avec le goutte-à-goutte enterré »

« Nous avons mis en place 20 ha de goutte-à-goutte enterré en maïs semence, en remplacement du canon-enrouleur. L’objectif est d’être plus performant et d’économiser 20 % d’eau et d’électricité. Nous avons d’abord testé le goutte-à-goutte de surface sur 7 ha. Nous avons eu de bons résultats, mais cela représente beaucoup de travail en début et fin de culture. Nous sommes passés au goutte-à-goutte enterré à 40 cm, avec des goutteurs de 0,6 l/h (un tous les 50 cm) et des gaines espacées d’un mètre. Nous avons labouré à 18-22 cm, mais comme la Cuma va s’équiper de matériel de travail superficiel, nous allons cesser le labour. Le coût a été d’environ 3 000 €/ha. Nous prenons l’eau dans un canal et irriguons 1 h/j en début de saison et 3-4 h/j en été, avec des quantités minimes. Nous apportons aussi la fertilisation par l’irrigation. Le maïs est moins stressé. En irrigation de surface, nous avons obtenu 100 % du rendement objectif. En irrigation enterrée, nous en avons eu 120 % en 2018. Et nous pouvons sans doute encore nous améliorer en commençant plus tôt l’irrigation, pratiquement dès le semis, pour créer un bulbe d’humidité puis l’entretenir. Le goutte-à-goutte enterré représente aussi un gain de temps. Tout est automatisé et il n’y a qu’à regarder si le système est en route et de temps en temps nettoyer les vannes de purges. Et nous n’avons plus à nous lever la nuit pour déplacer l’enrouleur. Le système pivot-rampe permet aussi un gain de temps, mais comme nos parcelles sont petites et en triangle, elles seraient difficiles à irriguer avec ce système. »

EARL Briffaut : 150 ha dont 95 de prairie et 55 de cultures. Élevage de vaches allaitantes.
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