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L’horizon du désherbage chimique se rétrécit

Les retraits de produits tels l’isoproturon cet automne sont difficilement compensés par les nouveaux herbicides mis en marché. Les sociétés phyto continuent à proposer de nouvelles solutions malgré tout, mais elles sont de portée limitée face à la montée des adventices résistantes.

Adieu l’isoproturon. Encore incontournable il y a peu dans le désherbage des céréales, cette matière active herbicide a été retirée du marché et ne sera plus utilisable à compter du 30 septembre 2017. « À l’automne 2014, l’isoproturon a été utilisé encore sur 1,7 million d’hectares (Mha) de céréales au travers de divers produits le contenant. L’an passé, la surface a chuté à 0,9 Mha, ce qui signifie que, pour cette campagne, il faut lui trouver son remplaçant sur cette surface », remarque Jean-François Barot, chef marché herbicides chez Adama. « Au début des années 2000, la molécule herbicide était utilisée en solo sur plus de 2 Mha sans compter tous les produits qui associaient l’isoproturon à d’autres matières actives », ajoute Ludovic Bonin, spécialiste du désherbage des céréales chez Arvalis. Bref, l’importance de l’isoproturon dans le désherbage des céréales était tout sauf une paille.

Pourquoi est-il retiré ? La décision du retrait n’est pas franco-française comme cela arrive pour certains phytos mais bien européenne. Dans le cadre de la révision des substances actives, la Commission européenne a décidé de radier l’isoproturon de la liste dite de l’annexe 1 du règlement 1107/2009, suite aux avis négatifs de l’Efsa sur la molécule. Du reste, l’isoproturon était déjà sorti des usages herbicides dans certains pays majeurs comme le Royaume-Uni. Son profil environnemental et le risque élevé de transfert de la molécule vers les eaux après des pluies n’ont pas plaidé en sa faveur.

Craintes sur l’avenir du chlortoluron, du flufenacet…

Le retrait de l’isoproturon ne fait que suivre la tendance générale de réduction des autorisations de produits chimiques. Les nouveautés peinent à compenser la disparition de molécules anciennes. L’isoproturon faisait partie des substances utilisées dans les programmes de désherbage à l’automne de prélevée et/ou de post-levée précoce. Sur ce créneau, il reste comme substances majeures le flufenacet, la pendiméthaline, le prosulfocarbe, le trialate, le diflufenicanil, le chlortoluron… toutes ces matières actives appartenant à des familles chimiques différentes ce qui en fait des solutions de choix pour contrer les adventices résistantes.

Mais ces herbicides ne sont pas à l’abri de restrictions d’usages, voire de retrait à l’avenir. « On peut craindre pour le chlortoluron car il est de la même famille que l’isoproturon (urées substituées) et que son profil vis-à-vis de l’eau est assez proche », souligne Céline Denieul, référente gestion des adventices chez Agrosolutions (Invivo). Cet herbicide est en cours de réévaluation sur le plan européen. « La Commission européenne ne devrait pas statuer sur son cas avant un an compte tenu de quelques retards pris sur ce dossier. Sur ce point, nous attendons les évaluations de l’Echa et de l’Efsa (1), renseigne Jean-François Barot, dont la société Adama soutient la molécule aux côtés de Nufarm et Bayer. En tout état de cause, le chlortoluron sera encore utilisable pour les deux prochaines campagnes. » Selon le spécialiste d’Adama, la famille des urées substituées dans son ensemble n’est pas vouée à disparaître puisqu’une molécule comme le métobromuron a passé avec succès l’examen européen pour son inclusion à l’annexe 1 jusqu’en 2024.

Le désherbage d’automne de plus en plus pratiqué

Autre molécule devant faire l’objet d’une réévaluation sous peu, le flufenacet, de la famille des oxyacétamides. « Il n’est pas certain qu’il pourra être utilisé au même grammage à l’hectare qu’actuellement, observe Céline Denieul. D’une manière générale, les herbicides utilisés à l’automne présentent des modes d’action racinaire et sont appliqués sur des sols nus ou des blés à quelques feuilles pendant des périodes où il peut pleuvoir beaucoup. Les risques de les retrouver dans l’eau sont plus importants que pour d’autres matières actives. » D’ailleurs, plusieurs de ces produits sont interdits sur sols drainés.

Pourtant, l’importance du désherbage d’automne a nettement augmenté ces dernières années. Peut-être grâce à des conditions climatiques plutôt favorables à ces usages après 2012 et aussi en raison des efficacités décevantes en sortie d’hiver d’autres produits, sur les graminées notamment. « Ces deux dernières campagnes, plus de la moitié des blés ont été désherbés à l’automne avec, en outre, une augmentation nette des hectares déployés ce qui signifie une utilisation accrue de mélanges ainsi que des doubles passages (10 % en 2015, 14 % en 2016), analyse Jean-François Barot. Le désherbage est plus précoce également avec une part de prélevée constante (25-30 % des surfaces) et des traitements en post-levée à 1-2 feuilles qui atteignent 45 % des désherbages d’automne. Le désherbage à 3 feuilles, lui, a baissé (20 %). » Le conseil de traiter sur des adventices jeunes, donc plus vulnérables, prend sur le terrain.

Efficacité de la prélevée suivie d’une post-levée précoce

De son côté, Céline Denieul remarque une tendance au développement de produits associant plusieurs matières actives. « Ces herbicides apportent un niveau d’efficacité satisfaisant grâce à l’association de deux ou trois molécules. Celles-ci sont à plus faibles doses que dans des produits solos et ont plus de chance de passer sur divers types de sols en réduisant les risques de transferts dans l’eau. »

« Avec le retrait de l’isoproturon, les programmes de désherbage d’automne se doivent d’être renforcés autour de produits à base de flufenacet ou de prosulfocarbe ou encore de pendiméthaline + chlortoluron », juge Ludovic Bonin. Sur des flores avec forte présence de vulpin par exemple, l’expert d’Arvalis conseille de choisir une base forte en prélevée, idéalement en mélange (Trooper + diflufenicanil ou Trinity + Défi…). Ensuite, un complément de post-levée précoce (à 1-2 feuilles) également solide du type Fosburi + chortoluron ou Daiko + Fosburi + huile… Les solutions ne manquent pas en désherbage des céréales en dépit de retraits. « Mais les conditions climatiques conditionnent fortement les efficacités des spécialités d’automne, admet Ludovic Bonin. Sans ces passages cependant, de nombreuses situations seraient critiques avec des pertes de rendement conséquentes, même avec des interventions de sortie d’hiver ensuite. » Avec un niveau d’investissement qui s’élève en herbicides, il est judicieux de se tourner vers d’autres modes de contrôles des adventices, mécaniques ou agronomiques.

(1) Agence européenne des produits chimiques et autorité européenne de sécurité des aliments.

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Gestion durable des adventices en céréales à paille

Arvalis Institut du végétal vient d’éditer un guide complet sur la gestion des adventices en céréales à paille. Les 170 pages du document présentent les mauvaises herbes majeures, les différentes techniques de désherbage (agronomiques, mécaniques et chimiques) accompagnés des résultats d’essais ainsi que d’un focus sur les herbicides précisant ce qu’ils impliquent en matière de protection et d’utilisation optimale. 110 produits sont présentés sous forme de fiches.

28 €. www.editions-arvalis.fr (editions@arvalisinstitutduvegetal.fr).Éditions Arvalis – Institut du Végétal – ZA La Tellerie – CS 20016 – 61438 Flers cedex. Tél/Fax : 02 31 59 25 00/02 31 69 44 35.

Un chlortoluron utilisable sur des blés sensibles

Le chlortoluron est le cousin de l’isoproturon. Il est reconnu efficace non seulement sur vulpin mais aussi sur ray-grass. Mais l’herbicide est inutilisable sur plusieurs variétés de blé qui y sont sensibles. La société Adama propose une alternative au travers d’un produit contenant du chortoluron à faible dose. Trinity (= Bandrille) se compose de pendiméthaline, de diflufenicanil et de chlortoluron. À sa dose homologuée N de 2 l/ha, l’apport de chlortoluron est de 500 g, nettement en deçà de la dose maximale à laquelle il est autorisé, 1800 g/ha. « Nous avons testé Trinity à la dose N et 2N sur seize variétés de blé sensibles au chlortoluron et dans trois régions aux sols différents, explique Jean-François Barot, Adama. Seules deux de ces variétés ont montré une sensibilité, Sy Moisson et RGT Mondio. En revanche, nous cautionnons l’utilisation de Trinity pour les quatorze autres, dont des blés très cultivés comme Rubisko, Armada, Descartes, Bergamo… » L’herbicide reste à tester sur d’autres variétés sensibles. Trinity se positionne comme un produit d’association pour lutter notamment contre les ray-grass et vulpins, selon Arvalis. Il est efficace également sur nombre de dicotylédones : coquelicot, pensée, véroniques, stellaires, géranium, crucifères…

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