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Les triazines font leur come-back à petite dose sur maïs

Le désherbage chimique du maïs demeure diversifié pour 2018, entre compositions originales avec les molécules à disposition, retour de matières actives anciennes et quelques nouveautés.

Les nouveaux herbicides pour le maïs sont tous des produits de post-levée.
© S. Leitenberger

Une technologie de rupture pour 2018. C’est ainsi que la société Syngenta annonce l’arrivée de son nouvel herbicide Calaris. « Notre produit réintroduit un nouveau mode d’action herbicide en maïs utile à la gestion des résistances », présente Didier Bruxelles, chef de marché herbicides maïs chez Syngenta. De quoi s’agit-il ? Calaris se compose de mésotrione (70 g/l), une matière active courante en désherbage du maïs, et de terbuthylazine (TBA, 330 g/l) appartenant à un groupe chimique (Hrac C1(1) qui n’était plus représenté en maïs depuis des lustres. En clair, il s’agit d’une triazine et le lancement de Calaris signe le retour de cette famille de substance active en maïs dont l’atrazine a fait les grands jours du désherbage jusqu’au début des années 2000.

« La terbuthylazine est une matière active des années 70 et elle a été réhomologuée sur maïs en 2011 au niveau de l’Union européenne, précise Didier Bruxelles. Avec la mésotrione dans Calaris, il y a une synergie d’efficacités. Le produit montre une très grande rapidité d’action sur les adventices tout en permettant un contrôle de levées échelonnées. Calaris est avant tout un antidicotylédone même s’il agit aussi sur les graminées. »

Un positionnement en post-levée précoce

Pour Yann Flodrops, ingénieur régional filière maïs Centre chez Arvalis, « Calaris présente une efficacité intéressante sur les dicotylédones classiques du maïs de même que sur certaines espèces émergentes comme la mercuriale et la renouée-liseron. Il est moins performant sur renouée des oiseaux. » Mais à l’institut technique, on s’interroge « sur la pertinence de son positionnement en post-levée très précoce. Le produit ne peut être appliqué qu’à partir du stade BBCH13 (4 feuilles visibles du maïs) où cette association de molécules à actions racinaire et foliaire risque de perdre de son intérêt si les adventices sont déjà bien développées. »

Calaris est homologué à 1 l/ha mais Syngenta le conseille à 0,7 l/ha en association avec d’autres spécialités telles qu’Elumis, Camix ou des produits à base de nicosulfuron, pour constituer un spectre d’action complet contre les dicotylédones et les graminées. Arvalis met en avant des mélanges efficaces comme celui associant Calaris à 0,5 l/ha de Pampa (nicosulfuron) et 1 l/ha du Dual Gold Safeneur (s-métolachore + benoxacor). Le prix de Calaris est de l’ordre de 45 euros le litre.

Ne pas oublier l’ajout d’huile avec Capreno

Capreno (= Alpa Evo) est une autre nouvelle spécialité à la composition originale associant la tembotrione au thiencarbazone-méthyle (+ phytoprotecteur). Elle est commercialisée par Bayer CropScience. « À sa dose d’autorisation de mise en marché de 0,29 litre/hectare, l’usage de Capreno correspond à celui de 0,5 kilo/hectare de Laudis WG (tembotrione) + 1,9 litre/hectare de Monsoon Active ou d’1 litre/hectare d’Adengo (thiencarbazone-éthyl), mentionne Yann Flodrops. C’est un herbicide de post-levée à spectre large qui se positionne sur le créneau des herbicides complets. Il devra cependant être complété sur mercuriale, fumeterre et véronique et il est important de ne pas oublier d’y ajouter une dose d’huile (1,5 à 2 l/ha) pour en obtenir la meilleure efficacité. »

Outre des points forts en termes d’efficacités sur des dicotylédones « difficiles » comme la renouée liseron et la renouée des oiseaux, le produit montre une performance intéressante sur les graminées estivales : panics, sétaires et digitaires. Un inconvénient à noter pour ce produit : l’obligation d’un DVP(2) de 20 mètres près des points d’eau. « C’est le cas aussi pour le produit Adengo mais ce défaut devrait être résolu pour les semis 2019 avec son remplacement par une formulation plus concentrée de thiencarbazone-éthyl, Adengo Xtra, pour lequel le DVP ne serait plus que de 5 mètres », précise Yann Flodrops. Le prix de Capreno se situe entre 48 et 58 euros de l’hectare selon les doses d’usage.

Deux sulfonylurées en un seul produit

Parmi les produits récemment mis sur le marché, il faut noter l’arrivée d’une spécialité répondant au nom de Principal (= Accent Duo) qui a la particularité de présenter deux sulfonylurées dans sa composition : le rimsulfuron et le nicosulfuron. « Cette association le rend sensiblement supérieur en efficacité au seul nicosulfuron face à la digitaire, la renouée liseron ou le mouron des oiseaux", note Arvalis. Le produit qui était commercialisé par DuPont jusqu’à fin 2017 doit être complété par un ou plusieurs autres herbicides pour étendre le spectre d’efficacité. Provenant de Belchim Crop Protection, Alcance Sync Tec est un autre produit récent qui, outre le fait d’être autorisé sur maïs, l’est également sur sorgho. Au contraire du maïs, le sorgho manque cruellement de diversité dans les solutions herbicides disponibles.

(1) Herbicice resistance action committee.(2) Dispositif végétalisé permanent.

Retour programmé du flufénacet

La société Belchim prépare le retour d’une autre molécule sur maïs : le flufénacet. Un herbicide composé uniquement de cette substance active (à 600 g/l) sera proposé dans un proche avenir. Le flufénacet avait existé précédemment sur maïs au travers du produit Diplôme. Du groupe Hrac K3, il présente le même mode d’action que les chloroacétamides (acétochlore, dimétachlore, s-métolachlore, DMTA-P…) et son emploi sera intéressant dans une stratégie de diversification des substances actives.

Une triazine sous surveillance

« La terbuthylazine est soumise à vigilance du fait du risque de transfert dans les eaux sur les sols les plus filtrants. Mais c’est le cas aussi d’autres matières actives », précise Yann Flodrops, Arvalis. Avec toutes les autres triazines et l’atrazine en particulier, la terbuthylazine avait disparu des champs de maïs en 2003 en France mais son usage avait perduré sur vigne. Décidé par le ministre de l’Agriculture Jean Glavany en 2001, le retrait de cette famille était consécutif à une présence dans l’eau trop importante et trop persistante de ces molécules et de leurs métabolites. Du reste, on continue à en trouver des traces de nos jours dans les nappes phréatiques. Sur des données d’analyses d’eaux mises en distribution en 2001-2003, la terbuthylazine était parfois détectée, mais nettement moins que l’atrazine et ses métabolites. Avec sa dose conseillée d’utilisation et la concentration dans le produit, Calaris apporte une quantité à l’hectare de terbuthylazine sans commune mesure avec ce qu’elle avait été par le passé sur vigne. En outre, cette quantité est deux fois inférieure à des usages autorisés dans des pays voisins de la France.

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