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Maladies du blé
LES ROUILLES EN FONT VOIR DE TOUTES LES COULEURS

Brune, jaune, noire : les rouilles du blé ont connu des développements importants ces dernières années. La faute aux caprices du climat et aux facultés d’évolution des souches de pathogènes.

En France, nous sommes bien armés contre les rouilles grâce à des fongicides efficaces et un choix de variétés comportant divers blés résistants. Mais une bataille n’est jamais définitivement gagnée contre les maladies. En témoigne le développement surprenant de la rouille jaune cette année. « Début 2008, ce champignon s’est manifesté ‘sournoisement’ par une épidémie très précoce puisqu’on en a décelé des symptômes dés le mois de janvier, à un moment où les agriculteurs n’ont pas pour habitude de surveiller leurs parcelles », observe Claude Pope de Vallavieille, spécialiste de la rouille jaune à l’Inra de Grignon.

RÉSISTANCE CONTOURNÉE
Pourquoi un développement si soudain ? « Il y a combinaison de plusieurs facteurs. D’abord les conditions humides de l’été 2007 ont permis à l’inoculum de ce champignon de se maintenir sur des repousses de blé en quantité, d’où des attaques importantes et précoces début 2008 à la faveur d’un hiver relativement doux, rappelle la spécialiste de l’Inra. Une nouvelles race de cette rouille est apparue en 2007 en devenant majoritaire dès 2008, ajoute-t-elle. Cette race comporte des gènes de virulence qui lui donnent la capacité de contourner un des gènes variétaux de résistance le plus utilisé dans les blés, le gène YR 32. » Du jour au lendemain, certaines variétés de blé sont passées du statut de résistantes à celui de sensibles à la rouille jaune. Cela a commencé par Robigus en Angleterre, puis des variétés aussi connues que Toisondor, Koreli, Hysun ou Alixan en France. « Toisondor est l’une des variétés les plus cultivées et, dans certaines régions, elle peut représenter des surfaces importantes.D’où une amplification des attaques de rouille jaune », souligne Claude Maumené. Le spécialiste fongicides céréales d’Arvalis ajoute que « les régions océaniques comme le Nord-Ouest sont connues comme offrant des conditions d’humidité propices au développement de la rouille jaune. Mais en fait, il n’y a pas d’exclusivité en terme de régions pour ce pathogène. En 2008, les premières détections ont eu lieu en Ile-de-France… » Avec encore un été humide cette année, il faudra être vigilant début 2009…

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
La rouille brune a connu une « descente aux enfers » avec la canicule de 2003 qui a anéanti le champignon. Quelques années ont suffi à sa renaissance. En 2007, les conditions climatiques lui ont été favorables. « Une année énorme comme on en n’avait pas vue depuis 25 ans, aux dires d’Henriette Goyeau, ingénieur de recherche à l’Inra de Grignon.Dès l’automne 2006, on en trouvait sur les jeunes semis. » Claude Maumené confirme : « la rouille brune restera associée à l’année 2007. Elle a fait irruption très tôt et, au printemps, elle a pris un caractère épidémique avec une intensité et une précocité jamais vues.De plus, le pathogène ne s’est pas limité au Sud de la France où c’est la principale maladie sur blé. Il s’est développé également au Nord ». Il n’en faut pas plus pour évoquer les changements climatiques. « De novembre 2006 à mars 2007, les sommes de températures ont été supérieures à la normale dans la moitié Nord, parfois même plus élevées que celles observées au Sud de la France, évoque Claude Maumené. Dans ces conditions, le champignon a pu accomplir de nombreux cycles et se multiplier de façon exponentielle. »

CHAMBOULEMENT DE RACES
Arvalis met en avant le réchauffement perçu en France qui se traduit par une progression vers le Nord des zones à risque élevé en rouille brune et également l’augmentation des chances de développement de cette maladie avant épiaison, ce qui est très préjudiciable pour le blé. Comme toutes les rouilles, le champignon responsable de la rouille brune est en perpétuelle évolution. Il développe de nombreuses races avec différents niveaux de virulence. « Dans les années 1999-2000, nous avons constaté le contournement du gène de résistance variétal LR 37, très utilisé par les sélectionneurs, par une de ces souches. Autre modification : à partir de 2003, d’anciennes races de rouille brune ont été remplacées par de nouvelles et cela était dû à la fin de la super-dominance de la variété Soissons dans les surfaces emblavées en blé. Soissons avait notamment une race de rouille brune qui lui était inféodée », rapporte Henriette Goyeau. Les évolutions de races sont liées aux changements de variétés cultivées. Des blés comme Apache, et plus récemment Orvantis ou Lancelot, sont devenus sensibles à la rouille brune alors qu’ils étaient classés peu sensibles au moment de leur inscription. On peut s’attendre à ce que ce phénomène se répète avec d’autres variétés. « En même temps, les sélectionneurs obtiennent des variétés de blé avec toujours davantage de gènes de résistance », remarque Henriette Goyeau.

DES FONGICIDES PERFORMANTS
Divers produits associant triazoles et strobilurines se révèlent très efficaces contre la rouille jaune et la rouille brune. Les stratégies de lutte fongicide dans la moitié nord de la France visent en premier lieu la septoriose sur laquelle les strobilurines sont devenues inopérantes. Les produits qui les contiennent ont été partiellement abandonnés mais sur l’année 2007, ils avaient toute leur utilité contre la rouille brune.
Christian Gloria

La rouille noire près de chez nous
Une nouvelle souche très virulente de rouille noire cause des dégâts dans plusieurs pays. Elle est partie d’Afrique de l’Est pour gagner le Moyen-Orient(1). À quand en Europe ?
La rouille noire, cela vous dit quelque chose ? Cette maladie due à Puccinia graminis touche plusieurs céréales et le blé tendre en particulier. Les dégâts peuvent être considérables en réduisant de moitié les rendements. En France, les derniers dégâts significatifs dus à ce fléau datent d’avant la Seconde guerre mondiale et la maladie n’a plus été détectée depuis les année 80.Alors pourquoi en parler ? La rouille noire sévit dans d’autres régions du globe.Une nouvelle souche (appelée Ug99) est apparue qui contourne les résistances variétales obtenues contre ce pathogène. Elle est partie d’Afrique de l’Est pour atteindre l’Ouest de l’Iran cette année. Autrement dit, elle se rapproche des portes de l’Europe et de quelques pays « greniers à grains » comme ceux de l’Asie centrale. L’hypothèse de l’arrivée de cette souche virulente en France n’est pas à exclure même si elle est infime. Au travers des fongicides, nous avons des armes efficaces contre ce pathogène. Quant aux gènes de résistance de nos variétés de blé, on est en droit de s’interroger. En effet, des chercheurs suisses ont testé la résistance de 17 de leurs blés de printemps à la souche Ug99. Ces variétés se sont avérées toutes sensibles. En France, c’est l’interrogation totale sur la faculté de nos variétés à résister à la nouvelle souche de rouille noire.
UNE VIEILLE HISTOIRE
La rouille noire avait fini par être éradiquée dans notre pays et dans l’ensemble de l’Europe grâce à la conjonction de plusieurs actions.Une destruction méthodique des pieds d’épine-vinette, un arbuste qui était commun dans nos campagnes, avait permis de contenir le développement de la maladie dans un premier temps. Cet arbuste est un hôte indispensable à Puccinia graminis pour y développer une partie de son cycle de développement.D’autre part, tout un programme de sélection de variétés de céréales résistantes avait été établi dès le XIXe siècle (avec messieurs de Vilmorin, entre autres) et il a bien porté ses fruits. Il existe plus de cinquante gènes conférant la résistance à différentes souches de Puccinia graminis. Enfin, la rouille noire est une maladie tardive qui se développe plus particulièrement en fin de cycle chez le blé.Avec nos variétés qui se récoltent de plus en plus précocement, la rouille noire ne trouverait plus les conditions idéales à son développement. Mais l’épine-vinette a regagné les jardins des particuliers. La mondialisation des échanges et les retours de voyageurs (d’Afrique de l’Est par exemple) peuvent ramener les germes de cette maladie dans notre pays.Restons vigilants.
C. G.
(1) Voir Phytoma n° 617, juillet-août 2008, pages 4-11.

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