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Les résistances à la mosaïque du blé dur mieux identifiées

De récents travaux de recherche ont permis d’affiner la localisation des gènes de résistance au virus de la mosaïque des stries en fuseau du blé dur. Si les sélectionneurs sont loin d’être au bout de leurs peines, des variétés résistantes pourraient néanmoins être mises en marché dans les années à venir.

Des symptômes difficiles à identifier, des dégâts variables, mais un fait à peu près certain : plus le blé dur revient sur une même parcelle, plus la mosaïque s’installe et plus il devient difficile de s’en débarrasser. Désormais présente dans toutes les zones de production, la maladie conduit certains agriculteurs à se détourner du blé dur. « Ce n’est pas le niveau de dégâts causés par la mosaïque qui est vraiment important, estime Michel Bonnefoy, ingénieur d’Arvalis spécialiste du sujet. C’est la baisse des surfaces dans les zones où le blé dur est très présent. Dans certains cantons du Centre, on observe une très forte chute des surfaces : les agriculteurs remplacent le blé dur par du blé améliorant. » La mosaïque donne en tout cas des sueurs froides à la filière, qui redoute des baisses importantes de production.

Deux sources de résistance très éloignées des blés durs commerciaux

C’est un parasite obligatoire capable de survivre plus de vingt ans dans le sol en l’absence de plantes hôtes, Polymyxa Graminis, qui est le vecteur de la maladie chez le blé dur. Ce champignon transmet deux virus : le virus de la mosaïque des céréales (VMC) et le virus de la mosaïque des stries en fuseaux du blé (VSFB). Assez bien connu sur blé tendre, le premier est peu présent sur blé dur. C’est le second qui pose problème. Apparu voici une petite quinzaine d’années en Beauce, le virus de la mosaïque des stries en fuseau a réussi à coloniser de manière assez insidieuse la majeure partie des zones de cultures. « C’est un frein à la mise en culture car nous n’avons pas aujourd’hui de variétés résistantes », observe Michel Bonnefoy. Dans le classement variétal 2016 d’Arvalis, qui concerne exclusivement la mosaïque des stries en fuseaux, une variété sort du lot : Relief. Mais pour le spécialiste, il faut rester prudent : « Elle est plus tolérante que les autres et peut fournir une solution aux agriculteurs qui ont de la mosaïque dans leurs parcelles. Mais elle peut présenter des symptômes ». Deux sources de résistances au VSFB ont pourtant été identifiées. « Elles se trouvent dans Dic2, un dicocum, c’est-à-dire un blé primitif, très grand, très versard, très tardif, avec des glumes vêtues, autrement dit tout ce que l’on ne souhaite pas, et dans Soldur, une variété qui n’est pas qualitative, indique Michaël Cochard, sélectionneur blé dur chez Florimond-Desprez. Nous les utilisons dans les croisements comme parents donneurs de résistance. Donc oui, on a de la résistance à la mosaïque, mais nous avons beaucoup de mal à ramener cette résistance dans du blé dur « digeste », commercialisable, car un tas de caractères allant totalement à l’encontre de ce que nous cherchons à sélectionner suivent. »

Une sélection qui va pouvoir s’aider de la génomique

Associant Arvalis, l’Inra de Montpellier, Florimond-Desprez et RAGT, un programme de recherche lancé voici deux ans a permis d’avancer sur la localisation probable des gènes responsables de la résistance au VSFB. Scientifiques et sélectionneurs ont travaillé sur des croisements entre des populations sensibles au virus et Dic2 et Soldur. Les chromosomes qui porteraient les gènes de résistance et trois ou quatre QTL (1) différents auraient été identifiés. « Mais les QTL ne sont pas encore assez précis, on va continuer à dégrossir un peu en faisant de la sélection à l’aveugle », indique Michaël Cochard. Jusqu’à présent, c’est ainsi que procédaient les sélectionneurs. « C’est ce que l’on a fait depuis dix ans », confirme Olivier Lucas, responsable des affaires scientifiques chez RAGT. Chez le semencier, une première phase qui dure quatre ans consiste à essayer d’introduire les résistances présentes dans Soldur et Dic2 dans des variétés plus commerciales. Les blés durs sont ensuite testés la cinquième année dans un environnement présentant de la mosaïque. « La lignée est alors quasi fixée, poursuit le responsable. Si l’on voit apparaître une résistance, ce n’est pas un artefact. Mais cela reste compliqué à identifier, car parfois, par exemple, la maladie ne s’exprime pas à cause des conditions météo. » Une deuxième phase de quatre ans suit pour améliorer les caractères agronomiques de la variété. Une phase de test en pépinière mosaïque sert enfin à valider la qualité du travail. Élaborer une variété prend donc dix ans… Sachant que les sources d’erreurs sont multiples. « Ce travail est compliqué par des questions de phénotypage, remarque Olivier Lucas. Les symptômes sont difficiles à identifier, localisés à l’intérieur d’un champ. Il faut étaler une population de sélection, puis essayer de venir chercher les individus les plus intéressants. Il faut être en capacité de dire qu’une variété est résistante car elle a le bon phénotype, ce qui est difficile au champ à l’échelle de l’individu. »

Unir les forces pour gagner du temps

Identifier précisément les gènes de résistance permettrait incontestablement de gagner du temps. Mais beaucoup de travail reste à réaliser. Un deuxième projet financé par le FSOV (Fonds de soutien à l’obtention végétale) s’est mis en place. Il réunit les mêmes acteurs que dans le premier projet mais également des virologues et scientifiques étrangers. L’objectif principal est de préciser les loci des gènes de résistance en mettant en commun des populations issues de la sélection des deux obtenteurs que sont Florimond-Desprez et RAGT. « On s’est partagé le travail plutôt que de refaire chacun la même chose de son côté, explique Olivier Lucas. C’est une stratégie qu’on espère payante pour affiner le marquage moléculaire autour de ces gènes. » Un travail secondaire porte sur les méthodes de phénotypage. « Ce qui nous plombe, c’est de devoir mettre les variétés dans des champs contaminés de manière homogène, or les symptômes sont difficiles à voir et la pression plus ou moins forte, souligne Michaël Cochard. L’idée serait donc de recréer artificiellement ces conditions pour évaluer ce matériel en serre, ce qui serait complètement complémentaire. » Pour l’instant, le sélectionneur reste prudent sur les chances de voir arriver sur le marché une variété résistante. « Chez Florimond Desprez, nous nous sommes donnés pour objectif d’avoir un niveau de résistance élevé, indique Michaël Cochard. On ne veut pas faire d’effet d’annonce. » Vraisemblablement, rien ne serait commercialisé avant six ou sept ans au moins. Chez RAGT, le discours est un peu différent. « Nous avons nos premières touches de manière concrète, estime Olivier Lucas. Nous avons vraiment amélioré l’aspect agronomique. Nous avons remis en place des essais cette année pour confirmation. À la fois pour les rendements, pas loin de ceux d’Anvergur et Miradoux dans les conditions exceptionnelles de l’an dernier, et sur l’aspect résistance. On serait proche de Soldur et Dic2. » Reste que ces variétés potentielles ne seraient pas déposées à l’inscription avant encore trois ou cinq ans. Et il faudra alors qu’elles fassent leur chemin, au milieu des autres, peut-être moins résistantes mais plus productives.

(1) Quantitative Trait Loci, région du chromosome où devrait se trouver les gènes recherchés.

Un petit marché et de moins en moins de sélectionneurs

La mosaïque des stries en fuseaux du blé dur est une maladie franco-française : elle ne concerne pas ou peu les autres pays, notamment pas l’Italie qui est affectée davantage sur blé dur par la mosaïque des céréales. Pour les sélectionneurs, il s’agit donc d’un tout petit marché. Rappelons que 380 000 hectares de blé dur ont été ensemencés en France en 2017, un chiffre en baisse d’1,7 % par rapport à 2016, contre quelque 1,4 million d’hectares en Italie. Les sélectionneurs travaillant de France pour le marché français ne seraient plus que deux, Florimond-Desprez et RAGT, contre quatre auparavant. Toujours décidé à approvisionner le marché français, Syngenta opérerait désormais a priori à partir de l’Italie. Le groupe Limagrain se recentrerait quant à lui uniquement sur le marché italien. Pour Michaël Cochard, le sujet est d’autant plus complexe qu’il n’y a pas beaucoup de place sur le marché français : « Les vendeurs de semences ne référencent que deux ou trois variétés, observe-t-il. Diversifier l’offre proposée aux agriculteurs aiderait probablement à faire vivre le travail de sélection ».

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