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Invasion et développement
Les ravageurs évoluent au gré de l´agriculture

Comment évolue l´impact des ravageurs sur les grandes cultures ? Les changements climatiques jouent un rôle mineur. L´évolution des pratiques agricoles a autrement plus de poids. État des lieux.


Avec les changements climatiques et la hausse des températures, on va voir arriver une myriade d´insectes, entend-on ici ou là. C´est une hypothèse qui apparaît finalement fantaisiste aux yeux des spécialistes. Les insectes peuvent pâtir de ces changements comme ils peuvent en profiter. D´autres facteurs influent sur leurs développement : les évolutions des pratiques agricoles, la diminution de l´arsenal insecticide, l´augmentation de la quantité et de la rapidité des flux commerciaux avec la mondialisation.
Les doryphores nous sont arrivés au début du siècle dernier d´Amérique. Plus récemment, la chrysomèle du maïs a emprunté le même chemin. Mais les grandes cultures sont relativement épargnées par ces ravageurs dits « allochtones », c´est-à-dire complètement étrangers aux pays d´Europe. « En un siècle et demi entre 1850 et 1999, nous avons enregistré l´arrivée de 120 de ces insectes allochtones d´importance agronomique.

De 2000 à 2004, ce sont 25 espèces supplémentaires qui ont été introduites accidentellement en Europe, signale Michel Martinez, Inra, qui voit au travers de cette accélération des introductions, les conséquences de la mondialisation croissante des échanges commerciaux. Pour Philippe Reynaud, entomologiste au LNPV, « de plus en plus d´insectes et d´acariens sont détectés et « interceptés » mais ceux-ci ne se développent pas forcément sur notre territoire. »
L´entomologiste constate que l´on trouve des insectes allochtones plus particulièrement sur cultures protégées (légumes, fleurs). « Les échanges de ce type de végétaux se font par des plantes fraîches, des fruits ou légumes qui véhiculent très bien des espèces spécifiques. C´est la différence avec les grandes cultures qui sont importées sous forme de graines avec une faune des denrées sto-ckées qui est déjà présente chez nous. »

Une entomofaune en perpétuelle évolution
« Les ravageurs qui diminuent en importance sont plus nombreux que les nouveaux qui arrivent », constate Michel Martinez. Qui connaît l´aiguillonnier des céréales, la mouche de Hesse ou la cèphe du blé ? « Ces ravageurs étaient bien présents sur céréales avant les années 50. Ils ont totalement disparu avec l´évolution de l´agriculture. D´autres sont nouvellement apparus comme les pucerons, les cicadelles et les cécidomyies sur céréales. Ils n´étaient pratiquement pas nuisibles avant 1950. »
L´agriculture continue d´évoluer et des pratiques peuvent expliquer l´émergence de certains insectes. Les monocultures de blés ou les rotations courtes composées essentiellement de céréales sont favorables au développement du zabre, coléoptère du sol qui se signale par des dégâts importants ces dernières années. D´une façon générale, on observe une évolution à la hausse des ravageurs du sol. On commence même à reparler du hanneton. « Le maintien plus long d´un couvert végétal est favorable à la ponte d´un certain nombre de ces insectes, analyse Marc Delos. L´avènement de la jachère contribue à cette évolution. On a de moins en moins recours au labour pour préparer ses sols alors que c´était un moyen de réguler les ravageurs souterrains. »
Réduction de l´arsenal insecticide
Autre évolution que met en avant la filière maïs en particulier, le retrait d´insecticides du sol et de traitements de semences. « Nous sommes préoccupés par le déséquilibre qui s´instaure entre la pression qui s´installe avec les ravageurs et les moyens de lutte qui diminuent, ressent Jean-Paul Renoux, responsable du programme maïs chez Arvalis. La recrudescence du parasitisme n´est plus convenablement endiguée par les seules matières actives disponibles actuellement, plus anciennes que les traitements de semences qui ont été suspendus. Ces derniers avaient une meilleure efficacité, et sur plus de ravageurs », assure-t-il.
Du SRPV Aquitaine, Bernard Guéry conforte les dires de son collègue d´Arvalis. « Les premières observations de 2005 confirment la tendance observée en 2004 : une progression continue des principaux parasites du maïs (taupins.) mais aussi le développement de nombreux parasites secondaires jusqu´ici maîtrisés par les TS (mouches des semis, pucerons, cicadelles) et surtout le retour de parasites » oubliés « (scutigérelles, hépiales, hannetons). » Dans des régions telles le Sud-Ouest où la monoculture du maïs est omniprésente, seules les traitements chimiques semblent en mesure de contrôler les ravageurs. A défaut, ces ravageurs trouvent des conditions idéales pour leur développement.
Sur les autres cultures, la panoplie d´insecticides est plus grande. La pratique de la monoculture est moins développée et les problèmes insolubles dus aux ravageurs sont limités ou ponctuels. De la betterave sucrière au blé, de la pomme de terre au pois, on n´enregistre pas d´augmentation de l´impact des ravageurs sur ces cultures.

Effets variés des hausses de températures
Et que dire de l´impact de la hausse des températures observée ? « Avec un climat plus clément, on peut imaginer une installation plus facile d´insectes exotiques, » remarque Philippe Reynaud. Une progression de certaines espèces vers le Nord est observée. C´est le cas pour la sésamie, de la noctuelle Helicoverpa armigera, la scutigerelle.
Des ravageurs voient le nombre annuel de leurs générations s´accroître. Pour les pyrales, ce nombre de cycle est passé de 2 à 3 dans des années chaudes comme 2003 et 2005. On peut imaginer les mêmes résultats sur le développement de pucerons ou d´autres ravageurs. « Mais des températures trop fortes, supérieures à 25ºC, peuvent avoir pour effet de les détruire au contraire. On l´a constaté par exemple cette année sur pois où quelques jours de forte chaleur en juin ont provoqué une forte mortalité des tordeuses. Malheureusement, cette chaleur a également fait chuter les fleurs, » remarque Olivier Pillon, SRPV Champagne.

« Il est difficile de dire si une progression vers le nord d´un insecte est due à des changements climatiques car nous manquons de données à long terme sur l´évolution des ravageurs. Mais nous savons par exemple que la scutigerelle est remontée du sud de l´Aquitaine vers le Lot-et-Garonne. Mais au début des années 70, elle était présente sur le bassin parisien, rappelle Bernard Guéry. La progression de ce ravageur est plus due au rétrécissement de l´arsenal insecticide. »
Le rapporteur ravageurs du sol de la protection des végétaux déplore le manque de données sur les populations de ravageurs sur la France. Un observatoire est en train de se mettre en place.
Enfin, nous pourrons hiérarchiser l´impact de différents facteurs sur l´évolution des insectes.

Chiffres clés
Près d´un million d´espèces d´insectes ont été décrites et validées dans le Monde (dans 33 ordres taxonomiques)
Mais on estime à au moins quatre millions le nombre d´espèces, en fait. On n´en connaît donc que le quart
39 000 espèces décrites
en France classées
dans 27 ordres
Dans les 2 400 espèces d´importance agronomique, plus de 2000 appartiennent à quatre ordres seulement : les coléoptères (charançons, chrysomèles, altises.), les lépidoptères (papillons comme les pyrales, tordeuses, noctuelles.), les diptères (mouches) et les hémiptères (pucerons, cicadelles, punaises.)
Plus de 6 000 espèces d´auxiliaires soit trois fois plus que les ravageurs

Pour en savoir plus
Voir dossier de Réussir Céréales Grandes Cultures Novembre 2005 intitulé : « insectes, ce qu´ils nous réservent ». (RGGC nº186, 12 pages)
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