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Variétés de blés, d´orges...
Les qualités s´additionnent en mélange cultural

Dans les stratégies de lutte contre les maladies, la verse et autres stress, la sélection variétale est une réponse. Autre solution qui apparaît ici ou là : le mélange de variétés en culture. Cette technique a ses adeptes et ses détracteurs.


Confrontations d´idées et de résultats entre un organisme de recherches, l´Inra, et un meunier, les Grands Moulins de Paris.
Les mélanges de variétés en cultures se pratiquent dans diverses régions même si cela ne prend pas des proportions importantes. Exemple : Altria est une variété qui présente une certaine résistance à la verse et une montaison pas trop rapide. Avec Trémie, l´association se comporte bien sur les terres humides du Nord-Ouest (grâce à Altria) et en même temps en situation séchante où Trémie tire son épingle du jeu. Plutôt pour un débouché export, Altria est associé à Isengrain pour diminuer le risque de verse (Isengrain y est sensible). Ces deux exemples ne sont qu´une infime part des possibilités en mélanges variétaux.
Le meunier a des exigences haut placées en matière de qualité par rapport à l´alimentation animale ou l´export. Il réalise ses mélanges de variétés après la récolte des grains généralement. Pourquoi ne pas les réaliser dès le semis au champ ?
En collaboration avec des Chambres d´agriculture et des meuneries, l´Inra apporte sa réponse en étudiant la faisabilité des mélanges variétaux en culture. &quote;Nous terminons une deuxième année d´expérimentation avec des parcelles d´essais de plus d´un hectare dans divers départements de grandes cultures (120 hectares en tout). Cette année, nous expérimentons un mélange de quatre variétés différentes, décrit Claude De Vallavieille-Pope, directrice de l´Unité de pathologie végétale et épidémiologie à l´Inra de Grignon. Ce sont des variétés BPS courantes, les plus homogènes possibles sur leur compatibilité agronomique (développement, précocité...) et complémentaires sur leurs caractéristiques de résistances.&quote;
L´union fait la force
L´objectif est d´associer les multiples gènes de résistances de ces variétés pour être plus efficace dans la lutte contre les maladies. Mais d´autres caractères peuvent être améliorés avec un mélange variétal. &quote;Si une variété apparaît sensible au sec et une autre non, le peuplement avec les deux variétés en mélange supportera mieux les à-coups climatiques&quote;, explique la spécialiste de l´Inra.
Comment expliquer qu´un mélange de variétés de céréales résiste mieux aux assauts des champignons phytopathogènes que des variétés seules ? &quote;La densité de plantes sensibles devient faible dans un mélange variétal. Pour une spore de champignon, la probabilité d´être déposée sur du tissu réceptif (feuille ou tige d´une plante sensible) est réduite. Comme les plantes sensibles sont éloignées les unes des autres, elles ont moins de chance de se contaminer, lit-on dans un article scientifique de la revue Phytoma* rédigé par divers chercheurs européens. D´autre part, les plantes résistantes présentes forment une barrière entre les plantes sensibles, ce qui augmente la proportion de spores perdues.&quote;
Pour Claude De Vallavieille-Pope, &quote;le but est de réduire les applications de fongicides et d´arriver à une culture menée avec un protocole de production intégrée. Les risques pathologiques seraient limités mais également les risques climatologiques en &quote;tamponnant&quote; la réponse au stress hydrique par exemple.&quote; Pour une agriculture se voulant raisonnée, la technique expérimentée par l´Inra apparaît séduisante. Elle intéresse au premier chef l´agriculture biologique également.
Des mélanges après récolte
Dans la pratique, les résultats ne sont pas toujours concluants. Une grande coopérative céréalière l´a appris à ses dépens l´an passé. Dans un mélange variétal, l´une des variétés a germé. Les lots contenant cette variété n´avaient plus de valeur en terme de qualité.
Aux Grands Moulins de Paris (GMP), Ludovic Salvo préfère s´en tenir à la production de variétés seules plutôt qu´en mélange : &quote;On a réalisé d´énormes progrès ces dernières années sur le plan de la qualité en sélection variétale. Avec une bonne protection sanitaire, des variétés seules permettent d´avoir à la fois le rendement, la quantité de protéines et la qualité technologique.&quote; Le spécialiste de GMP constate que &quote;l´inscription a bien pris en main le différentiel traité/non traité dans l´évaluation variétale. Nous préférons orienter nos recherches vers des variétés plus résistantes que des mélanges. En plus, il faut souligner que la protection phytosanitaire apporte entière satisfaction sur l´efficacité contre les parasites sans laisser de résidus dans les grains.&quote;
Il soulève des craintes quant à la maîtrise du mélange variétal. Il faut rechercher des variétés panifiables avec une même précocité. &quote;Le pilotage de la fertilisation azotée se fait à la variété. Qu´en est-il des mélanges variétaux&quote;, s´interroge Ludovic Salvo.
C´est après récolte que les spécialistes des GMP réfléchissent à l´association de variétés. &quote;La qualité technologique est facteur de la variété, du taux de protéines obtenu avec un effet années qui fait que l´on remet tout à plat à chaque campagne, déclare Ludovic Salvo. L´assemblage 1999 n´est pas le même que celui de 2000 ou celui de 2001 à venir. A chaque &quote;millésime&quote;, chaque variété est présente dans des proportions différentes.&quote; Comme pour le vin, difficile de prendre une décision sur la composition d´un assemblage avant récolte.
En dehors de la France : l´Europe à l´heure des mélanges
La stratégie des mélanges de variétés en culture est largement utilisée dans des pays comme l´Allemagne (orges de brasserie), le Danemark, la Suisse, la Pologne... Dans un pays comme le Danemark, les semenciers sont même autorisés à produire et commercialiser des mélanges de variétés d´orge de printemps. En France, hors contrat, il n´est pas réglementaire de vendre des semences mélangées, au moins pour les grandes cultures.


* Phytoma Nº497 (septembre 1997) p. 28 à 31 ; Nº424 (janvier 1991) p. 28 à 36.
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