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Ferme céréalière : les leviers pour baisser votre facture de carburants

Votre facture énergétique ne cesse d’augmenter depuis deux ans ? Adapter votre conduite et être à jour de l’entretien de vos tracteurs peut générer des économies loin d’être négligeables.

La consommation de carburant est mesurée précisément avec un banc d'essai ainsi que la performance d'un tracteur. © F. Maitrot
La consommation de carburant est mesurée précisément avec un banc d'essai ainsi que la performance d'un tracteur.
© F. Maitrot

Mauvaise nouvelle pour les marges : indexé sur le prix du baril, le GNR est à nouveau reparti à la hausse. Les 1000 litres du gazole non routier cotaient 880 euros début janvier 2019, pour évoluer aux alentours de 980 euros mi-juin (1). Une hausse qui prolonge le mouvement amorcé depuis 2018 : « Sur une exploitation de grandes cultures, le poste carburant représentait 58 €/ha en 2018 contre 48 €/ha en 2017. Sur une exploitation avec cultures industrielles, ce poste atteint 71 €/ha en 2018 contre 61 €/ha en 2017 », commente Damien Le Helloco, conseiller d’entreprise chez CER France Seine-Normandie. Le poste carburant représente 7 à 8 % des charges de structure d’une exploitation de grandes cultures.

Pour limiter les effets de cette augmentation, plusieurs leviers existent, qui permettront de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans des proportions équivalentes. Quels sont ces leviers pour diminuer sa consommation ? « Une conduite adaptée permet de baisser de 20 % la consommation de carburant », avance Jean-Philippe Priarollo, responsable d’Allium Énergie (Loire-Atlantique), filiale de Terrena.

Économiser 1500 euros par an juste en modifiant ses pratiques

Pour permettre aux agriculteurs de réduire leur consommation de carburant, la coopérative Terrena propose des formations alliant théorie et pratique (2). La dernière en date a eu lieu fin mai à Laval (Mayenne). « Nous participons à faire évoluer les pratiques agricoles vers davantage d’efficacité économique, environnementale et sociétale, développe Jean-Philippe Priarollo. Un agriculteur qui cultive 100 hectares de grandes cultures consomme classiquement 10 000 l/an. S’il achète son GNR à 0,75 €/l, soit un budget de 7500 euros, il peut économiser 1500 euros chaque année, juste en modifiant ses pratiques et ce, sans investissement », (voir encadré).

Le bon réglage des engins moteurs est une source d’économie à ne pas sous-estimer. En Bourgogne, mais aussi dans les Landes, le Centre-Ouest, le Sud-Est et les Hauts-de-France, les Fédérations de Cuma proposent à tous les agriculteurs de passer les tracteurs au banc d’essai pour mesurer précisément leur consommation de carburant et la performance du tracteur. Fabrice Maitrot, conseiller machinisme et opérateur banc d’essai moteur à la Cuma Bourgogne Franche Comté, confirme un enjeu loin d’être anecdotique : il évoque une économie de 900 euros par an pour un tracteur de 100 cv effectuant 600 heures par an. Une série de mesures et calculs sont effectués lors du passage du tracteur au banc d’essai : puissance, couple et réserve du couple, couple à la prise de force, consommations horaires, consommation spécifique, débit de la pompe d’injection, régime moteur. « Le tracteur est branché à un débitmètre et poussé à pleine puissance sur toute l’étendue de la page de régime, » décrit Fabrice Maitrot.

Le banc d’essai mesure les performances et cible les pannes

À l’issue de ce diagnostic, il apparaît que 50 % des tracteurs présentent au moins une anomalie nécessitant un réglage ou une intervention. « Le banc d’essai permet de maîtriser la consommation de carburant et d’optimiser les performances du tracteur, exprime Fabrice Maitrot. Selon les moteurs et les utilisations, les consommations finales varient fortement. La consommation spécifique du moteur, c’est-à-dire son rendement, exprimé en grammes par kilowatt/heure, peut varier fortement entre différents modèles ou entre deux régimes moteur, avec des écarts allant parfois jusqu’à 30 à 40 g/kWh, ce qui, sur un moteur de 150 cv utilisé à pleine puissance, peut faire un écart de 4 l/h ». Plus le travail est léger, plus les écarts vont être lissés mais de petits gains peuvent toujours être réalisés.

Le banc d’essai mesure les performances du tracteur. Il permet également de cibler les pannes. « Sur un tracteur qui ne développe pas sa puissance, une consommation spécifique plus élevée que la valeur constructeur met en lumière une avarie technique : turbo, compression moteur, circuit d’alimentation en air et en carburant, injecteurs, réglage du débit d’injection, etc. » C’est aussi l’occasion de rappeler que la monte et la pression des pneumatiques, le type de transmission, la bonne adéquation tracteur/outil, le poids et la répartition des charges sont également des facteurs déterminants dans le rendu final de consommation d’un tracteur.

(1) fioulreduc.com
(2) Formation dispensée en partenariat avec la chambre régionale d’agriculture des pays de la Loire, la MFR de Bressuire (Deux-Sèvres), La Noelle Environnement et Agreom.

Modifier sa conduite pour économiser

« Choisir le bon régime moteur par rapport au travail, anticiper et ne pas freiner brutalement font partie des pratiques de conduites permettant d’économiser en carburant », résume Jean-Philippe Priarollo, Allium. Énergie. Le réglage du troisième point et des outils de travail du sol joue aussi, comme le choix des pneumatiques et leur niveau de pression. Plus la surface du pneu est large, plus la consommation augmente sur route. C’est l’inverse pour le labour. Le maintien des masses sur le tracteur est également montré du doigt : « Si on laisse une masse de 900 kg à l’avant du tracteur pour le transport, la consommation augmente de 0,6 l/h. »

La qualité du carburant est aussi l’une des marges de manœuvre. Pour Jean-Philippe Priarollo, « utiliser un carburant de bonne qualité est la première chose à faire. La consommation peut diminuer de 3 % avec certains GNR supérieurs. » Pour faire des économies de carburant, on peut aussi agir sur les éléments de confort comme la climatisation, qui représente 20 à 35 % des consommations d’énergie.

Le facteur distance entre les parcelles de l’exploitation a un impact non négligeable sur la consommation de carburant, mais il est difficile à modifier ! Sur la route, la consommation d’un tracteur de 80 cv atteint par exemple 35 à 40 litres pour 100 km parcourus. « Plus le parcellaire est morcelé, plus la part du transport est élevée. C’est un coût caché », souligne Jean-Philippe Priarollo. À la moisson, la distance entre le champ et le site de stockage n’est pas non plus sans effet. « Entre un champ à 1,6 km du silo et un autre à 8,8 km, l’écart de consommation est de 38 l/ha ». La solution peut passer par un échange parcellaire.

 

Pascal Bablon, agriculteur à Thivet (Haute-Marne)

« Comme si nous avions un nouveau tracteur »

« J’ai passé plusieurs des tracteurs de l’exploitation au banc d’essai proposé par notre Cuma (nom ???????). L’an dernier par exemple, je trouvais qu’un de mes tracteurs ne fonctionnait pas très bien. Il n’avait pas trop de couple. Je l’ai amené au banc d’essai et les différentes mesures ont confirmé un problème de couple, qui a permis d’y remédier tout en adaptant la conduite. Le rendez-vous est rapide : il dure environ une heure et cela vaut le coup. Sur un autre modèle qui manquait de puissance, la plage de puissance du tracteur a été reprogrammée. J’ai retrouvé une puissance normale à ce régime et les consommations ont bien baissé. L’économie est de 5 ou 6 litres par heure. Sur le terrain, c’est très visuel : c’est comme si nous avions un nouveau tracteur ».

800 hectares au Gaec des trois fontaines sur un système de polyculture élevage

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