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Les huiles essentielles pas encore mûres pour protéger les plantes

Cocktails de substances actives tout prêts, les huiles essentielles pourraient offrir des alternatives aux substances phytosanitaires classiques. Cependant, les tests restent difficiles à conduire et les homologations complexes à obtenir.

Les huiles essentielles ne bénéficient pas aujourd'hui d'une procédure d'homologation simplifiée, ce qui complique leur utilisation.
© Pixabay

Poudres de perlimpinpin ou vrais remèdes contre les pathogènes ? À l’heure où la liste des produits phytos classiques ne cesse de se réduire, chacun est à la recherche de solutions alternatives et les huiles essentielles en sont une parmi d’autres. Composées chacune de plusieurs molécules (alcools terpéniques ou phénols, aldéhydes, cétones, oxydes, éthers…), elles constituent un réservoir de substances. Dans un document publié en 2013, l’Iteipmai (institut technique dédié aux plantes à parfum, médicinales et aromatiques) a recensé leurs modes d’action : ils sont multiples, de même que leurs cibles, puisqu'elles ont des effets potentiels tant sur les insectes que sur les champignons ou les adventices.

Une homologation problématique

Leur principal inconvénient à ce jour en Europe ? Très rares sont celles homologuées. En France, trois seulement ont une autorisation de mise en marché, les huiles essentielles de clou de girofle, d’orange douce et de menthe verte. Et une seule, l'huile de menthe verte, est utilisable en grandes cultures. Vendue depuis 2010 sous le nom de Biox-M, elle agit comme antigerminatif sur pomme de terre. En dehors de cette courte liste, se servir des huiles essentielles comme produit de protection des plantes est a priori illégal, passible de 75 000 euros d’amende et trois ans de prison. Pour l’instant, ces substances ne bénéficient pas de procédures d'homologation spécifiques. Au niveau européen, elles ne sont pas considérées comme des « substances de base » en raison, notamment, de leurs compositions variables. Et dans l'Hexagone, « les phrases de risque associées à ces 'cocktails de molécules' ne permettent pas à ce jour de les considérer comme produits de biocontrôle selon les définitions françaises », explique Sara Neuville, chargée de mission protection des cultures à l’Iteipmai (institut des plantes à parfum). Pour l’Aspro PNPP (association pour la promotion des Préparations naturelles peu préoccupantes), elles devraient pourtant entrer dans le champ des PNPP. « D’après la Loi d’avenir pour l’agriculture de 2014, les PNPP englobent toutes les préparations que l’on peut pratiquer chez soi, décrit Jean-François Lyphout, président de l’association. Nous considérons que les huiles essentielles en font partie. » Resterait alors à élargir la liste des 140 plantes autorisées en tant que substances naturelles à usage biostimulant… Pour l’Aspro PNPP, elle devrait en compter près de 800. Le projet de loi agricole en préparation pourrait ouvrir de nouvelles pistes, mais rien n'est sûr.

Des résultats longs à venir

En attendant, si elles constituent un réservoir important de molécules, leur efficacité n'est pas démontrée par les expérimentations classiques. Arvalis a par exemple tenté d’évaluer en 2013 les propriétés herbicides de quatre huiles essentielles (cannelle, orange douce, clou de girofle et sarriette). « Nous les avons testées en chambre climatique sur deux graminées (ray grass et blé tendre) et deux dicotylédones (colza et moutarde blanche), décrit Lise Gautellier-Vizioz, ingénieur au pôle flores adventices et lutte contre la verse. Nous avons constaté au niveau visuel une efficacité passagère, un peu comme avec les produits de contact, surtout sur dicotylédones. Mais au bout de sept jours, cette efficacité est redescendue et nous n’avons pas mesuré de différences significatives dans les pesées. » Si le test n’a pas été concluant, la spécialiste ne rejette pas pour autant ces solutions, que la recherche privée pourrait travailler avec des moyens plus importants. Mais le sujet n'est pas encore mûr, comme le montre le projet GreenProtect. Lancé en 2012 pour quatre ans, c'est l'un des rares à concerner les grandes cultures. Porté par le groupe Arysta (ex-Goëmar), conjointement avec plusieurs universités et instituts dont l'Iteipmai, il devrait arriver à son terme ce printemps. Son objectif était d'évaluer plus de 500 extraits végétaux issus de 34 plantes à parfum, aromatiques et médicinales pour créer de nouveaux produits de biocontrôle, à usages agricoles ou autres. Un travail long et difficile qui, a priori, ne devrait pas permettre à Arysta de sortir un nouveau produit en grandes cultures. La route est encore longue avant de voir les huiles essentielles valorisées comme phytos.

Une définition par le mode d'extraction

Stricto sensu, une huile essentielle se définit non par la plante dont elle est issue mais par son mode d’extraction. Elle doit être obtenue par entraînement à la vapeur, ou plus rarement par un procédé mécanique à froid de type raclage ou pressage, dans le cas des huiles essentielles d'agrumes notamment. « Tous les végétaux ne produisent pas forcément des huiles essentielles, signale Cédric Bertrand, enseignant-chercheur et président de l’académie de biocontrôle. Il ne faut pas les confondre avec des huiles grasses, type huile de tournesol, dopées avec un extrait végétal. »

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