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Les cultures relais, une piste pour les Cive d’été

Avec un semis de culture d’été dans un couvert de céréales, la culture relais ou relay-cropping pourrait apporter une solution à la production de Cive d’été. Dans l’Aube, le Ceta de Romilly-sur-Seine teste la technique sur 30 hectares.

Martin Neeser et Étienne Cousin, agriculteurs ; Sébastien Vatin, Ceta de Romilly-sur-Seine. "Dans les orges, un rang tous les 60 centimètres a été laissé pour accueillir le semis de la culture relais." © C. Gloria
Martin Neeser et Étienne Cousin, agriculteurs ; Sébastien Vatin, Ceta de Romilly-sur-Seine. "Dans les orges, un rang tous les 60 centimètres a été laissé pour accueillir le semis de la culture relais."
© C. Gloria

Semer une culture d’été dans un couvert de culture d’hiver : tel est le principe du relay-cropping ou culture relais en bon français. Des agriculteurs du Ceta de Romilly-sur-Seine dans l’Aube testent la technique depuis l’an dernier, avec du maïs, du sorgho et du tournesol semés dans de l’orge. Cette technique pourrait notamment être valorisée pour la production de biomasse destinée à la méthanisation.

« La réussite des Cive d’été, semées après la moisson d’une céréale, est très aléatoire, souligne Étienne Cousin, agriculteur méthaniseur de la commune des Grandes Chapelles. Cette production est très sujette au stress hydrique. J’ai décidé de l’arrêter. »

Pour sortir de l’impasse, un autre agriculteur du Ceta, Martin Neeser, a lancé l’idée d’expérimenter des cultures d’été en relay-cropping. Des essais ont été menés sur 5 hectares. La technique demande une grande anticipation, avec des ajustements dès le semis de la céréale. Il faut notamment réserver des rangs non semés de céréales pour y installer la culture d’été. Sur le semoir, l’interrang de cette dernière doit être un multiple des rangs de la culture d’hiver. Il faut donc jouer sur les ouvertures et fermetures de lignes de semis sur le semoir de la céréale.

Trouver la bonne diminution de densité pour la céréale

« Nous disposons d’un semoir à céréales de 15 cm d’interrang. Pour le semis de la culture d’été, nous avons choisi un écartement entre rangs de 60 cm, possible avec le semoir prêté par la société Horsch pour l’expérimentation, explique Martin Neeser. Le semis de la céréale a été réalisé en alternant deux rangs ouverts et deux rangs fermés. Le guidage RTK ou GPS est obligatoire pour réussir un semis de qualité. »

En ce début de printemps, les doubles rangs d’orge espacés de 15 cm sont bien visibles, en alternance avec deux lignes non semées tous les 60 cm. Le tallage de l’orge recouvre en partie ces rangs. C’est utile pour inhiber la levée d’adventices de printemps, tout en réservant un espace suffisant pour semer la culture d’été et lui laisser assez de lumière pour garantir sa croissance.

Une orge semée à l’automne (qu’il s’agisse d’une variété d’hiver ou de printemps) est la céréale la plus adaptée pour y implanter la culture relais. La densité de semis à l’hectare est abaissée du fait de l’absence de deux rangs sur quatre. « Pour cette campagne, notre objectif était de travailler à une densité de semis de 75 % par rapport à un semis conventionnel, détaille Martin Neeser. En 2020, nous avions opté pour une densité de 50 %, mais cela s’est traduit par un mauvais calibrage à la récolte. Il y a eu une production de nombreuses talles secondaires, qui ont donné de petits épis avec un retard de maturité et des grains frêles. »

 

 

 

Un désherbage de la céréale qui doit être sans effet sur la culture d’été

« Cette année, nous testons plusieurs densités, précise Sébastien Vatin, ingénieur du Ceta. 30 hectares sont consacrés à des essais de culture relais, dont 11 hectares dans une orge de printemps semée à l’automne et 22 hectares d’escourgeon. »

Le désherbage de la céréale ne doit pas produire d’arrière-effet sur la culture d’été. Il se résume à des interventions d’automne. Selon Sébastien Vatin, « les molécules les plus à craindre seraient les sulfonylurées. Mais si elles sont utilisées à demi-dose, le risque est faible ». Les agriculteurs raisonnent déjà leur utilisation de produits phytosanitaires pour les réduire au maximum.

Concernant la culture d’été, maïs et tournesol doivent être semés idéalement début mai. Le sorgho, exigeant une température du sol plus élevée à la levée, sera implanté vers le 20 mai. « En 2020, avec des semis retardés au 14 mai à cause de conditions pluvieuses, la levée et la croissance du maïs ont été rapides, mais le développement a été freiné ensuite. Cette culture exige une bonne structure du sol et supporte peu la concurrence, explique Étienne Cousin. Le sorgho a démarré moins vite mais a montré un bon développement continuel ensuite. »

Un engrais minéral est apporté dès la récolte de la céréale pour alimenter les cultures relais. La culture d’été ne peut être désherbée chimiquement. Pour gérer les adventices, il est donc important de ne pas trop bouleverser le sol au moment du semis, lors duquel on peut toutefois réaliser un binage sur le rang.

 

 
Le semis de la culture relais est effectué en mai en veillant à éviter toute relevée d'adventices après le passage. © Ceta Romilly-sur-Seine

 

Un semoir prototype de Horsch pour les cultures relais

Ces cultures ont reçu trois tours d’eau de 30 mm chacun en 2020. Les besoins en eau sont d’autant plus élevés pour les cultures relais que la céréale en a déjà consommé pendant son cycle. « L’irrigation est indispensable, notamment pour le maïs, juge Étienne Cousin. Pour le sorgho et le tournesol, il faudrait deux bonnes pluies dans l’été pour que cela pousse convenablement et, à défaut, une irrigation. »

Pour le semis, les agriculteurs du Ceta ont eu accès à un semoir prototype prêté par Horsch, conçu sur la base d’un équipement Avatar pour semis direct, mais avec des réglages spécifiques. « Il y a eu un problème d’hétérogénéité de profondeur de semis sur le rang. Le semis n’a pas été optimal et il a généré des relevées d’adventices, regrette Martin Neeser. Le contexte de nos parcelles demande un peu de travail du sol et un système de rasette pour pouvoir désherber sur le rang. »

Pour les prochains semis, Horsch livrera un semoir en peaufinant ces réglages pour améliorer la qualité d’implantation. « Mais, pour des raisons économiques, le relay-cropping ne doit pas signifier une machine de plus dans la cour de ferme, précise Étienne de Saint-Laumer, Horsch. Il faut trouver sur l’exploitation un équipement à adapter pour ce type de semis, et notre société peut apporter un coup de main pour cela. »

Des plateaux FlexxiSelect adaptés sur la moiss’batt'

 

 
Des plateaux FlexxiSelect sont disposés sur la moiss'batt' de façon à protéger la culture relais de la coupe au moment de la moisson. © Ceta Romilly-sur-Seine
Comment récolter une céréale sans étêter la culture relais qui est en train de se développer ? « Notre moiss’batt' a une largeur de coupe de 9 mètres. Sur 15 rangs de la culture relais, deux ont été écrasés par les roues en 2020, mais les plants se sont relevés ensuite car le développement n’était pas trop avancé », remarque Martin Neeser. L’agriculteur a adapté un kit de plateaux proposés par la société FlexxiFinger (FlexxiSelect) tous les 60 cm à l’avant de la moiss’batt’ pour coucher la culture relais au moment du passage de la machine et permettre une coupe plus basse de la céréale.

 

Soustraire la culture d’été aux stress estivaux

« La culture d’été en relay-cropping est une solution alternative aux Cive d’été pour se soustraire aux stress estivaux », souligne Sébastien Vatin, du Ceta de Romilly-sur-Seine. Cela fait gagner plus d’un mois de développement et remet de la matière organique dans le sol. Ces cultures sont destinées aux méthaniseurs. « Le Ceta de Romilly-sur-Seine teste une nouvelle approche en ne s’imposant pas deux récoltes à maturité, mais seulement celle de la céréale à paille, la culture relais étant ensilée, souligne Étienne de Saint-Laumer, Horsch. C’est une contrainte en moins concernant la maturité de la seconde culture. Quand celle-ci est à l’ombre de la céréale, elle est inévitablement freinée dans son développement et prend du temps pour arriver à maturité. »

EN CHIFFRES

Deux exploitations tournées vers la méthanisation

Martin Neeser, SCEA du Rhuez à Droup-Saint-Basle

600 ha dont moitié de céréales (seigle, orges d’hiver et de printemps, blé tendre), pomme de terre conso, carotte, oignon, betterave sucrière

Un méthaniseur avec production qui démarrera cet été (140 normo mètre cube)

Étienne Cousin, EARL CSE Cousin, Les Grandes Chapelles

président du Ceta de Romilly-sur-Seine (33 exploitations adhérentes, 12 000 ha)

380 ha dont 80 d’orge d’hiver, 50 de blé tendre, 40 de seigle, orge de printemps, 65 de betterave, 40 de pomme de terre, 10 oignons

Deux méthaniseurs en association avec d’autres agriculteurs

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