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Les cultures OGM plébiscitées par les agriculteurs américains

Pour les producteurs US, les variétés OGM de maïs, betteraves et soja les ont aidés à améliorer leurs revenus. Mais il faut compter avec des mauvaises herbes résistantes.

Du maïs, du soja et un peu de betterave sucrière : les plaines du Minnesota se situent à la marge de la zone de production de maïs et soja (corn belt) aux États-Unis. La ferme des Christopherson est une bonne illustration des exploitations agricoles de la région avec ses 2400 hectares de maïs et soja. Pas de surprise, les variétés utilisées sont toutes transgéniques. "Nous en sommes à des variétés de maïs empilant huit caractères transgéniques dont les semences coûtent aux alentours de 350 euros de l’hectare. Mais les semences d’un maïs ne comportant que le caractère de résistance au Roundup présentent un coût inférieur, à 150 euros/hectare, précise Ryan Christopherson. Pour autant, l’application de glyphosate ne suffit pas à régler tous les problèmes d’adventices. Sur maïs, j’effectue un passage de Roundup — deux sur soja — auquel il faut ajouter une application d’un herbicide en prélevée, de type alachlore ou s-métolachlore, et un mélange Roundup + Callisto en post-levée pour viser les graminées en particulier. Je n’ai pas trop de problème d’adventices résistantes au glyphosate et j’attribue cela au semis de maïs sur des rangs espacés de 50 centimètres seulement. La couverture du sol par la culture se produit rapidement et concurrence les mauvaises herbes", considère l’agriculteur.

Stockage de 1200 tonnes d’engrais à la ferme

Le prix des intrants a considérablement augmenté aux États-Unis, de plus de 225 % globalement pour le maïs entre 2003 et 2013, selon Brian Velde, de la société de conseil Centrol. Cette augmentation est imputable aux semences, engrais et gazole. Par contre, le Roundup est presque "donné" puisqu’on peut le "consommer" pour moins de 5 euros/hectare, à dose modérée. Ryan Christopherson estime à 1800 euros/hectare le coût des intrants sur maïs en 2014 contre 600 euros vingt ans plus tôt. L’agriculteur a recours à l’agriculture de précision et la modulation de ses doses d’engrais et de semences pour économiser sur les charges. D’autre part, il stocke tout son engrais dans un bâtiment : 1200 tonnes au maximum. Il peut ainsi se permettre de peser sur les négociations tarifaires et faire face à la fluctuation des prix. Il achète en direct ses engrais de même que les produits phytosanitaires. "J’économise ainsi l’équivalent de 150 tonnes d’engrais en valeur et les produits de traitement me reviennent à un tiers moins cher qu’en passant par un intermédiaire. Quant à l’agriculture de précision, elle me permet de réduire mes charges de 100 à 200 euros de l’hectare."

Le farmer vise les 140 quintaux/hectare sur ses maïs mais les fortes pluviométries de 2014 ont généré un rendement moyen de 112 quintaux/hectare, limite en termes de rentabilité. Il estime qu’il lui faut 1600 euros/hectare de revenus pour rentrer dans ses frais. Mais les agriculteurs américains bénéficient d’assurances agricoles soutenues par l’État. Ainsi, Ryan Christopherson a pu avoir une garantie sur les prix jusqu’à 85 % de ses rendements pour un coût d’assurance de 60 à 80 euros/hectare. Les subventions aux primes d’assurance s’élèvent à 60 % de leur coût environ.

Après le labour, chisel et ammoniac anhydre à l’automne

Chez les frères Buesing (2000 hectares), les soja et maïs sont également les seules cultures. Dan Buesing estime à 11 euros le quintal le seuil de rentabilité sur maïs pour un rendement de 120 quintaux/hectare. Il applique les mêmes principes de culture que Ryan Christopherson. L’ammoniac anhydre fait partie des engrais très utilisés aux États-Unis. Il n’y a qu’à voir les abords des fermes montrant les multiples cuves de stockage et les citernes de transport. Avant les grands froids, la parcelle est travaillée à 20 centimètres de profondeur sur l’exploitation des Buesing avec apport d’engrais en localisé et d’ammoniac anhydre avec la citerne attelée derrière le chisel. La perte d’azote est minime sur des terres riches en matière organique et avec les gels hivernaux qui bloquent la minéralisation. Les travaux d’automne se font entre le 15 septembre et le 1er novembre. Ensuite, c’est l’arrivée des grands froids et des gelées à pierre fendre. Les travaux au champ ne reprennent pas avant début mai avec les semis de maïs. Les variétés de maïs utilisées présentent des cycles de 90 jours à 105 jours entre le semis et la maturité. En été, le Minnesota connaît chaleur et humidité, conditions idéales à une croissance rapide des cultures.

Les résistances au Roundup fleurissent

Plusieurs espèces de mauvaises herbes résistantes au Roundup (glyphosate) sont en plein développement aux États-Unis(1), plus particulièrement deux amaranthes (palmer amaranth, common waterhemp) mais aussi une prêle (marestail), une ambroisie (giant ragweed)… Certaines de ces adventices résistent également à d’autres produits. Spécialiste des adventices à l’université de l’Iowa, Mike Owen a trouvé que 60 % des populations d’amaranthes waterhemp échantillonnées dans l’Iowa étaient résistantes à au moins trois modes d’action herbicides ! L’utilisation irraisonnée des herbicides en est la cause, de même que celle généralisée des OGM et du Roundup très bon marché. Aux États-unis, on s’inquiète de l’absence d’innovation en termes de molécules herbicides et on met en avant l’utilisation de méthodes de lutte basée sur l’agronomie. Un discours en vigueur également de l’autre côté de l’Atlantique.

(1) 13 espèces d’adventices résistent au glyphosate.

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