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Les céréales s’arment contre les rigueurs de l’hiver

La résistance au froid des variétés est dans les gènes. Mais les conditions d’arrivée du froid influent sur les capacités de résister ou non des céréales aux gels sévères.

En dépit d’un réchauffement climatique bien perceptible, nous ne sommes pas à l’abri d’épisodes de froid intense en hiver. Il suffit de se rappeler de l’hiver 2012 où une bonne part des blés durs dans le Centre avaient été détruits par le gel. Dans le Haut-Jura à plus de 800 mètres d’altitude, le village de Chaux des Prés accueille le dispositif Inra de tests au froid des variétés de céréales et de pois en cours d’inscription. Dans la « Petite Sibérie », les températures descendent régulièrement en dessous de - 20°C en hiver. « Les conditions climatiques sont équivalentes à celles de la station de Mouthe avec en moyenne cinq jours en dessous de - 20°C par an », précise Valérie Dufayet, responsable technique à l’Inra de Dijon du dispositif de Chaux des Prés. Deux serres mobiles permettent de mettre les plantes dans les conditions de froid les plus sévères.

Les variétés à tester sont semées en lignes et comparées à neuf témoins pour le blé tendre, chacun présentant un niveau de tolérance différent : de - 12°C pour la lignée témoin la plus sensible (Rex, note minimale de résistance de 1) à - 32°C pour la variété la plus résistante (Cheyenne, note maximale de résistance de 9). « Lors du record de froid de - 36°C que nous avions enregistré à Chaux des Prés, les pieds du blé Cheyenne avaient survécu à 80 %. Quant à Rex, les premiers dégâts foliaires apparaissent dès - 12°C, explique Valérie Dufayet. Les notations sont réalisées à chaque vague de froid en mesurant les dégâts foliaires et les pertes de pieds des variétés en tests dont les résultats sont comparés à chacun des témoins. »

Un endurcissement au froid de trois à cinq semaines

Les obtenteurs continuent à sélectionner des variétés résistantes au froid. Koreli, inscrite en 2006, fait même partie des témoins avec une note de 7,5 lui conférant une résistance jusqu’à - 26°C. Mais un blé aura beau comporter des gènes lui permettant de résister à des températures négatives, les conditions climatiques avant un épisode de gel peuvent mettre à mal cette résistance.

Les blés ont la capacité à s’endurcir au froid si les conditions climatiques sont propices. « Il s’agit d’un processus physiologique long et progressif. Pendant la levée, le seuil de résistance au froid des céréales ne dépasse pas - 8°C pour les variétés les moins sensibles, témoigne Jean-Charles Deswarte, Arvalis. Ensuite, les plantes acquièrent leur résistance maximale à partir du début tallage. » Le processus d’endurcissement des blés commence quand les températures sont inférieures à 15°C. Entre 0 et 15°C, l’acquisition de la résistance au froid est linéaire et l’endurcissement est maximum quand les températures sont aux alentours de 0°C.

Le climat ne fait pas tout. La vitesse d’endurcissement varie selon les variétés de blé : de trois à cinq semaines. « Autrement dit, certaines variétés s’endurcissent très rapidement comme Cappelle qui résistera ainsi à des froids précoces sans dégâts sur feuilles. D’autres variétés sont plus lentes comme Moisson (un des témoins) qui a besoin de cinq semaines pour acquérir son haut niveau de résistance (note de 7) », donne comme exemples Valérie Dufayet. Il y a une corrélation négative entre la vitesse d’endurcissement et son maintien, à savoir qu’une variété à endurcissement lent tient mieux sur des froids importants et longs que des blés à endurcissement rapide.

Pertes d’endurcissement lors des périodes de redoux

Les plantes n’acquièrent pas une fois pour toutes leur résistance à de grands froids. Il peut y avoir perte d’endurcissement lors des périodes de redoux et ce, d’autant plus que les températures sont élevées. Quand le désendurcissement est important, les variétés ne sont pas capables de recouvrer complètement leur résistance au froid initiale.

« Les cycles gel/dégel sont plus préjudiciables aux céréales que l’intensité du gel lui-même », traduit Jean-Charles Deswarte. Cela pose question avec les changements climatiques qui se manifestent, entre autres, par une climatologie de plus en plus aléatoire. « On peut penser que les variétés à endurcissement rapide et à la résistance forte au froid seront les mieux adaptées aux situations de températures très fluctuantes en hiver », remarque Valérie Dufayet.

Y-a-t-il une relation entre besoins de vernalisation et résistance au froid ? Pas strictement. « L’endurcissement au froid est simultané à la vernalisation de la plante. Les variétés de type hiver présentent une durée de vernalisation plus longue et sont capables de s’endurcir plus longtemps, à l’opposé des variétés dites alternatives, explique Jean-Charles Deswarte. Par contre, d’autres mécanismes mal identifiés concourent également à la résistance au froid des variétés. » En tous les cas, après la fin de la vernalisation, les plantes ne sont plus en mesure de se rendurcir. Un gel tardif est à redouter dans ce cas.

Un manteau blanc protecteur des plantes

Divers facteurs influent sur la résistance des plantes à un épisode de grands froids. Une couverture neigeuse agira comme un isolant thermique et protégera les plantes. À l’inverse, un vent du nord sec accentuera la baisse de température au niveau des plantes. Si le sol était très humide au moment du gel, les risques de déchaussement et de cisaillement des plantes sont élevés. Les pieds jauniront, deviendront flasques puis se dessécheront.

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