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Pratiques culturales
Les analyses biologiques mesurent la vitalité des sols

Le sol est un monde vivant peuplé de milliards d´organismes qui transforment la matière organique en éléments minéraux. Les laboratoires proposent d´ausculter la vie du sol grâce à des analyses biologiques.


Présentation
«L´analyse biologique d´un échantillon de terre permet de déterminer les raisons du dysfonctionnement d´un sol. Une simple analyse physico-chimique n´expliquera pas forcément un tel phénomène.» Ingénieur de recherches au Pôle d´Aspach(1), Laure Metzger cerne les limites des analyses classiques. Celles-ci définissent un sol sur sa richesse en éléments nutritifs, son pH, sa texture... mais en aucun cas sur son fonctionnement.
Les analyses biologiques apportent ce complément d´information. Au sein du menu analytique « vie et fertilité du sol », le Pôle d´Aspach propose une mesure de la quantité de micro-organismes dans le sol (biomasse microbienne) et une évaluation du statut organique des sols. « Mesuré par sa biomasse, le compartiment microbien constitue le moteur de la transformation de la matière organique (MO) dans le sol. Son importance par rapport au stock total de MO qui doit passer dans ce moteur est déterminé par notre indicateur du statut organique des sols », explique Laure Metzger.
Le laboratoire peut déceler un « trop plein » de micro-organismes. « La minéralisation de la MO est alors très forte avec le risque d´une production importante de nitrate exposé à un lessivage. La destruction rapide du stock de MO entraîne en plus une destructuration du sol », explique Laure Metzger.
Au contraire, la biomasse microbienne peut s´avérer trop faible par rapport au stock de MO. « Les micro-organismes n´assurent alors que partiellement leur rôle de transformation de MO. Il faut trouver les raisons pour lesquelles les conditions ne sont pas favorables au développement des micro-organismes et éventuellement proposer des actions correctives », ajoute la spécialiste du Pôle d´Aspach.
L´analyse physico-chimique reste indispensable
L´interprétation des paramètres biologiques ne peut pas se réaliser sans une analyse physico-chimique complémentaire. « Il est nécessaire de connaître au moins quelques paramètres comme le pH, le type de sol...» explique Lucien Faedy, directeur du Pôle d´Aspach. Le menu « vie et fertilité du sol » intègre toutes ces mesures physico-chimiques et biologiques pour un coût compris entre 600 et 700 francs HT.
« Il répond à la problématique amendement organique. » Exemples d´avis sur l´amélioration de l´état d´un sol : « On peut recommander l´apport d´un engrais organique facilement dégradable. Il stimulera l´activité microbienne du sol, ce qui génèrera une production rapide d´éléments nutritifs pour la culture. On répond à un objectif nutrition des plantes. Au contraire, on peut chercher à améliorer la structure du sol pour lutter contre l´érosion. Un amendement organique apportera de la MO stable au sol et favorisera l´agrégation des éléments. »
Le menu « Vie et fertilité du sol » peut aussi permettre de suivre l´influence du type de travail du sol, de traitements phytosanitaires et de tout autre mode de gestion agronomique et scientifique. « Plus particulièrement les agriculteurs qui sont passés en non travail du sol ou en travail superficiel sont désireux de vérifier les conséquences de leur technique », assure Lucien Faedy.
Statut de la MO, biomasse microbienne : ces mesures figurent au menu des analyses proposées par le laboratoire Alma-Terra(2). « Dans la MO, nous séparons la proportion facilement et rapidement minéralisable de celle lentement décomposable », explique Xavier Salducci, directeur d´Alma Terra.
Rendre compte de l´activité micro-biologique du sol
Le laboratoire va plus loin que la mesure de simples quantités. Il veut rendre compte de l´activité microbiologique du sol. Deux méthodes pour y parvenir : la mesure du coefficient de minéralisation du couple carbone-azote et l´analyse de l´activité enzymatique (hydrolases) des micro-organismes.
« La première méthode permet de mesurer la fourniture potentielle d´azote minéral par le compartiment MO du sol en plus des reliquats d´azote. Nous pouvons déterminer si une fumure a engendré un stock facilement minéralisable qui fournit de l´azote au sol. Dans ce cas, nous conseillons de limiter les apports d´azote sous forme d´engrais minéral. La deuxième méthode estime le niveau de « digestion » globale de la matière organique par les micro-organismes. Elle mesure l´activité des enzymes du sol qui peuvent fonctionner en dehors des cellules microbiennes. »
Un bilan complet organique et biologique du sol proposé par Alma Terra coûte 1300 francs HT par échantillon. Il faut compter 260 francs de plus pour y inclure une analyse physico-chimique. La seule caractérisation de la matière organique du sol qui permet d´orienter son choix du type d´amendement organique revient à 690 francs HT, une biomasse microbienne : 420 francs HT...
Analyses biologiques en progression
Les analyses biologiques, notamment la biomasse microbienne, prennent une part croissante dans les services proposés par les laboratoires de sol. « Nous avons démarré notre service il y a deux ans, mentionne Lucien Faedy. Nous avons atteint les 500 analyses biologiques sur 15 à 20 000 échantillons de terre analysés par an. Notre objectif dans les deux-trois ans est de 1000 à 2000 analyses. »
Ce type d´analyse intéresse plutôt des secteurs agricoles comme la viticulture, les fruits et légumes... Les producteurs de grandes cultures s´y mettent à travers des groupements d´agriculteurs, des organisations para-agricoles. « Ils représentent 20 % de nos demandes en analyses biologiques », assure Lucien Faedy. A Alma Terra, il s´agit de quelques % dans une région du Sud-Est peu orientée sur les grandes cultures.
Agricultures biologique et raisonnée prônent le respect du vivant. Les analyses biologiques qui diagnostiquent les altérations du sol vont dans ce sens.

(1) Pôle agro-environnemental d´Aspach-Sadef - rue de la Station - 68700 Aspach-le-Bas
(2) Alma Terra - Mas Alègre - La Croix Neuve - 34380 Mas de Londres
Impact des produits phyto : disparition des mycorhizes altère le fonctionnement des racines
Les traitements phytosanitaires ont plutôt un effet néfaste sur la population de micro-organismes du sol. André Chabert, ACTA, cite un exemple : « Les fongicides ont un impact négatif sur des mycorhizes du blé de même que l´apport de phosphore dans le sol. »
Les mycorhizes sont des associations symbiotiques entre champignons et racines de beaucoup de cultures (à l´exception de la betterave et du colza). Ils augmentent notablement l´assimilation des éléments nutritifs et de l´eau par les racines tout en protégant ces dernières des pathogènes.
chiffres clés
Dans 1 gramme de sol, on trouve :
- jusqu´à un milliard de bactéries ;
- de 50 à 250 m de filament mycélien de champignons ;
- de 100 à 10 000 algues ;
- de 1000 à 100 000 protozoaires (amibes...).
Pour 1 m2 de sol, on compte :
- de 1000 à 10 000 micro-arthropodes (collemboles, acariens...) ;
- plus d´un million de nématodes ;
- de 100 à 100 000 vers enchytréides ;
- de 100 à 1000 arthropodes de plus de 1 mm ;
- de 10 à 1000 lombrics...

* D´après Rémy Chaussod (1996)
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