Aller au contenu principal

Compostage des déchets verts
Les agriculteurs au service des collectivités

Dans le Pays du Cambrésis (Nord), les déchets verts de collectivités sont compostés par des agriculteurs associés en Cuma. Élimination de déchets et valorisation comme amendement des sols : un service gagnant-gagnant.


Des déchets verts qui vous passent sous le nez sans que cela puisse profiter aux sols des exploitations agricoles : c´était inconcevable pour Jérôme Hary et Luc Vermeulen, agriculteurs dans le Cambrésis (Nord). Alors, les agriculteurs ont mis en place une organisation avec des communes de la région pour récupérer ces déchets verts et en assurer le compostage et l´épandage sur des parcelles agricoles. Une SARL et une Cuma ont été créées pour réaliser ce co-compostage qui fait intervenir agriculteurs et collectivités.
La SARL Agricompost Cambrésis est chargée de la collecte, du transport, du tri et du broyage des déchets verts. La Cuma dénommée Teresol se limite à l´opération de compostage proprement dite. Précisions de Luc Vermeulen : « Au niveau de chaque déchetterie, un camion assure la collecte de caissons contenant les biodéchets. Ces caissons sont transportés sur le lieu d´une plateforme, pesés et un tri s´opère sur les déchets. Tout ce qui n´est pas biodégradable est proscrit, notamment les plastiques et les morceaux de ferraille qui apparaissent dangereux s´ils se retrouvent épandus sur des pâtures. Les déchets verts sont broyés. Le broyat est alors emmené en bout de parcelles par les agriculteurs désireux d´en assurer le compostage. »
C´est à ce niveau qu´intervient la Cuma Teresol. « Avec trente agriculteurs adhérents actuellement, cette Cuma gère un seul équipement : un retourneur d´andain de marque Ménart de 5,30 m de canal (largeur du rotor). L´engin passe d´exploitation en exploitation pour retourner les andains de déchets verts, d´effluents d´élevage ou du mélange des deux en bout de parcelle. »
Un retourneur d´andain tourne d´exploitation en exploitation pour un compostage en bout de parcelles. ©S. Bourgeois

Compostage sous contrôles de température et d´analyses
Pour la production d´un bon compost, l´andain doit être retourné à plusieurs reprises. La température du tas ainsi que son humidité doivent être contrôlées régulièrement pour assurer une bonne décomposition des déchets végétaux en composés organiques ou éléments minéraux. Déchets verts initiaux, broyats puis compost sont analysés autant pour tenter de déceler la présence éventuelle d´éléments indésirables (métaux lourds, organismes à risque sanitaire) que pour mesurer les quantités d´éléments nutritifs apportés aux cultures. « Ainsi, nous avons été surpris de constater que les déchets verts fournissaient beaucoup de calcium », remarque Jérôme Hary. Une fois le compost produit, il est épandu dans l´année dans les règles de l´art.
« Au contraire de groupes qui assurent le compostage de déchets verts sur des plateformes de plus d´un hectare et revendent leur compost, nous agriculteurs nous impliquons dans le sens où nous ne faisons pas payer le produit. Nous sommes à la fois les transformateurs et les utilisateurs. Dans ce sens, nous sommes très vigilants aux opérations de tri et à la mise en oeuvre de la technique du compostage qui s´effectue directement dans la parcelle. Tout cela est traduit au sein d´un cahier des charges. » Et d´ajouter : « Nous démarchons les collectivités de notre secteur et notre atout, c´est la proximité, la disponibilité, la souplesse puisque nous assurons une collecte des déchets parfois même jusqu´au samedi après-midi ! »
Comment les deux producteurs ont-ils pu concrétiser leur projet ? Pour Jérôme Hary et Luc Vermeulen, l´élément déclencheur a été une réunion en juillet 2002 organisée par la Chambre d´agriculture pour présenter la création de la démarche territoriale « Pays de Cambrésis ».

Dynamique de territoire et développement durable
Dans ce cadre, l´agriculture était sollicitée pour répondre aux contraintes environnementales et agronomiques, tisser des liens avec les collectivités, diversifier leurs systèmes d´exploitation. La valorisation des déchets organiques était un des moyens présentés pour répondre aux objectif de la démarche Pays de Cambrésis. Énoncés d´idées des agriculteurs et rencontre des deux producteurs : la concrétisation d´une filière de co-compostage allait prendre forme. « La Chambre d´agriculture nous a accompagné dans notre réflexion. Nous sommes allés en Vendée avec un conseiller de la Chambre d´agriculture pour étudier de visu une expérience concrète : Valdépy. Deux journées passées sur place nous ont permis par exemple de constater qu´une simple Cuma ne serait pas en mesure de supporter un projet de co-compostage car cette structure n´est pas autorisée à répondre à des appels d´offres. » La SARL Agricompost Cambrésis a alors vu le jour en mai 2003, un mois après la Cuma Teresol.
Jérôme Hary est producteur grandes cultures ; Luc Vermeulen est éleveur. Tous les deux ont des sensibilités communes qui les ont amenés à créer une filière de co-compostage. Dans leurs propres communes, ils sont sensibilisés à la gestion des déchets verts. Ils sont présidents de Cuma, ce qui signifie « un sens du collectif fort ». Sur leurs parcelles de cultures respectives, les deux agriculteurs ont choisi le non-labour. Pour eux, le sol est un capital à respecter. Fertilisant et composés organiques y sont amenés dans un souci de respect de l´environnement - nous sommes en zone vulnérable - et de protection contre l´érosion. « C´est finalement une histoire d´hommes qui s´entendent avec une même sensibilité sur l´agronomie », résume Jérôme Hary.

Les plus lus

Pommes de terre : des milliers de tonnes à détruire, faute de débouchés suffisants

La filière pomme de terre subit depuis cette année un retournement de conjoncture. La forte hausse des surfaces en 2025…

<em class="placeholder">Chemin goudronné entre parcelles agricoles</em>
Que le chemin n’appartienne qu’à un seul propriétaire ne l’empêche pas d’être un chemin d’exploitation

La Cour de cassation dans un arrêt du 9 janvier 2025 a réaffirmé que ce qui caractérise un chemin d’exploitation est…

<em class="placeholder">Julien Bricquet devant son bâtiment d&#039;exploitation initialement construit sur un terrain appartenant à son père</em>
Bâtiment agricole : « On a construit sur sol d’autrui, sans être alertés et sans connaître les risques »

Comme beaucoup de sociétés agricoles familiales, le SCEA Bricquet et Fils, à Saint-Amand-sur-Fion (Marne) a construit un…

<em class="placeholder">Adrien Collet, agriculteur à Beaupuy (Tarn-et-Garonne),&quot;J’ai trois lignes d’arbres par parcelle avec un intervalle de 26 mètres adapté pour deux passages de la herse ...</em>
Agroforesterie : « J’ai planté des arbres pour casser la couche imperméable d’argile en profondeur dans mes parcelles du Tarn-et-Garonne »
Agriculteur bio et paysan boulanger à Beaupuy (82), Adrien Collet a végétalisé ses parcelles en essences ligneuses avec des…
<em class="placeholder">Thierry Boudaud président de la Coop de l’eau 79 devant un enrouleur.</em>
Sainte-Soline : « Notre réserve restera vide cette année, laissant les exploitations sans solution alternative d’irrigation »

Thierry Boudaud est président de la Coop de l’eau 79, qui porte les réserves de substitution du bassin de la Sèvre niortaise.…

Xavier Priault, céréalier dans le Loiret.
Traitement phytosanitaire : « Dans le Loiret, je pulvérise de nuit en bas volume à 50 l/ha pour maximiser l’efficacité des produits »

Xavier Priault est céréalier à Saint-Maurice-sur-Aveyron, dans le Loiret. Il réalise ses pulvérisations phytosanitaires…

Publicité
Titre
OFFRE SPÉCIAL PRINTEMPS
Body
A partir de 86,40€/an​
Liste à puce
Profitez de notre offre Printemps: -20% jusqu'au 05 avril 2026! Code Promo : OFFRE_PRINTEMPS_2026
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures