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Après-quotas
Le sucre en crise

La deuxième récolte de betteraves sans quota s’annonce difficile à commercialiser. L’Union européenne n’est plus épargnée par la réalité du marché mondial, qui croule sous l’offre… au moins jusqu’au printemps 2019.

Les trois acteurs majeurs du sucre français que sont Cristal Union, Saint-Louis Sucre et Tereos, subissent de plein fouet l'effondrement du marché mondial du sucre.
© V. Noël

« Le monde magique […] dans lequel évoluait le monde betteravier a disparu. » Voilà comment Cristal Union résumait l’après-quota dans un communiqué de presse diffusé à l’issue de ses assemblées générales en juin dernier. Le groupe en profitait pour annoncer la suppression du prix minimum de la betterave, et ce, dès la campagne 2018. Une nouvelle difficile à avaler pour les betteraviers, qui ne seront par ailleurs pas tous logés à la même enseigne. En juin dernier, Alexis Duval, directeur général de Tereos, n’a ainsi pas remis en cause le prix minimum de 25 euros/tonne pour 2018-2019. Il est en tout cas très probable que cette deuxième récolte de betteraves sans quota se vende encore moins bien que la première (en moyenne 28,30 €/t chez Cristal Union, 28,40 €/t chez Tereos, 22 €/t chez Saint-Louis Sucre). La mauvaise conjoncture pourrait bien s'éterniser jusqu’à l’été prochain. « Le marché mondial est très très lourd, décrit Timothé Masson, au département économie de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves). À l’excédent de production de 7 millions de tonnes de la campagne 2017-2018 est venu s’ajouter un surplus équivalent sur 2018-2019. » Sur 2017-2018, cette surproduction provient en partie de l’Union européenne (+ 4 à 4,5 Mt) et de la Thaïlande, deuxième exportateur mondial derrière le Brésil (+ 3 à 4 Mt). Mais la grande responsable est l’Inde. 

Des spéculateurs qui accentuent la baisse des cours

Avec près de 34 millions de tonnes (Mt) produites en 2018, elle va détrôner le Brésil, leader incontesté du sucre depuis plusieurs décennies. Or en 2017, l’Inde avait déjà produit près de 33 Mt de sucre contre 25,5 Mt attendues. « Ce n’est qu’à partir de janvier 2018 que le marché s’est aperçu de l’ampleur de la hausse », décrit François Thaury, expert du marché du sucre, chez Agritel. Aux bonnes conditions climatiques s’est ajoutée la hausse des surfaces. « Le prix de la canne est fixé par le gouvernement qui l’a encore revalorisée cette année, explique l’expert. La culture est considérée comme rentable par les producteurs même si les industriels ont des problèmes pour assurer les paiements. » Sur 2017-2018, l’État n’a pas pu mettre en place de mesures de gestion des surplus, faute d’une anticipation suffisante. Sur cette campagne, il sera plus réactif, mais « stériliser les stocks dans les réserves de l’EÉat a ses limites », signale François Thaury. Accentuée par la perspective d’une élection présidentielle difficile en octobre, la fragilité du réal brésilien n’est pas un plus. Les opérateurs financiers anticipent une poursuite de la baisse des cours, qui ont plongé temporairement fin août sous les 10 cents la livre (sucre roux, bourse de New York). « Début septembre, les spéculateurs sont revenus en masse à la vente, avec près de 10 millions de tonnes, indique Timothé Masson. C’est énorme pour un volume d’échange mondial de l’ordre de 70 millions de tonnes. » Ces mouvements des fonds amplifient la baisse. « Ces acteurs cherchent la volatilité et sont historiquement très actifs sur le marché du sucre, souligne François Thaury. Soit ils se trompent, ce qui occasionnera une remontée violente des cours, soit ils ont raison et il existe encore un peu de potentiel à la baisse. La vérité est probablement entre les deux. » Les cours risquent de rester bas jusqu’au printemps 2019. Ensuite, les fonds pourraient anticiper une reprise qui aurait véritablement lieu après l’été 2019 : après deux années de surproduction mondiale, les récoltes sont logiquement appelées à diminuer. Au Brésil, par exemple, la crise entre la Chine et les États-Unis booste les exportations de soja vers l'empire du Milieu. L’intérêt des producteurs pour l’oléagineux augmente au détriment de la canne, notamment, qui n’est pas replantée. Et dans l’Union européenne, les surfaces pourraient baisser de 10 à 15 % par rapport au record de 2017, plombées par la baisse des rémunérations et le regain d’attractivité des céréales.

Les préoccupations de santé publique montent

Cette crise incite plus largement à se questionner sur l’avenir mondial du marché du sucre. Certes, les besoins sont en croissance constante, poussés par la progression démographique. Mais les préoccupations de santé montent. Dans une note de la fin août 2018, l’OMS (Organisation mondiale pour la santé) rappelait la place du sucre dans une alimentation saine : « La limitation des apports en sucres libres à moins de 10 % des apports énergétiques totaux fait partie d’un régime alimentaire sain. Une nouvelle réduction à moins de 5 % des apports énergétiques totaux est proposée pour augmenter les bienfaits pour la santé. » Cette question ne préoccupe pas encore la planète entière : « La croissance démographique en Asie et en Afrique constitue un facteur favorable à la consommation de sucre. L’élévation du niveau de vie et le développement d’une classe moyenne plus aisée en Asie poussent également à une consommation plus importante de plats industriels à teneur plus élevée en sucre », notait le conseil spécialisé sucre de FranceAgriMer, début juillet. Néanmoins, « les préoccupations de santé publique et les campagnes de nutrition ont un écho croissant dans les pays développés comme l’Union européenne et l’Amérique du Nord » sur la consommation, ajoutait également l'organisation. En témoigne au Royaume-Uni une récente enquête de la Food Standards Agency, qui montre que le volume de sucre dans les aliments est devenu la première préoccupation des consommateurs… devant le prix.

Optimiser le pouvoir sucrant des matières premières traditionnelles

Pour baisser la consommation de sucre, les travaux s’orientent plutôt aujourd’hui vers une meilleure utilisation du pouvoir sucrant des matières premières traditionnelles (betterave à sucre et canne à sucre), sans sacrifier le plaisir du goût. De nombreuses start-up se placent sur ce segment. Un beau challenge, d’autant plus que les géants du sucre commencent à sérieusement se positionner eux aussi. Dans la présentation annuelle de ses résultats en juin 2018, Tereos a ainsi mentionné « Sweet & You », un travail commun entre les services de recherche et développement, de marketing et commerciaux pour réduire les calories présentes dans un aliment en optimisant le pouvoir sucrant et l’apport énergétique des ingrédients. Plus récemment, l’Allemand Südzucker a annoncé un partenariat avec la jeune entreprise israélienne DouxMatok, spécialiste de la distribution d’arômes ciblés, pour la fabrication et la commercialisation d'une technologie révolutionnaire de réduction du sucre en Europe. DouxMatok affirme que celle-ci « peut réduire la teneur en sucre jusqu'à 40 % de divers produits alimentaires tout en conservant le même profil sensoriel du sucre. La technologie brevetée de distribution du sucre tire parti du chargement des molécules de sucre sur un support minéral, ce qui permet une distribution plus efficace et une meilleure perception de la douceur ». Le produit serait disponible au cours du second semestre 2019. Des travaux sont aussi menés sur de nouvelles plantes sucrantes (voir en page 8). Le marché du sucre n’a pas fini d’évoluer…

La start-up DouxMatok travaille sur une technologie qui réduirait la teneur en sucre de 40 % tout en conservant le même profil sensoriel du sucre

Des Français toujours fans de sucre

S’il est pourchassé par l’Organisation mondiale pour la santé, le sucre semble malgré tout avoir encore de beaux jours devant lui dans l’Hexagone. Un sondage publié mi-2017 par La Collective du Sucre montrait l’attachement des Français au sucre : pour 92 % des sondés, il demeure synonyme de plaisir. 85 % des interviewés le considèrent également bon pour le moral et, pour 8 personnes sur 10, le sucre s’impose comme un ingrédient de base au même titre que le lait, la farine ou les œufs. Pour plus de 70 % des Français, il a toute sa légitimité dans l’équilibre alimentaire.

En Chiffres

Un marché du sucre lourd

188 Mt de sucre seraient produites sur 2018-2019 dans le monde (recul de 4 Mt par rapport au record de 2017 mais progression de 14 Mt par rapport à 2016)

5 pays (Inde, Brésil, Union européenne, Thaïlande et États-Unis) concentrent 65 % de la production mondiale

63 Mt doivent être exportées sur 2018-2019, ce qui représente un peu plus d’un tiers de la production

49 Mt de sucre en stock au niveau mondial prévues à la fin de la campagne 2018-2019, soit plus de trois mois de consommation

Source : USDA.

Et si le bioéthanol aidait à alléger les stocks de sucre…

À plus de 75 dollars le baril début septembre, le pétrole remonte. Cette perspective redonne de l’intérêt au bioéthanol. À 51 euros l’hectolitre, les prix du biocarburant restent bas, même s’ils tendent à remonter, offrant une alternative à l’essence. « Les distilleries peuvent prendre le relais des sucreries déprimées », envisage Timothé Masson, à la CGB.

Selon un rapport de l’USDA (département américain de l’agriculture) de 2017, ce n’est pas en France que la production pourrait augmenter en Europe. Les volumes y sont stabilisés de même qu’en Belgique et en Autriche. Mais un léger accroissement est envisageable en Allemagne, aux Pays-Bas, en Hongrie, en Pologne ou au Royaume-Uni... sachant toutefois que mi-septembre, une importante usine d'éthanol anglaise de blé menaçait de fermer faute de soutien du gouvernement à l'E10.

Bien qu’ils soient les premiers producteurs mondiaux, les États-Unis fabriquent leur éthanol à partir de maïs et influent moins sur le marché du sucre que le Brésil. Dans le géant sud-américain, une augmentation de la production d’éthanol implique une réduction des volumes de canne disponibles donc de sucre. Néanmoins, le pays a déjà largement axé la production sur l’éthanol : « Depuis le début de la saison qui commence en avril, 64 % de la canne part dans l’éthanol », observe François Thaury, chez Agritel.

Consommer différemment

Depuis quelques temps, études, enquêtes et autres recommandations foisonnent pour expliquer que le consommateur a une approche différente de sa consommation de sucre. Aux États-Unis, la Sugar Association a traduit ces nouvelles aspirations par un site dédié aux consommateurs, basé sur des informations scientifiques. L’idée ? Replacer le sucre dans un contexte de diététique globale plus approprié et redonner confiance aux consommateurs quant au fait de manger du sucre. Toujours outre-Atlantique, plusieurs enquêtes et tests en aveugles ont mis en avant l’intérêt pour le goût et la simplicité du produit (présentation, ingrédients…). Ils battent en brèche l’idée que les enfants ne mangeraient des céréales que parce qu’elles sont super sucrées et emballées dans des contenants flashy.

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