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Le sanglier, bête noire des agriculteurs

Les sangliers pullulent. De nouvelles procédures d’indemnisation et de mesures pour réguler les populations de grand gibier sont parues dans un décret. Des départements prennent des dispositions pour que chasseurs et agriculteurs cohabitent sans heurt.

Est-ce le début de la fin pour le sanglier ? Cette année se met en place la nouvelle procédure d’indemnisation et de nouvelles actions visant à réduire les dégâts de grand gibier. Il est trop tôt pour en tirer de premières conclusions. Des départements ont pris le sanglier par les défenses pour mettre en œuvre des mesures de limitation. Il est vrai que la montée des dépenses d’indemnisations pour les Fédérations départementales de chasseurs (FDC), cela commence à bien faire ! La facture dépasse pour la première fois les 40 millions d’euros en 2012-2013. Ce qui change surtout à partir de cette année, c’est la procédure d’indemnisation suite à la publication d’un décret au Journal officiel le 27 décembre 2013. Dorénavant, une indemnisation sera due si la surface d’une parcelle est détruite à plus de 3 %. En cas de destruction inférieure à 3 %, les dégâts seront indemnisés s’ils dépassent le seuil de 230 euros (100 euros pour les prairies) après le passage de l’estimateur. Ce seuil a fait grincer des dents du côté de la profession agricole car le précédent était de 76 euros, mais il a été entériné après les négociations entre représentants des professions agricole et des chasseurs. Pourquoi une telle remontée de ce seuil ? « On veut mieux indemniser les agriculteurs qui ont des dégâts importants mais pas davantage ceux chez qui les destructions ne sont pas significatives. Pour ces derniers, les frais d’estimation étaient élevés pour des dossiers – il y en a 40 000 à 45 000 par an – qui ne représentaient que 8 % des indemnisations mais qui mobilisaient 20 % du temps des estimateurs », souligne Benoît Guibert, chef du service dégâts de gibier à la Fédération nationale des chasseurs (FNC).


Abaissement de l’abattement légal de 5 % à 2 %


Pour mieux avaler la pilule, la profession agricole a obtenu que soit abaissé le taux d’abattement légal de 5 % à 2 % sur le montant des indemnisations. « Sinon, par parcelle culturale où l’on prend en compte les dégâts, on entend l’ensemble des parcelles contiguës d’une même culture sur une exploitation avec la notion de non interruption quand il y a un chemin, une haie, une bande enherbée… précise Thierry Chalmin, président de la Commission faune sauvage à la FNSEA. Ainsi, en regroupant des parcelles entre elles, on a plus de chance d’atteindre le seuil des 230 euros de dégâts pour pouvoir en faire une déclaration. » Un détail : un agriculteur qui demandera une expertise pour des dégâts dont le montant d’indemnisation s’avèrera inférieur aux nouveaux seuils en vigueur, devra payer de sa poche l’intervention de l’estimateur. « Mais pour cette première année d’application, des factures en blanc seront envoyées aux personnes concernées », rassure Benoît Guibert.


Toute une liste de mesures de régulation


S’attaquer à la question des indemnisations ne résout pas celle des ravages causés par les gibiers dans les cultures. Le décret définit un nouveau dispositif permettant à la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) de proposer au préfet la mise en œuvre de mesures spécifiques de gestion des populations de grands gibiers sur une liste de territoires les plus problématiques. Un certain nombre de mesures de régulation doivent être ainsi mises en œuvre : augmentation des prélèvements de gibier à l’origine des dégâts, interdiction ou restriction de l’agrainage, interdiction de consignes restrictives de tir du gibier, obligation de prélèvements des laies, mise en œuvre de battues administratives, définition d’un nombre minimum de journées de chasse par saison ainsi que d’un nombre de prélèvements…
Benoît Guibert expose un exemple sur le terrain : « les départements sont délimités en unités de gestion. Pour faire face aux indemnisations qui sont à la charge de chaque FDC, le paiement peut se faire au prorata des dégâts constatés dans ces unités de gestion. C’est la contribution territoriale et c’est un système responsabilisant puisque plus il y a de dégâts, plus on paie. Ce système tend à se développer. » Ce peut être incitatif pour chercher à réduire ces dégâts mais il y a toujours des groupes de chasse qui sont prêts à payer plus pour pouvoir préserver en toute quiétude leurs populations de sangliers…


Problèmes dans les chasses privées et commerciales


C’est un des points noirs de la question. Des groupes ou sociétés de chasse trouvent un intérêt à développer et à concentrer des animaux sur leurs terrains. « Les coûts de location élevés du territoire de chasse conduisent le gestionnaire à s’entourer de partenaires exigeant des tableaux de chasse importants en rapport avec la contribution financière qui leur est demandée », mentionne Benoît Guibert. D’où un productivisme cynégétique…
« Dans les départements où la chasse est sous le régime des Acca, associations communales de chasse agréées, cela ne se passe pas trop mal. Mais là où la gestion de la chasse est plutôt privée et commerciale, c’est beaucoup plus compliqué, constate Thierry Chalmin. C’est le cas de la Côte-d’Or où les montants de dégâts sont exorbitants. Des chasseurs qui n’ont pas forcément de lien étroit avec le milieu rural mettent beaucoup d’argent pour voir nombre de sangliers au bout de leurs canons et ils se moquent un peu des dégâts qu’ils peuvent causer dans les parcelles. La régulation des sangliers est difficile à faire admettre. »
Le responsable de la FNSEA rappelle également les efforts à effectuer en matière de prévention, notamment sur la protection des cultures par des clôtures. « Chaque département doit avoir défini des zones ‘points noirs’ où les populations de sangliers dérapent. Dans ces zones, la pose et l’entretien des clôtures doivent être entièrement du ressort des fédérations de chasseurs. Ces derniers font leur travail sur certains secteurs et il y en a d’autres où cela se passe beaucoup moins bien. Là encore, il y a des territoires à deux vitesses. »

Croissance quasi exponentielle

On assiste à une croissance quasi exponentielle des montants d’indemnisations de dégâts de grand gibier sur les cultures. Record en 2012-2013 avec 43 millions d’euros et doublement par rapport à douze ans plus tôt. Ces dépenses sont imputables pour 85 % aux dégâts dus à des sangliers, 11 % aux cerfs et 4 % aux chevreuils. Le maïs est la culture qui fait l’objet des indemnisations les plus importantes avec plus du tiers des dépenses. Suivent les céréales et les prairies avec près d’un quart pour chaque. L’augmentation des dégâts est clairement à mettre sur le compte du sanglier pour lequel la croissance des prélèvements témoigne de son explosion démographique. Et les « cochons » adorent le maïs… Le développement de cette culture depuis les années 70 explique en partie l’évolution des effectifs de sangliers.

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