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Le recul manque sur les engrais microgranulés à l'automne

Une fenêtre réglementaire s'est ouverte voici trois ans pour apporter de petites quantités d'engrais localisé sur les cultures d'automne. Les fabricants ont construit des offres autour des microgranulés, notamment. Mais les résultats ne sont pas convaincants pour tout le monde.

Ils s'appellent Microplus, Humiplus, Easy start... Depuis peu, l'offre en engrais starters microgranulés à apporter en localisé sur cultures d'automne s'est multipliée. Ces produits associent de l'azote, du phosphore et un ou plusieurs oligo-éléments. Habituellement utilisés sur maïs, ces engrais profitent d'une ouverture législative (voir encadré) ainsi que du développement des semoirs à double trémie. Pour les fabricants, c'est également un moyen de renouveler les offres sur cultures d'automne et de répondre à des besoins spécifiques. « L'objectif de ce type de fertilisation est de mettre à disposition du phosphore directement assimilable par la plante, pour pallier des risques de carences car cet élément a un très faible pouvoir migratoire dans le sol, explique Franck Landais, responsable technique chez Sumi Agro, qui s'est allié en 2015 à AgroQualita France. On vient compléter l'offre du sol. » Dans ces associations, l'azote, qui est apporté en très faibles quantités, sert surtout à augmenter l'efficience du phosphore. « Dans nos essais, on voit une synergie entre le phosphore et l'azote apporté ensemble par rapport au Super 45 que nous testons en témoin », note Christophe Rivayran, en charge des expérimentations sur le sujet chez Arterris. La coopérative teste ces produits depuis près de cinq ans, sur colza et blé dur en particulier. « On est sur un territoire argilo-calcaire avec des problèmes de rétrogradation de phosphore, précise le spécialiste d'Arterris. Le phosphore en localisé, c'est très payant, que ce soit sous forme d'engrais classique ou de microgranulés. » Pour Christophe Rivayran, toutes les situations sont concernées, que les sols soient légers et pauvres ou profonds, les semis précoces ou tardifs. « Davantage de phosphore, c'est plus de racines, indique-t-il. Quand les fins de cycle sont plutôt séchantes, ça marche. »

Un intérêt dans les situations où le phosphore biodisponible est limité

Pour les fabricants, l'intérêt de ces produits est avéré dans les situations où le phosphore biodisponible est réduit. « Dans le croissant argilo-calcaire français, dans les terres froides, où l'on est dans ce type de situation, on amène directement une solution », estime Franck Landais. Sur cultures d'automne, Sumi Agro propose plusieurs types de microgranulés, tels que Microplus (11 % d'azote, 50 % de P2O5 et du zinc) ou Perfect, un peu moins riche en P2O5 (49 %) et qui comprend en plus du fer et du manganèse. « C'est utile dans les sols crayeux très aérés, cela permet d'éviter une carence induite liée à la rétrogradation du manganèse ou au manque de zinc », explique le responsable. Autre fabricant d'engrais à travailler sur ce créneau, Compo Expert propose sa gamme Easy start, Microfast et Plus, entre 20 et 30 kg/ha sur colza et à 20 kg/ha sur blé et orge d'hiver. Ces deux produits qui comprennent azote et phosphore (13 et 40 % respectivement pour le premier, 18 et 24 % pour le second avec 5 % de potassium) contiennent de l'Isodur : « c'est un azote organique de synthèse qui permet une libération par hydrolyse des éléments fertilisants, indépendamment des conditions climatiques », explique Jessica Da Costa chez Compo expert. Fertinagro propose pour sa part des formules telles qu'Humiplus, avec 12 % d'azote, 25 % de phosphore associés à 50 % de matière organique ou une formule de type 12-38 avec de l'azote ammoniacal et uréique à libération progressive. « Nous préconisons pour notre gamme de microgranulés des applications autour de 40 kg/ha, qui restent dans les clous de la réglementation, observe Élodie Guezou, responsable des spécialités chez Fertinagro. Nos produits reviennent entre 2 et 2,50 euros/kg. » Le budget est proche de celui de Sumi Agro, qui préconise 25 à 45 kg/ha selon les cas, soit un investissement de 60 à 100 euros/ha, sans compter le matériel.

Des gains de rendements qui varient dans une large fourchette

Ces sommes peuvent-elles être facilement rentabilisées ? Les industriels mettent en face des gains de rendement, plus importants sur céréales que sur colza, tout en précisant leur grande variabilité. « En blé et orge d'hiver, on obtient en moyenne un gain de 6 q/ha, estime Franck Landais. Mais la fourchette va de 0 à 18 q/ha. En colza, le gain est plutôt de 4 q/ha en moyenne. » De son côté, Élodie Guezou évoque un gain moyen de 5 q/ha sur blés. Sur colza, les résultats se traduisent moins par le rendement que par une meilleure implantation. « Pour utiliser ces produits, il faut avoir identifié un problème d'assimilation du phosphore, à partir duquel on peut conseiller une formule, souligne-t-elle. Quand beaucoup de phosphore est disponible, les effets sont moindres, même si on a toujours un effet positif au démarrage par rapport à la parcelle témoin lorsqu'on localise. » Dans ces expérimentations sur blés durs, principalement, Arterris obtient des résultats intéressants... Mais ils sont conditionnés à un investissement important : ce n'est pas parce que l'on ajoute une fertilisation starter au semis que l'on réduit ensuite les apports en cultures.

Beaucoup de circonspection chez les instituts

« Nous ne constatons pas d'effet négatif des microgranulés appliqués dans la ligne de semis », indique Luc Champolivier, responsable agronomie et innovation chez Terres Inovia. Mais, « les effets sont difficiles à prévoir et cet apport contribue peu à la fertilisation phosphatée de fond », ajoute-t-il. Compte tenu de leur prix élevé, Terres Inovia ne pousse pas ces solutions. Arvalis n'a fait que quelques tests sur microgranulés et reste pour l'instant très circonspect.

Les fabricants prennent ces réticences avec une certaine philosophie. « Les premières interrogations que nous avons eues à lever étaient plutôt au niveau de nos équipes ! » témoigne Élodie Guezou. Ces nouveaux produits qui ne s'inscrivent pas dans un raisonnement en volumes, ne font pas toujours partie de la culture d'entreprise. Les firmes multiplient les essais pour ajuster leurs discours, et continuent de chercher les meilleurs dosages. Fertinagro, par exemple, se prépare à sortir un « AgriStart Énergie » de type 20-20-6, qui semble très prometteur dans les essais.

Une ouverture réglementaire

C'est dans l'arrêté relatif au programme d'actions national de la directive Nitrates paru au Journal officiel du 31 octobre 2013 que s'est nichée l'exemption d'interdiction d'épandage à l'automne en ce qui concerne la fertilisation localisée au semis. « Cette pratique est jugée innovante par les ministères qui considèrent que le risque de fuite de nitrates est minime », explique l'Unifa (Union des industries de la fertilisation) dans l'une de ses fiches pratiques. « L'azote est concerné mais également le phosphore d'ammoniac, observe Philippe Éveillard, responsable agriculture et environnement à l'Unifa. L'application peut se faire sous forme de granulés classiques ou de microgranulés. »

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