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Développement des biocarburants
Le potentiel de terres en France est suffisant

Sur le papier, la disponibilité en terres n’est pas un obstacle au développement des biocarburants. Le véritable enjeu sera d’offrir des prix suffisamment attractifs aux producteurs.

Dans la controverse qui anime le débat sur les biocarburants la question de la concurrence entre alimentaire et non alimentaire est récurrente. Elle mérite un examen rigoureux que le Comité biocarburants et biomasse mis en place sous l’égide de l’Office des grandes cultures (OniGC) Focus en trois points.

1 Un besoin de 310000 hectares en plus en 2010

Un pourcent de la SAU française devra être consacrée aux biocarburants (en plus des superficies qui leurs sont déjà dévolues), pour remplir l’objectif d’incorporation fixé à 7 % en 2010. Cela correspond à une augmentation des surfaces cultivées en blé, maïs, betterave, colza et tournesol « de l’ordre de 310000 hectares par rapport à la situation 2006 ». En Face, il existe des gisements de surfaces libérables.D’une part, la substitution partielle des coproduits des biocarburants aux céréales réduit la ponction directe de l’alimentation animale sur la sole céréalière ; d’autre part, la remise en culture d’une fraction de la jachère est évaluée entre 300 000 et 400000 hectares, un niveau qui permet de « maintenir les jachères de type environnemental ». Au final, entre 340000 et 710000 hectares peuvent être dégagés pour les biocarburants. La marge de manoeuvre « serait encore plus favorable si la progression des rendements est supérieure aux hypothèses prudentes retenues dans cette étude. Chaque quintal par hectare supplémentaire fait gagner 80 000 hectares pour les céréales et 90000 hectares pour les oléagineux ».

2 Des marges de manoeuvre en céréales à l’échelon français

Avec 1,45 million d’hectares à consacrer au biodiesel en 2010, la France s’approchera d’une situation déficitaire si sa sole oléagineuse n’augmente pas sérieusement. « Le maximum historique remonte à 1999 où les oléagineux couvraient 2,3 millions d’hectares et le Cetiom évalue le potentiel agronomique, sans modification profonde des systèmes de culture, à 2,7 millions d’hectares », rappellent les experts. Dans cette fourchette de 2,3 à 2,7, ils situent la surface disponible pour maintenir des exportations entre 220000 et 620000 hectares. Un chiffre à comparer aux 700 000 hectares que représentent actuellement les expéditions de graines oléagineuses hors de France (sur les 2,14 millions d’hectares cultivés en 2007).Même si, contrairement au blé éthanol, le prix du colza énergétique colle à celui de l’alimentaire, il ne fait aucun doute qu’il devra rester suffisamment attractif pour inciter les producteurs à augmenter leur sole oléagineuse dans une telle proportion. Surtout si les céréales restent durablement chères. À l’horizon 2010, les 223000 hectares de blé et de maïs nécessaires à la demande supplémentaire d’éthanol « ne représentent que 2,5 % des surfaces céréalières totales ». Enfin, dans le cas des betteraves, la restructuration déclenchée par la réforme de l’OCM sucre conduit à une réduction de la sole betteravière qui sera limitée par le développement de la production d’éthanol.

3 L’Europe déficitaire en graines et huile de colza

« En 2010-2011, les utilisations de céréales pour les biocarburants dans l’Union européenne à 27 représenteront moins de 10 % du total des utilisations humaines et industrielles », évalue Andrée Defois du cabinet d’analyse de marchés Tallage. Quant au biodiesel, il représentera 80 % des utilisations des graines de colza. Selon les estimations de Tallage, il existe un potentiel d’environ 2,5millions d’hectares de jachères(2) dans l’UE à 27 dont la remise en culture permettrait d’augmenter la surface de colza sans amputer la sole céréalière. Dans ce cas, « la variabilité climatique de la production resterait nettement plus influente sur le bilan céréalier que les utilisations de biocarburants », explique Andrée Defois. Mais le bilan colza devra quand même s’équilibrer par des importations. Un avis que partage Hélène Morin spécialiste des marchés de l’énergie chez Agritel qui souligne la dynamique déjà enclenchée. « Depuis 2003, l’UE a multiplié par 14 ses importations de colza qui représentent, sur la campagne 2006-2007, 950 000 tonnes contre 67 000 tonnes quatre ans auparavant. » L’Europe est aussi devenue importatrice nette d’huile de colza depuis 2005

« L’objectif est de regarder si les surfaces sont suffisantes pour satisfaire la demande alimentaire, énergétique et de la chimie verte. Ces filières produisent aussi des tourteaux et des drêches dans un marché européen déficitaire en protéines végétales. Les biocarburants de première génération n’ont pas pour vocation de remplacer tout le pétrole. Ils participent à la construction d’un bouquet énergétique dans l’optique de Kyoto et de la réduction de notre dépendance. Ils sont une étape vers la deuxième génération. » 

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