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Relation offre et demande
Le pois veut redevenir une culture de masse

Le pois dispose d’une fenêtre de tir étroite pour pérenniser les effets du plan de relance, ce qui passe par un développement de masse à destination de l’alimentation animale.

Le compte à rebours est lancé pour la filière protéagineux. "L'opération de sauvetage des pouvoirs publics a déclenché d'extrême justesse une relance vigoureuse. C'est une opportunité à saisir mais nous n'avons que deux à trois ans pour cela", a déclaré le 17 février Pierre Cuypers, président de l'UNIP, lors d'un colloque rennais aux allures d'états généraux. Le choix de la ville de Rennes n’avait bien sûr rien de fortuit. En rassemblant la filière aux portes de la Bretagne, fief des fabricants d’aliments du bétail, les responsables professionnels ne faisaient pas mystère de l’opération séduction lancée à l’intention des grands noms de la nutri- tion animale. « Reconstruire durablement une filière protéagineuse impose un développe- ment de masse pour approvisionner l’ali- mentation animale, a martelé Olivier De Gasquet, directeur de l’Unip. Celle-ci ne doit plus être considérée comme un exutoire pour ce qui ne part pas à l’export. » Le pois revient de loin. Ses surfaces, qui couvraient 700 000 hectares en 1993, se sont effondrées pour toucher le fond en 2008 et en 2009, à 100 000 hectares. Il a fallu l’électrochoc suscité par le plan de relance pour stopper la chute, avec un doublement de la sole en 2010.


COUP DE POUCE JUSQU’EN 2012

Mais la reprise reste fragile, comme en témoigne la baisse annoncée pour 2011. Surtout, la filière ne bénéficiera du coup de pouce gouvernemental — une aide à la surface alimentée par une enveloppe annuelle de 40 millions d’euros — que jusqu’en 2012. La question est désor- mais de savoir si la sole ne va pas se dégonfler à la même vitesse que l’aide financière, et si la reconquête des asso- lements va se doubler de celle des usines d’aliments. « L’existence d’une offre conséquente est indispensable, mais tout se construit à partir de l’aval », a prévenu Pierre Cuypers. Et c’est là que le bât blesse. « Le pois est une variable d’ajustement, a expliqué Bertrand Bacheley du groupe Michel, une entreprise qui produit 600 000 tonnes d’aliments par an. S’il n’y a pas de pois, on peut faire tourner l’usine, contrairement aux maïs, blé et soja.


Pour le rendre indispensable, il faudra améliorer la qualité, par exemple sur le plan de la lysine. On n’utilisera pas de pois pour faire plaisir à la filière. » Même son de cloche de la part de Hervé Vasseur, directeur d’Aliouest. « Dans la filière sans OGM, notamment en porc, le pois peut avoir un intérêt de marché en le substituant au soja, mais l’objectif du fabricant d’aliment reste de faire la formule la moins chère possible pour l’éleveur. Le pois doit donc afficher une relative décote pour justifier son incor- poration. » Et selon les fabricants, une évolution de trois ou quatre euros peut suffire à éjecter le pois des formules. Pourtant, à l’autre bout de la chaîne, « l’agriculteur attend une rémunération du pois supérieure à celle du blé », rappelle Denis Courzadet, d’Axereal.


D’où la position inconfortable du protéagineux, résumée par Patrice Rialland responsable des achats du groupe Sanders et administrateur de l’Unip : « Le pois lutte à l’amont pour conserver sa place dans l’assolement, dans une vive concurrence avec l’ensemble des grandes cultures qui bénéficient d’une lisibilité de prix et d’un marché structuré. En aval, le pois est confronté au blé pour l’énergie et aux tourteaux de colza et de soja, très disponibles, au sein d’un portefeuille de matières premières bien orga- nisé avec une visibilité de long terme sur les prix. » Pour pallier ce manque de visibilité du prix du pois à moyen terme, un indicateur interprofessionnel a été lancé l’été dernier, sans rencontrer un vif succès (voir encadré).


INDÉPENDANCE PROTÉIQUE

Le prix d’intérêt pour l’agriculteur peut- il coïncider avec celui du fabricant lorsque l’État ne vient pas mettre tout le monde d’accord à coup de subventions ? Un spécialiste de la filière s’en dit convaincu. « La frilosité pour le pois affichée en public par les fabricants ne reflète pas leur intérêt réel, il y a une part d’intox. Aujourd’hui, le maître mot pour les Fab est la diversi- fication des matières premières, les choses vont s’enclencher sur le terrain. » Une vision optimiste loin d’être partagée par tous. En revanche, tous les promoteurs du pois espèrent que la nouvelle Poli- tique agricole commune viendra au secours des protéagineux. La dimension politique donnée à l’indépendance protéique dans les débats à Bruxelles et à Strasbourg laissent en effet supposer qu’il s’agira là d’un axe fort de la prochaine PAC. En attendant, la filière compte sur la contractualisation pour dépasser les comportements opportu- nistes menaçant la pérennité de ces productions. Reste à savoir si les fabri- cants seront des alliés de poids... ou un poids mort.

POIS PROTEAGINEUX

Vers un contrat entre céréaliers et éleveurs

LA COOPÉRATIVE AXEREAL DANS LE BERRY TRAVAILLE À L’ÉLABORATION DE CONTRATS À PRIME pour le pois entre le producteur et l’éleveur, impliquant le collecteur et le fabricant d’aliments, afin de péren- niser la culture dans la région. « Le pois avait disparu dans le Berry en 2007 car il n’était pas assez rému- nérateur pour le producteur comparativement aux autres cultures, explique Denis Courzadet, respon- sable collecte chez Axereal. Le plan de relance a incité à produire, mais sans se soucier du débouché. Or il va falloir convaincre les Fab qui s’étaient désin- téressés du pois de changer leurs habitudes. » Mais comment assurer le producteur comme l’uti- lisateur de la pertinence du pois dans leur système une fois que les aides auront disparu ? C’est le rôle du contrat pluriannuel à l’étude.

CE CONTRAT PLURIANNUEL REPOSERAIT SUR UNE PRIME, INDEXÉE PAR EXEMPLE SUR LE MARCHÉ À TERME DU BLÉ, et non sur un prix. Le montant de la prime serait le seul élément à définir, libre ensuite à chacun de fixer son prix quand il le veut. Ce faisant, ce serait donc la liquidité et la visibilité propres au marché à terme du blé qui viendrait mettre de l’huile dans celui du pois, privé de ce genre d’outil. Les modalités opérationnelles devraient être proposées avant le mois de juillet prochain.

Selon Denis Courzadet, seul ce type de montage peut permettre de dépasser la focalisation sur le prix, qui constitue aujourd’hui un obstacle majeur. « Si l’on continue à travailler en ne regardant que sa propre économie, le jour où l’on réalisera que l’on a besoin du pois, on aura tué la filière. » Il en est convaincu, le moment viendra où l’atout d’une matière première de proximité, source d’économies énergétiques, sera intégré dans le raisonnement de l’éleveur, de même que le céréalier valorisera cette plante autonome pour l’azote, économe en produits phytosanitaires, et permettant d’allonger la rota- tion. Si elle ne disparaît pas avant.

G. O.

 

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