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Philippe Pinta, président de l´AGPB
« Le monde a besoin des céréales européennes »

A la veille du congrès de l´Association générale des producteurs de blé, son président, Philippe Pinta, fait le point sur la situation céréalière et sur les préoccupations du secteur.


L´année a-t-elle été bonne pour les céréaliers ?
Philippe Pinta - Nous finissons malheureusement la campagne avec des stocks importants dans l´Union européenne et de forts volumes à l´intervention. à cause de la mauvaise gestion du marché par la Commission. Les niveaux de restitutions accordés par Bruxelles ont été insuffisants. Avec deux ou trois euros de restitutions à la tonne en plus chaque semaine, nous aurions pu écouler sur le marché mondial quelques millions de tonnes supplémentaires, quasiment le volume que nous allons retrouver à l´intervention.
Comment expliquez-vous cette attitude de Bruxelles ?
P. P. - A Genève, en août 2004, un accord est intervenu dans le cadre de l´OMC sur le principe d´un démantèlement des diverses formes de soutien à l´exportation. Une fois encore, la Commission a devancé l´appel. Les négociations ne sont pas terminées, loin de là. Ce n´est pas parce que les restitutions pourraient baisser dans l´avenir qu´il faut s´interdire d´utiliser aujourd´hui cet outil ! C´est d´autant plus regrettable que l´intervention coûte plus cher au budget européen que l´attribution de restitutions. Le passage d´une tonne de céréales par l´intervention coûte une quinzaine d´euros, sans compter les frais du stockage. Alors qu´avec 8 à 10 euros de restitutions, au lieu de 5 à 8 on aurait pu exporter.
Un des paradoxes de cette campagne au niveau mondial est que, malgré l´abondance de marchandises, les prix exprimés en dollars sont bons. La demande est là. Les stocks mondiaux de fin de campagne vont augmenter, mais pas en proportion de la récolte. Il y a de la place sur le marché mondial pour des céréales européennes donc françaises.

Quelles autres leçons tirez-vous de cette campagne ?
P. P. - Malgré la faiblesse du dollar nous avons réussi à exporter vers certaines destinations, comme l´Égypte, à un prix supérieur de 3 à 4 dollars au prix mondial. Des clients reconnaissent aujourd´hui la qualité du blé français et sont prêts à la payer. Ce n´était pas le cas il y a dix ans ! Les efforts de toute la filière française pour produire des blés de qualité portent leurs fruits. Et les actions, notamment de France-Export Céréales pour faire connaître cette qualité à l´étranger, sont payantes. Il ne faut pas relâcher cet effort collectif.
L´exportation est un vrai marché avec des clients qu´il faut satisfaire et pas un marché de liquidation de surplus. C´est aussi important que les marchés communautaires de l´alimentation humaine et animale, des biocarburants et plus largement demain de la chimie verte et la production de bioélectricité et de biochaleur.

Quel sera le thème de votre congrès ?
P. P. - Le titre du rapport d´orientation est « Le monde a besoin des céréales européennes ». Pour nous, c´est une conviction. Et je constate que le discours change, que des responsables politiques prennent conscience de l´enjeu et de l´intérêt pour la France d´être présent sur les marchés mondiaux. Mais cela n´est possible qu´à certaines conditions. Si l´Union européenne baisse ses restitutions, quelles seront les contreparties pour les autres pays exportateurs ? Il faudra aussi être vigilant sur les règles à l´importation sinon nous pourrions, par exemple, voir arriver beaucoup d´éthanol brésilien, ce qui tuerait dans l´oeuf tout développement d´une filière éthanol-carburant en Europe. Ce qui est sûr, c´est que nous devons rester des producteurs performants ; mais nous ne le pourrions si notre amont et notre aval étaient affaiblis par suite d´un désengagement de la production chez certains. Or c´est là le risque d´un découplage total. D´où notre position réaffirmée en faveur du découpage partiel.
Qu´attendez-vous de la loi d´orientation qui est en préparation ?
P. P. - Même si les conditions de mise en oeuvre de la Pac et les résultats de négociations de l´OMC devaient s´avérer satisfaisants, les exploitations seront conduites à de profonds changements. Les regroupements d´exploitants pour travailler en commun leurs terres, de façon à réaliser des économies d´échelle, devraient se répandre de plus en plus. Qu´ils prennent la forme d´assolement en commun ou de sociétés, c´est une voie que privilégie l´AGPB par rapport à l´agrandissement pur et simple. Il faudra donc que la loi d´orientation mette fin au traitement discriminatoire des sociétés. Nous attendons aussi qu´elle reprenne les dispositions d´allégements des charges du Livre blanc rédigé l´an passé en commun avec la Fop et l´AGPM. La loi doit aussi faciliter la conduite d´activités multiples, en sachant que les regroupements préconisés donneront davantage de possibilités aux agriculteurs de valoriser leurs compétences et leur temps de travail.

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