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Le glyphosate difficile à contourner en non labour

En avant-première de la décision du retrait du glyphosate tombée le 27 novembre 2017, l’Inra a publié un rapport intitulé « Usages et alternatives au glyphosate dans l’agriculture française »(1) qui répondait à une saisine par plusieurs ministères. Informations.

En grandes cultures, le glyphosate est utilisé pour détruire adventices et repousses à l'interculture à hauteur de 70 à 80 % de ses usages.
© C. Gloria

Détruire les adventices à l’interculture : c’est surtout à cela que sert le glyphosate. Les fermes du réseau Dephy Ecophyto, parmi lesquelles se trouvent près de mille exploitations de grandes cultures, utilisent le glyphosate à 70 % pour la gestion des mauvaises herbes entre deux cultures et, dans les enquêtes nationales SSP(2) 2011 et 2014, cet usage monte à 80 %. Ces données sont tirées d’un rapport rédigé par l’Inra et remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Écologie, de la Recherche et de la Santé en novembre 2017. Dans la destruction des adventices avec le glyphosate, les plantes vivaces sont visées à hauteur de 10 % des traitements avec des doses adaptées, les plantes annuelles constituant le reste des applications, soit 90 %.

La destruction du couvert végétal d’interculture est l’autre usage majeur du glyphosate. Elle explique 26 % de son emploi dans les fermes Dephy et entre 13 et 16 % des exploitations des enquêtes SSP, la destruction des prairies représentant 4 % des utilisations dans les deux types d’enquêtes.

La stratégie de travail du sol pèse sur le niveau d’utilisation du glyphosate, ce qui n’est pas une surprise. « Moins de 10 % des surfaces en labour systématique sont concernées par l’utilisation du glyphosate, mentionne le rapport Inra, contre près de 40 % des surfaces en techniques culturales simplifiées et plus de 60 % des surfaces en semis direct en 2010-2011. » Mais dans les faits, les situations avec des labours, occasionnels ou systématiques, concernent la grande part des sols cultivés en France. Donc, « près des deux tiers de leurs surfaces reçoivent du glyphosate pendant le suivi qui a été fait sur six années », analyse l’Inra. En dehors de la production biologique, peu de producteurs de grandes cultures se passent de glyphosate au final.

Le travail du sol, alternative la plus efficace à l’herbicide

La fréquence d’usage du glyphosate est la plus importante dans les régions agricoles de production céréalière et oléagineuse avec des sols superficiels à intermédiaires. Elle est souvent en lien avec la réduction du travail du sol. Sur ce dernier point, l’Inra rapporte que 100 % des agriculteurs du réseau de fermes Dephy en stratégie de semis direct utilisent du glyphosate. Dans ce même réseau, 50 % des systèmes avec labour et 25 % de ceux avec travail du sol sans retournement de la terre n’utilisent jamais de glyphosate. Ce constat fait dire à l’Inra « qu’il est possible, dans des conditions appropriées, de s’affranchir de l’utilisation de ce produit avec ce type de stratégie ».

Fort de son analyse, l’Inra propose donc des solutions alternatives au glyphosate. Pour la destruction des adventices à l’interculture, les rapporteurs mettent en avant le travail du sol en préparation du semis de la culture, avec ou sans retournement. Mais ils notent que « toutes les terres agricoles ne sont pas équitablement propices à permettre ce type d’intervention, comme les sols difficiles, superficiels, facilement engorgés ou riches en cailloux ou encore les terres riches en argile ». Ce sont surtout les territoires classés à fort risque d’érosion qui posent question car le travail du sol y est légitimement déconseillé. « Les techniques de semis direct sous couvert y seront logiquement souvent privilégiées pour limiter le risque d’érosion », reconnaît l’institut de recherche.

Autre solution prônée par l’Inra dans son rapport : « L’implantation de couverts végétaux à forte densité avec des espèces gélives et sensibles au rouleau « hacheur » pour réguler le développement des adventices et repousses de la culture précédente. Mais l’efficacité est le plus souvent imparfaite sur les adventices et la destruction du couvert semé peut être elle-même une difficulté. » Quant aux solutions de désherbage chimique en substitution au glyphosate, il n’y en a pas d’équivalentes en performance.

Des adventices peuvent survivre sans l’usage du glyphosate

Le glyphosate est bien utile pour se débarrasser d’une catégorie particulière d’adventices, les vivaces. Sans cet herbicide, l’Inra énumère comme solutions l’utilisation d’outils de travail du sol adaptés à chaque espèce visée à l’interculture, le désherbage chimique en culture avec les molécules ad hoc, l’implantation de prairies temporaires pluriannuelles dans la rotation comme une luzerne. « Cette dernière alternative n’est pas généralisable », remarque l’institut.

Le glyphosate sert aussi à détruire des couverts d’interculture. Quelles alternatives non chimiques les rapporteurs proposent-ils ? Là encore, ils mettent en avant le travail du sol, « qui est le mode le plus sûr de destruction de ces couverts et ce, d’autant plus que des plantes adventices annuelles s’y sont développées ». Ils citent le labour, ou l’utilisation d’outils à pattes d’oie, pour prendre un exemple de technique sans retournement du sol. Des interventions mécaniques avec des outils adaptés peuvent être efficaces sur les couverts avec toutefois des adventices qui peuvent ne pas être affectées par ce passage. On peut compter sur le gel pour cette destruction, mais dans les régions suffisamment froides en hiver et en ayant choisi des espèces et génotypes de plantes sensibles au gel.

Prise seule, une technique alternative ne saurait venir à bout de la destruction d’adventices à l’interculture et/ou de la culture intermédiaire. Il n’y a pas de recette miracle. Il faut juste combiner différents moyens.

(1) https://inra-dam-front-resources-cdn.brainsonic.com/ressources/afile/418767-54570-resource-rapport-glyphosate-inra.pdf(2) Service de statistiques agricoles.
EN CHIFFRES

15 % de la SAU reçoivent du glyphosate chaque année

9100 t de glyphosate (matière active) consommé en France métropolitaine en 2016 (10070 t en 2014). Pour du glyphosate utilisé en majorité sous forme de produit titré à 360 g/l, on peut estimer la consommation à plus de 20 millions de l de l’herbicide.

Plus de 80 % d’utilisation en agriculture. En 2016, la part du glyphosate dans les usages non agricoles était d’un peu plus de 16 %, en baisse (22 % en 2011).

15 % de la surface agricole recevait du glyphosate en 2011 et 2014. Dans le réseau de fermes Dephy, 57 % des exploitations utilisaient du glyphosate à leur entrée dans le réseau.

Données issues de la Base nationale des ventes des distributeurs, des enquêtes SSP et du réseau Dephy.

L’usage du glyphosate ne fait pas économiser en herbicides

Dans certaines situations, l’utilisation de glyphosate à l’interculture est mise en avant pour permettre de réduire les herbicides dans la culture qui suit, par exemple dans une stratégie de lutte contre les graminées adventices. Mais l’analyse des données faite par l’Inra bat en brèche cette idée. Avec le recours au glyphosate, l’IFT(1) herbicide augmente de 0,4 à 0,9 selon les cas (avec ou sans labour…) par rapport aux situations sans glyphosate. L’utilisation de glyphosate à l’interculture ne se traduit pas par une moindre utilisation des autres herbicides.

(1) Indice de fréquence de traitement.

Sans glyphosate, pas de semis direct

L’Inra a bien identifié les difficultés de l’agriculture sans glyphosate, voire les impasses. La stratégie de semis direct sous couverture végétale sera orpheline si on lui retire le glyphosate. Cette « agriculture de conservation » concerne 3 % des agriculteurs. « Si le glyphosate ne doit plus y être utilisé, les moyens techniques actuels ne permettront pas de persister dans cette stratégie de semis direct sous couvert. Il faudra réintroduire du travail du sol avec une perte d’une partie des bénéfices environnementaux imputables au semis direct. Mais la perte sera temporaire », selon l’Inra.

L’utilisation du glyphosate a permis de gagner sur les débits de chantier et elle a accompagné l’extension de la taille des exploitations. Le bilan économique est en faveur de l’utilisation de ce produit, comparé aux autres alternatives faisant appel à des passages mécaniques plus onéreux. L’institut met en avant des dispositifs d’aide ou de soutien pour passer le cap du zéro glyphosate. Pas sûr que cela reçoive un écho de la part du gouvernement...

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