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Le couvert d’interculture gagne ses galons en monoculture de maïs

Réglementation zone vulnérable oblige ou incitation PAC, les couverts végétaux d’interculture se sont nettement développés en situation de monoculture de maïs dans le Sud-Ouest. Le mélange graminées et légumineuses est la meilleure solution agronomique.

L'association de graminées et de légumineuses est un bon compromis entre deux maïs pour assurer une bonne restitution d'azote tout en agissant sur la structure du sol.
© Euralis

« L’implantation de couverts végétaux a explosé depuis 2015, suite à l’extension de la zone vulnérable et la certification maïs PAC, note Aline Crouigneau, de la chambre d’agriculture des Landes. Nous sommes passés en quelques années de 10-20 % des surfaces en monoculture de maïs à plus de la moitié dans notre département. » Ce développement vaut pour le Sud-Ouest maïsicole d’une façon plus large. Euralis note ainsi une progression de 15 à 25 % par an, depuis cinq ans de ces couverts d’interculture longue. « Maintenant, il nous faut montrer qu’il y a autre chose à en tirer que de simples aspects réglementaires, signifie Aline Crouigneau. Les intérêts sont sur le court terme avec la restitution d’éléments nutritifs (azote, phosphore, potassium…) à la culture suivante mais aussi sur le long terme avec des effets bénéfiques sur le taux de matière organique, restructuration des sols, la vie biologique… »

Le mélange graminées et légumineuses a les faveurs des conseillers techniques en interculture en situation de monoculture de maïs, comme la solution AVT pour avoine-vesce-trèfle, qui apporte un bon compromis en termes de restitution de N, P et K. « C’est un couvert agronomique au sens propre du terme. Un mélange prêt à l’emploi de graminées (avoine rude, seigle) et de légumineuses à petites graines (trèfle incarnat et/ou violet, vesce velue…) peut être semé en une seule fois dans des conditions de post-récolte du maïs même quand celles-ci sont compliquées, observe Julien Saludas, responsable agronomie grandes cultures chez Euralis. Les plantes s’implantent facilement telle l’avoine rude (brésilienne), qui a en outre l’intérêt d’être sensible au gel, ce qui, pour une graminée, peut faciliter sa destruction. Le trèfle incarnat, la vesce commune ou celle velue ont également une bonne pousse à l’automne et s’implantent assez vite. »

Économie d’azote et/ou meilleurs rendements après un couvert

Dans les essais de la chambre d’agriculture des Landes, le mélange AVT est souvent en bonne place sur sa production de matière sèche en sortie d’hiver. Des essais ont montré sa bonne couverture après récolte du maïs avec un potentiel de piégeage et de bonne restitution d’azote pour la culture suivante pouvant permettre d’y limiter la fertilisation azotée et/ou d’améliorer le rendement (voir résultats d’essai). Mais parfois, les légumineuses disparaissent du couvert durant l’hiver. D’où l’intérêt d’associer d’autres espèces telles des crucifères qui résistent mieux.

Dans les faits, les agriculteurs choisissent plutôt des solutions simples et peu onéreuses en coût de semences. Ainsi, la féverole connaît un succès certain. « C’est une espèce qui supporte bien les implantations tardives, jusqu’à fin octobre à début novembre dans le Sud-Adour. Mais par contre la féverole n’est pas adaptée aux sols sableux du nord de notre département des Landes. Un mélange graminées-trèfles fonctionnera mieux », précise Aline Crouigneau.

Pour Julien Saludas, la féverole présente l’intérêt d’être un couvert peu coûteux ayant l’atout d’un engrais vert. « Le coût des semences avec leur triage peut être estimé à une vingtaine d’euros à l’hectare pour un semis à 100-150 kilos/hectare, alors qu’un mélange reviendra à deux fois plus cher en semences. " Cette solution s’étend fortement dans les départements du Sud-Ouest. Mais l’ingénieur d’Euralis voit quelques contraintes au semis de la féverole. « Avec ses grosses graines, on ne peut le semer qu'à la volée. Il faut un semis soigneux suffisamment profond en recouvrant les graines de terre pour assurer sa bonne levée. D’autre part, après les récoltes de maïs où il peut beaucoup pleuvoir dans nos secteurs, la féverole supporte assez mal les excès d’eau et elle végète. »

La féverole serait-elle victime de son succès ?

Julien Saludas rapporte des problèmes d’ordre sanitaire sur la féverole. « C’est une plante sensible à des maladies comme l’anthracnose ou le botrytis. Dès février, la féverole peut être très vite atteinte par les champignons qui en carbonisent les parties aériennes, ce qui fait perdre au couvert de la biomasse et aussi de la quantité d’azote susceptible d’être restitué car cet azote est utilisé par les pathogènes. » Chez Euralis, la préconisation est de mélanger sa féverole à au moins une graminée de type avoine pour être sûr d’avoir au moins une des deux espèces en vie en février. Euralis propose une réponse adaptée aux agriculteurs produisant déjà leurs propres féveroles pour les couverts : un mélange avoine rude + vesce à semer à 15 kilos/hectare à associer à cette féverole. La vesce est une légumineuse au port rampant peu sensible à l’anthracnose.

Mais la majorité des agriculteurs répondent au plus simple à l’obligation réglementaire de semer un couvert d’interculture pour ceux ayant demandé la certification PAC de leur monoculture de maïs : Ils implantent une céréale produite sur l’exploitation comme une avoine de ferme ou un triticale, qui coûte un minimum d’argent. Mais cette solution ne remplit pas son rôle d’engrais vert pour la culture suivante. L’obligation ne se transforme pas en atout agronomique.

Semis testé à l’hélicoptère ou sous cueilleur

Il y a quelques années, Euralis a développé comme prestation le semis de couvert par hélicoptère. « Depuis trois ans, nous restons à 700 hectares ensemencés ainsi dans notre région. Nous avons du mal à franchir un cap, admet Julien Saludas, Euralis. La logistique est assez contraignante car ce semis doit se faire dans les quatre à cinq jours suivant la récolte : mettre en relation l’agriculteur, l’entreprise de travaux agricole (récolte), le pilote et le fournisseur de semences (la coop). Mais nous espérons trouver une organisation plus efficace, par géolocalisation des parcelles par exemple. » Euralis mène des essais avec des constructeurs pour mettre au point un équipement assez robuste permettant un semis sous cueilleur de la moissonneuse-batteuse.

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