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Gestion des adventices
Le comportement variétal pour freiner l’orobanche

Depuis plusieurs années, le Cetiom évalue les variétés de colza sur leurs tolérances aux infestations d’orobanche. La piste du couple variété-herbicide suscite de grands espoirs.

Depuis une quinzaine d’années, le colza cultivé par Jean-Michel Goulard à Saint-Maxire dans les Deux-Sèvres est envahi par l’orobanche. Cette plante parasite se fixe sur les racines pour y puiser des éléments nutritifs et épuiser la culture hôte. Le Cetiom réalise des expérimentations sur deux des parcelles de l’agriculteur depuis douze ans. Les essais consistent essentiellement à tester le comportement des variétés vis-à-vis de ce fléau qui pour l’instant ne trouve aucune solution de lutte. « Le colza aujourd’hui est stressé par le manque d’eau, explique Jean-Pierre Palleau, ingénieur régional Cetiom sur la zone Ouest. Les plantes se montrent plus sensibles encore à l’orobanche qui continue de pomper ses éléments nutritifs dans le colza. Nous devons attendre la récolte pour avoir un jugement définitif sur le classement variétal. »


L’OROBANCHE A PLUSIEURS PATHOVARS
Avec ces essais menés chez lui, Jean-Michel Goulard bénéficie directement des résultats : « les 30 hectares que je cultive en dehors de ceux qui sont consacrés à l’expérimentation (1,5 hectare) ont été semés avec les variétés ES Alias et NK Petrol. Auparavant, mon choix portait sur Aviso mais cette variété est moins tolérante ». La tolérance variétale évolue dans le temps et les producteurs doivent en tenir compte. « Des analyses génétiques ont montré qu’il existe plusieurs pathovars chez l’orobanche, ce qui expliquerait pourquoi une variété de colza qui paraît tolérante peut devenir sensible l’année suivante », souligne Thierry Levengueux, Cetiom, qui participe depuis le début aux expérimentations chez Jean-Michel Goulard. Au fil des inscriptions, il semblerait que les semenciers prennent en compte désormais la tolérance à l’orobanche et que les variétés actuelles soient moins pénalisées que celles qui étaient commercialisées dans les années 80. Parallèlement aux essais variétaux, un test de lutte chimique est suivi depuis trois ans. Des résultats intéressants se dégagent en couplant une variété et un herbicide pour laquelle elle est tolérante. Mais ni ce type de variété (technologie Clearfield), ni l’herbicide ne sont autorisés en France. « Nous obtenons jusqu’à 95 % d’efficacité avec cette stratégie, relate Jean-Pierre Palleau. Mais il ne faut pas se faire d’illusion. L’orobanche a un potentiel d’adaptation très important. La lutte chimique n’est pas une solution à long terme. »


EFFETS AVEC LES CULTURES INTERMÉDIAIRES
En réalité, peu de méthodes efficaces sont mentionnées dans la bibliographie. Le Cetiom tente toutefois de vérifier l’impact d’une interculture sur le stock de semences du parasite qui peut produire 500 000 graines par pied. La culture intermédiaire est détruite avant que les graines d’orobanche n’arrivent à maturité. L’essai a donc pour but de vérifier si cette pratique limite au moins le stock de graines dans le sol. Des échantillons de terre avant et après l’interculture sont prélevés pour le comptage des graines qui est réalisé grâce à un test génétique PCR (polymerase chain reaction) par le Cetiom de Grignon. Les chercheurs autant que les producteurs sont démunis face à ce parasite. L’enquête réalisée auprès de cent agriculteurs au début des années 2000, n’a dégagé aucune règle précise quant aux conditions d’infestations. Seraient favorables cependant les terres argilo-calcaires et des condi- tions climatiques modérées. Ces conditions peuvent peut-être expliquer le cantonnement de l’orobanche à la région Poitou-Charentes (plus quelques secteurs de Vendée, de Dordogne). Le parasite se propage un peu sur la région avec quelques communes nouvelles touchées mais on ne note pas d’extension au-delà. Bon an, mal an, ce sont entre 20 000 et 25 000 hectares de colza qui sont infestés par la plante parasite.

RÉSULTATS 2011
Des variétés à bon comportement

Pour la campagne 2010-2011, 53 variétés sont en cours de test par le Cetiom avec pour témoin la variété ES Alienor, très sensible. Mi-mai, les notations effectuées donnaient quatorze variétés avec un bon comporte- ment, c’est-à-dire présentant des notes supé- rieures à 7 sur une échelle de 10. Il s’agit des variétés Pamela, ES Alias, DK Cabernet, Tuareg, Hybrirock, DK Exstrom, Kapti CS, DK Expo, Azur, Alesi, ES Neptune, Bizzon, DK Extec et ES Agatha. Une notation courant juin devait affiner le classement variétal.

 

AVIS DE L’EXPLOITANT : Jean-Michel Goulard, Saint-Maxire (79)
« Des rendements qui plafonnent à 25 quintaux par hectare »

« J’ai été l’un des premiers agriculteurs à constater de l’oro- banche dans mes parcelles. C’était dans les années 90. Avec son pouvoir de dissémination par le vent, les outils, l’homme ou les animaux, je pense que le parasite s’est en fait intro- duit sur mon exploitation en raison du travail d’entraide que je pratiquais régulièrement. Pour essayer de limiter son déve- loppement, j’ai choisi des variétés à bon comportement que j’implante selon une rotation de quatre ans : blé-colza-blé- tournesol. Malgré les risques que cela peut engendrer, les semis de colza sont programmés seulement à la mi-septembre pour éviter un trop fort développement de l’orobanche. Au fil des années, le parasite pénalise de plus en plus mes cultures. Les rendements plafonnent désormais à 25 quintaux par hectare. Les surfaces en colza vont encore diminuer l’an prochain. Face à cette calamité, je ne serais pas hostile à cultiver des variétés OGM résistantes au glyphosate. »

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