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L’agronomie est la meilleure arme contre l’érosion

Le département du Pas-de-Calais est un concentré de problèmes sur les phénomènes d’érosions des sols. Plusieurs acteurs, dont les agriculteurs, organisent la lutte pour réduire les pertes de terre.

Pour que le ruissellement cesse, il faut que l’eau puisse s’infiltrer, grâce à la couverture végétale du sol et le non-labour qui réduit les risques de perte de terre.
© C. Gloria

« L’équivalent de dix centimètres de terre perdue sur cent hectares ! C’est ce qu’ont représenté les 350 000 tonnes de terres transportées pendant deux hivers consécutifs par la Canche, rivière qui se jette dans la mer de la Manche au niveau de la ville du Touquet. La mesure a été faite par l’agence de l’eau Artois-Picardie. » Spécialiste des sols à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais, José Thellier a trouvé un chiffre parlant pour rendre compte du phénomène érosif dans le Pas-de-Calais. Ce département comporte dans sa quasi-totalité des sols hautement sensibles à l’aléa de l’érosion. Pour José Thellier, le meilleur moyen de la combattre est de ne pas travailler le sol dans les parcelles agricoles. « C’est ce que nous essayons de promouvoir. Associé à la couverture végétale à l’interculture, ce moyen agronomique règle à 70 % les problèmes d’érosion. »

Pierre-Yves de Lamarlière habite Béthonsart, une commune non loin d’Arras. Il est à la tête d’une exploitation agricole de près de 200 hectares, sur des terres limoneuses profondes avec collines et vallons. « J’ai commencé à supprimer le labour il y a vingt ans pour diminuer ces phénomènes d’érosion. Et j’ai mis en place des couverts végétaux d’interculture avant qu’on ne les rende obligatoire, précise-t-il. J’ai acheté un semoir Väderstad pour faire des semis sans labour. Cela a permis de diminuer la battance de mes sols et de ne plus connaître les ravines qui pouvaient survenir après les labours de printemps. J’ai commencé par semer mes blés sans labour, puis mes betteraves, mes pommes de terre… Depuis quinze ans, l’exploitation est menée en non labour dans son intégralité. » Les terres limoneuses font, malgré tout, l’objet d’un décompactage avec un fissurateur Actisol sur 20 à 25 cm de profondeur au printemps ou à l’automne.

Une couverture végétale rapide et efficace à l’interculture

Les couverts végétaux sont un autre moyen de protéger les sols. « Après la moisson qui se déroule autour de la mi-août dans notre région, je sème des couverts début septembre, surtout de la moutarde, après un ou deux faux-semis au déchaumeur. La moutarde est ce qui est le plus efficace en semis tardif pour couvrir un sol », estime l’agriculteur. Il a essayé des semis plus précoces avec de la phacélie avant la culture de pois et un mélange avoine-trèfle avant le lin textile. Ces espèces ont l’avantage d’être plus drainantes que la moutarde même si leur croissance est moins rapide. L’agriculteur fait partie d’un collectif d’agriculteurs au travers d’une Cuma intégrale. Il ne s’en cache pas. Cela lui a facilité le passage au non labour.

Plus ponctuellement, des aménagements ont été réalisés en bordure de certaines de ses parcelles comme des fascines, des haies et des bandes enherbées qui jouent un rôle contre l’érosion. La chambre régionale d’agriculture des Hauts-de-France intervient sur ces aménagements avec quatre salariés travaillant à temps plein sur la lutte contre l’érosion. « Il existe des conventions avec les maîtres d’ouvrage que sont les communautés de communes en majorité, explique François Derancourt, un des salariés « érosion » de l’organisme. Nous aidons à réaliser des diagnostics et à établir des projets d’aménagements avec des partenaires financiers. Pour les études et les travaux, l’agence de l’eau Artois-Picardie prend à sa charge 60 % du financement, le conseil départemental 20 % et la communauté de communes concernée finance les 20 % restants. » Cette dernière est responsable de l’opération et elle la dirige. Ensuite, elle se charge de l’entretien des réalisations. « Depuis les années 90, 3200 ouvrages antiérosifs ont été réalisés dans le Pas-de-Calais dont 2200 fascines pour un linéaire de 43 km, des haies sur 75 km et 108 bandes enherbées pour une surface de 13 hectares », précise François Derancourt.

Les fascines ne règlent pas tout

Les fascines ont l’avantage d’être efficaces immédiatement pour lutter contre l’apparition de ravines. « Mais l’érosion ne se gère pas qu’avec des fascines. C’est trop restrictif, juge Hubert Péru, spécialiste des sols et gérant de la société de conseil Agrosol. Leur installation est efficace ponctuellement mais ne baser la lutte contre l’érosion qu’avec ce type d’aménagement signifierait que l’on accepte le ruissellement qui entraîne les particules du sol. » L’agronome insiste sur la nécessité de prendre en compte le fonctionnement d’une exploitation agricole dans la globalité de sa surface pour le diagnostic de situation : « c’est le moyen de limiter au maximum les coulées de boues avant de décider de la réalisation d’aménagements. Il faut intervenir sur les pratiques agricoles, à savoir l’assolement, la taille et la longueur des parcelles, le travail du sol… »

Hubert Péru apporte quelques solutions de bon sens. « Une entrée de champ devra se situer sur un point haut de la parcelle et non en bas où risquent de s’échapper les coulées de boues, indique-t-il. Quant à l’assolement, c’est essentiel sur un versant. Il vaut mieux éviter qu’il ne soit occupé que par des cultures de printemps par exemple car alors, il n’y aura aucun obstacle au ruissellement et à la perte de sol pendant la période des semis. » Le maillage d’un versant par des cultures d’hiver et de printemps empêche les phénomènes amplifiés d’érosion. Il existe au final tout un panel de solutions pour cesser de considérer que l’érosion est une fatalité.

Des orientations qui font grincer des dents

Les communautés de communes ont récupéré la compétence sur la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (Gemapi) depuis l’application de la loi éponyme le 1er janvier 2018. Pour financer les opérations, elles peuvent créer une taxe qui est plafonnée à 40 euros par habitant et par an. Avant cela, les communautés de communes intervenaient au travers de Programme d’actions et de prévention des inondations (Papi). Les mesures peuvent aller jusqu’à des expropriations pour la réalisation de bassins de retenues, ce qui a déjà été fait localement. « C’est une menace qui pèse sur certains de nos terrains, signifie Pierre-Yves de Lamarlière, agriculteur. Quand des aménagements antiérosifs sont réalisés sur nos parcelles, nous ne sommes déjà pas indemnisés sur les retraits de sol qui en résultent. Il faudrait que quelqu’un paye cette perte de surface en cultures. Je regrette que les indemnités faites pour la lutte contre l’érosion qui vont aux chambres d’agriculture n’arrivent pas à l’agriculteur. »

Les ouvrages antiérosifs profitent à la perdrix

« J’ai fait d’une pierre deux coups avec ces haies et bandes enherbées car elles servent à maintenir un bon niveau de populations de perdrix grises en plus de limiter la perte de terre. » Pierre-Yves de Lamarlière est chasseur à ses heures. Les bandes qui font six mètres de large sont composées d’un mélange de phléole et de luzerne. L’agriculteur reçoit pour celles-ci une indemnité de 1000 euros de l’hectare tous les ans par la Fédération départementale des chasseurs au titre d’aménagement cynégétique.

EN SAVOIR PLUS : Lutter contre l’érosion

Facteurs générant l’érosion, état des lieux en région, fiches techniques par type d’aménagements et pratiques agricoles antiérosives, réglementation et financements : un ouvrage complet de 32 pages sur l’érosion des sols est mis à disposition par la chambre d’agriculture des Hauts-de-France sur son site web (1). Ce dernier apporte, en outre, des informations complémentaires sur la problématique de l’érosion.

(1) www.nord-pas-de-calais.chambre-agriculture.fr

EN CHIFFRES : Des limons et des vallons

Le Gaec Terre et lait avec Pierre-Yves et Christine de Lamarlière comme associés
Des limons battants profonds avec des taux de matière organique de 2 à 2,5
1998 Début de la suppression du labour
75 hectares de blé tendre, 25 de betterave sucrière, 25 de maïs ensilage, 20 de lin textile, 12 de pois de conserve, 30 de prairie (élevage laitier avec 90 vaches)
Cultures de printemps et d’hiver alternent avec une rotation de type blé – betterave – blé – lin - blé – pois – maïs
6 agriculteurs regroupés dans la Cuma intégrale du Haut-Clocher depuis plus de vingt ans
Haies sur 500 mètres, bandes sur 1 hectare, une fascine ????
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