Aller au contenu principal

Blé dur
La semoulerie prise dans la tenaille des prix

les industriels sont répercuté difficilement la hausse des cours du blé dur sur le prix des pâtes dans une campagne inédite où ils ont peiné à assurer leurs couvertures.

«Notre secteur s’attendait à des tensions mais pas à un tel cataclysme. » L’onde de choc encaissée par l’industrie de la semoulerie et des pâtes se propage encore et laissera des traces. « Depuis longtemps, notre filière entretient une culture contractuelle entre la production et l’aval. La volatilité des prix ferait presque oublier les contraintes sanitaires, la traçabilité, le DON, le travail sur les variétés et les attentes du consommateur.Trente années de partenariat semblent balayées », déplore Christine Petit, secrétaire générale du Comité français de la semoulerie industrielle (CFSI) et du syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires de France (Sifpaf).

PEU D’ACTEURS SUR LE MARCHÉ

Dès son démarrage, la campagne « n’a pas fonctionné comme d’habitude » dans un marché de plus en plus tendu où « il a été difficile de trouver de la marchandise », soulignaient des industriels au colloque blé dur de Labège, organisé par Arvalis.Une situation très inconfortable pour des entreprises qui achètent sur un segment un peu à part du marché des céréales comptant peu d’acteurs. Le blé dur ne représente que 33 millions de tonnes sur les quelque 600 millions de tonnes de blé produits dans le monde.Au coeur de la principale zone de consommation, l’Union européenne est devenue régulièrement déficitaire, renforçant la dépendance du pourtour méditerranéen aux approvisionnements nords-américains. Si la France est excédentaire avec une production de 2 millions de tonnes, ses volumes sont disputés sur un marché communautaire et méditerranéen largement ouverts. Les sept semouleries installées sur le territoire se disputent les parts d’un marché français de la pâte sèche depuis longtemps à maturité. « Le secteur est pris en tenaille entre le prix du blé aspiré dans une spirale haussière et la difficulté de passer des hausses de tarifs aux distributeurs dans un contexte médiatique focalisé sur le pouvoir d’achat », poursuit Christine Petit.

TRÉSORERIES MISES À MAL

La crise n’est pas simplement économique; elle est aussi financière. Les délais de paiement de la grande distribution se font sévèrement sentir sur les trésoreries. « Les semouliers paient le blé dur comptant à 30 jours, financent leurs stocks de couverture environ 30 jours et leur poste client 80 jours de plus. » Un décalage de trois à quatre mois qui, avec le triplement de la matière première, a pris des proportions inédites en termes de besoin en fonds de roulement. Le blé dur n’est pas anecdotique dans leprix des pâtes. « En moyenne, il intervient pour 85 % dans celui de la semoule et celle-ci représente 50 % du prix de revient industriel des pâtes », détaille Christine Petit. Rogner les marges industrielles ne suffit pas pour empêcher la hausse des prix dans les linéaires. Une réalité que certains distributeurs ont dû admettre en novembre, suite à des ruptures de stocks sur leurs propres marques. Très disputé, le marché français se caractérise par des importations de pâtes qui représentent près de la moitié de la consommation. Il s’agit pour l’essentiel de marques distributeurs, fabriquées par des industriels italiens. Ces derniers ont préféré interrompre leurs livraisons plutôt que de travailler à perte. Les pâtes sont un produit d’appel emblématique.Cependant, « il faut relativiser l’impact de l’augmentation des prix pour le consommateur, considère Christine Petit. En se basant sur une consommation de 11 kilos par famille et par an, une hausse de 15 % se traduit par un surcoût de 20 centimes d’euros par mois. C’est un produit peu cher qui le restera. »

NOUVELLE CONTRACTUALISATION ?

À mi-campagne, l’inquiétude chez les semouliers n’est pas dissipée. « Allons-nous revivre l’an prochain ce scénario de totale absence de visibilité du marché mondial, de spéculation et de rétention de marchandise ? », interpellaient-ils au collqoue blé dur de Labège par la voix de leur secrétaire générale. La volatilité des prix des céréales devient un aléas durable pour les acheteurs comme pour les vendeurs. « Nous devons nous organiser sur la base d’un nouveau mode de contractualisation. L’industrie française reste, avec ses 700 000 tonnes de blé dur triturés par an, le partenaire commercial privilégié de la production française », lancent les industriels aux producteurs.

« Nous ne sommes pas insensibles à la situation des industriels. Dans l’euphorie des prix, n’oublions pas que nous avons besoin d’outils de transformation debout autour de nos bassins de production, répond Jean-François Gleizes, président de la Commission blé dur de l’AGPB, mais la hausse de la matière première doit aussi se répercuter sur le panier de la ménagère » ajoute-til. !

Les plus lus

Tour de vis Covid : le télétravail systématique étendu à l’agriculture
Protéger le monde agricole de la pandémie en pleine progression dans les territoires : c'est l'objectif visé par le gouvernement…
Des betteraves en début de levée sont  vulnérables au gel. © C. Gloria
Météo : gel à risque en vue pour les colzas et les betteraves
L’an passé avait connu un épisode de froid intense à la fin mars qui avait eu un impact sur les cultures, notamment sur les…
Au stade cotylédon, le gel se traduit par un noircissement qui se généralise et détruit le pied de betterave. © F. Franzetti
Gel : betteraves, céréales, colzas... quelles conséquences pour les cultures ?
Outre des dégâts spectaculaires en vigne et en arboriculture, le gel a aussi été destructeur pour les grandes cultures, à…
Les cours du colza ont atteint 528 €/t rendu Rouen le 8 mars, établissant un nouveau record. Qui pourrait bien être battu dans les semaines qui viennent... © G. Omnès
Prix record en colza : vers les 600 euros/tonne ?
Les prix du colza ont été propulsés à un niveau encore jamais atteint. Demande dynamique en huile, offre en graines réduite,…
Gel/betteraves : Cristal Union fournira gratuitement les semences des ressemis pour préserver les surfaces
Le groupe coopératif Cristal Union fournira gratuitement les semences pour ressemer les parcelles de betteraves détruites par le…
Le comportement du blé OGM tolérant à la sécheresse dans les conditions très difficiles de 2020 a convaincu Guillermo Irastorza d'accroître sa surface en 2021. © G. Irastorza
« J’ai cultivé du blé OGM résistant à la sécheresse », G. Irastorza, agriculteur argentin
Guillermo Irastorza, producteur argentin, a participé en 2020 aux essais plein air à grande échelle du blé OGM HB4 récemment…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures