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SÉLECTION
La résistance herbicide gagne les tournesols

Les maïs résistants à l’herbicide Stratos Ultra se développent lentement mais sûrement. À compter de 2010 deux tournesols résistants à des herbicides sont mis à disposition des producteurs. Et en 2011, ce sera au tour du colza…

Blé, soja, maïs, colza, tournesol… la technologie Clearfield semble se décliner à l’infini. Elle confère la résistance aux herbicides de la famille des imidazolinones et elle est surtout développée outre-Atlantique. En France, pour la première année, des tournesols Clearfield vont pouvoir être cultivés puisque l’herbicide Pulsar 40 (imazamox) auxquels ils sont résistants a fini par être homologué. Les tournesols Express Sun présentent une résistance à un autre herbicide, le tribénuron méthyle (Express SX). Avec ces variétés, arrive la possibilité de désherber chimiquement les tournesols en post-levée et de contrôler efficacement un certain nombre d’adventices particulièrement problématiques(1).

L’utilisation des tournesols Clearfield et Express Sun doit-elle se généraliser pour autant ? En aucun cas. « Pour 2010, nous prévoyons des semis sur quelques dizaines de milliers d’hectares », table Frank Duroueix, spécialiste désherbage au Cetiom.Dans la majorité des cas, un désherbage de prélevée associé ou non à des binages après la levée de la culture suffiront à bien maîtriser les adventices. « Il vaut mieux réserver les variétés résistantes et herbicides associés à des situations où le traitement de post-levée apportera une efficacité nettement supérieure à l’intervention de prélevée, conseille Frank Duroueix. Il s’agit des parcelles confrontées à des flores adventices difficiles voire des impasses techniques : ammi élevée, ambroisie, bidens, datura, lampourde (xanthium), éthuse, liseron des haies, chardons ou encore tournesols sauvages…» Les niveaux d’efficacité des deux herbicides approchent ou même dépassent les 90 %, ce qui est remarquable par rapport aux autres solutions de désherbage sur tournesol.

RISQUES DE RÉSISTANCES ADVENTICES

Le Cetiom met en garde contre le risque de sélection de mauvaises herbes résistantes à ces deux produits. « Contre l’ambroisie à feuille d’armoise, le risque vient densité de l’adventice dans certaines situations. Obligatoirement, il faudra appliquer la pleine dose des produits, par exemple Pulsar 40 à 1,25 l/ha, et ce sur des ambroisies jeunes (stades cotylédons à 4 feuilles) », précise Frank Duroueix. Mais pour réduire au minimum la sélection d’ambroisies résistantes, le Cetiom conseille d’appliquer le produit Nikeyl à 2 l/ha en prélevée suivi de Pulsar 1 l/ha (ou Express SX). Les mesures agronomiques complèteront efficacement la lutte contre les ambroisies : décalage des dates de semis de tournesol avec destruction avant semis, binages si besoin…

DÉTRUIRE LES PLANTS SAUVAGES

Le tournesol sauvage donne encore plus de fil à retordre aux producteurs. Les herbicides efficaces contre ces plantes n’étaient pas sélectifs de la culture du tournesol jusqu’à la mise à disposition des technologies Clearfield et Express Sun. Le risque de croisement entre ces variétés résistantes à un herbicide et des tournesols sauvages est évident.Dans les parcelles de tournesols Clearfield ou Express Sun, il est obligatoire de détruire tous les plants sauvages avant leurs floraisons. Le stade de traitement est important : si les herbicides sont appliqués trop tôt, de nouvelles levées de tournesol ont lieu et au-delà du stade 8 feuilles, les produits perdent nettement de leurs efficacités.

Le stade 4 feuilles est le moment optimal pour intervenir et les produits se montrent alors très efficaces, à condition d’être utilisés à pleine dose. « Aucun tournesol sauvage ne doit survivre, insiste Frank Duroueix. Il faut vraiment traiter toutes les zones. Le binage peut venir en complément ou le décalage de semis. Les pieds de tournesols sauvages qui auront pu survivre devront être impérativement arrachés. Un faux-semis après récolte pourra faire lever quelques graines supplémentaires. » Les bords de parcelles et les champs voisins sont à surveiller particulièrement. Le niveau d’infestations entre parcelles mitoyennes n’est pas négligeable.

MÊMES MODES D’ACTION QUE LES SULFONYLURÉES

Plus pernicieux sont les risques de résistance des adventices présentes aussi bien dans les parcelles de blés que de tournesol. Imazamox et tribénuron-méthyle sont des inhibiteurs de l’enzyme ALS, tout comme la grande familles des sulfonylurées, les pyroxsulam, métosulam, florasulam (produits de Dow AgroScience) et l’Attribut de Bayer, autant d’herbicides largement utilisés sur céréales.Vulpins et ray-grass ont développé des résistances à ces produits.Avec une utilisation soutenue d’imazamox et de tribénuron méthyle sur tournesol, on prend le risque d’accélérer le passage à la résistance de l’ensemble des populations de vulpins et de ray-grass mais aussi de faire émerger les populations résistantes aux inhibiteurs de l’ALS d’autres adventices. Le Cetiom en a bien conscience et a conçu toute une démarche d’utilisation de Pulsar 40 et d’Express SX sur les tournesols qui entrent dans des rotations comportant des céréales.

L’ammi élevée est un cas d’école. « Sur céréales, seules les sulfonylurées permettent de détruire cette adventice. Sur tournesol, on évitera d’avoir uniquement recours à des produits de même mode d’action. Nous continuons donc à conseiller un traitement à base de Novall (quinmérac + métazachlore) en prélevée même s’il est prévu l’utilisation de Pulsar 40 ou d’Express SX par la suite, précise Frank Duroueix. Contre le ray grass, il faut user également des différents modes d’action herbicides efficaces contre cette graminée pour suppléer les inhibiteurs de l’ALS :Mercantor Gold en prélevée en tournesol, chlortoluron et Défi sur céréales. Les solutions agronomiques telles que les labours ou les faux-semis doivent compléter la panoplie des modes de destruction des mauvaises herbes pour réduire les risques d’émergences de résistances. » Les produits chimiques ne sauraient à eux seuls régler tous les problèmes d’infestation.

AVENIR

Des colzas Clearfield pour 2011

Le colza a droit à sa technologie Clearfield. « De telles variétés résistantes à l’imazamox sont très prometteuses. Leur utilisation apportera de vraies solutions de traitements en post-levée, considère Frank Duroueix, Cetiom. L’imazamox présente un spectre d’efficacité sur des adventices difficiles à contrôler sur colza comme les géraniums et les crucifères notamment. Le produit contribuerait à améliorer la lutte contre l’orobanche rameuse. Les premières variétés de colza Clearfield ont été annoncées pour 2011 en France. » Pour le moment, ces colzas sont déjà cultivés au Canada (canola), au Kazakhstan et, plus près de nous, en Ukraine depuis cette campagne.

 

COÛT ÉCONOMIQUE

Les tournesols résistants ne sont pas donnés

Pour les variétés Clearfield et Express Sun, le coût de semence sera légèrement supérieur à celui de variétés conventionnelles, « de l’ordre de 7 à 10 euros de plus à l’hectare », estime Frank Duroueix. Il ne faut pas attendre d’économie du côté du poste herbicide avec ces tournesols. « Les programmes herbicides sur ces variétés se chiffrent à environ 70-75 euros à l’hectare, ce qui, après la disparition de la trifluraline, équivaut à la moyenne de la charge herbicide en France sur tournesol », précise le spécialiste du Cetiom.

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