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À la recherche de l’adjuvant multifacette

Les fabricants d’adjuvants rêvent de mettre au point la solution qui conviendra à différentes catégories de produits phytos (herbicides, fongicides…) tout en apportant plusieurs fonctionnalités pour optimiser les performances des applications. On s’en approche…

Huiles, mouillants, sulfates... au travers du désherbage des céréales, il n’y a pas beaucoup d’hectares qui ne reçoivent pas un ou plusieurs adjuvants extemporanés. Ces solutions sont préconisées en mélange avec la majeure partie des antigraminées foliaires, notamment. Les adjuvants sont importants en agriculture et leur utilisation ne se limite pas aux traitements herbicides.

Comment ont-ils évolué ces dernières années ? « En quinze ans, nous sommes passés d’une gamme composée en grande majorité d’huiles toutes simples à un marché quatre à cinq fois plus important intégrant une variété de solutions », remarque Jérôme Hurault, chef marché adjuvants chez De Sangosse (marque Agridyne). Le marché s’est diversifié en termes de produits et de propriétés apportées aux bouillies phytosanitaires.

Une huile permet aux produits de mieux traverser la cuticule des feuilles. Un mouillant améliore l’étalement des gouttelettes et leur rétention. De plus en plus, c’est une multifonctionnalité qui est recherchée dans l’adjuvantation. Avec les herbicides en céréales, une pratique courante est de mélanger une huile à du sulfate d’ammonium pour agir sur trois propriétés : l’étalement des gouttelettes, leur évaporation (qui est freinée) et la pénétration des substances actives. Des essais de désherbage Arvalis(1) montrent que ces adjuvants (Actirob et Actimum) associés à des inhibiteurs de l’ALS améliorent de plus de 20 points l’efficacité en moyenne sur vulpin et ray-grass par rapport aux mêmes herbicides sans adjuvants et de 10 points au minimum par rapport aux herbicides + huile. Le coût de cette adjuvantation ne dépasse pas les 8 à 10 euros de l'hectare.

Une adjuvantation à tester au cas par cas

« La stratégie de l’adjuvantation deux voies ou trois voies est apparue il y a cinq ans environ avec un gros travail des Ceta et des conseillers privés », remarque Fabrice Lemarchand, Vivagro. Mais chaque produit phyto y réagit différemment. « L’efficacité des spécialités à base de glyphosate est bien améliorée avec des mouillants mais pas avec des huiles alors que l’antigraminée Axial Pratic peut se passer d’adjuvant ou être un peu meilleur avec des huiles », donne comme exemples Ludovic Bonin, Arvalis. Les effets d’adjuvants sur des produits phytos sont à juger au cas par cas.

La multifonctionnalité est mise en avant dans les adjuvants arrivés récemment sur le marché. Une façon de se démarquer des solutions traditionnelles mono ou bi-fonctionnelles. Exemples... Contenant de l’alkyl-polyglucoside, le produit Pixies (Jouffray-Drillaud) réunit plusieurs fonctionnalités : rétention, pénétration, étalement et humectation. À base de triglycéride éthoxylé et de co-formulants, Fieldor Max (Vivagro) montre des performances sur la pénétration et sur la rétention des gouttelettes. Adenda (CCL) apporte « un pouvoir solvant élevé vis-à-vis des matières actives et une grande capacité de pénétration au travers des cuticules». Il est à base d’ester méthylique d’acides gras. « Derrière des compositions et descriptions compliquées, ces produits restent simples, juge Ludovic Bonin. Adenda et Fieldor Max sont plutôt des huiles et Pixies un mouillant. Les adjuvants du marché en France sont de type huile ou mouillant. Les deux catégories sont rarement réunies en un seul produit. »

Les produits récemment mis sur le marché présentent un profil environnemental amélioré « avec des spécialités les moins classées sur le plan éco-toxicologique et les plus vertes possible de par leurs origines naturelles », résume Fabrice Lemarchand. Beaucoup de produits présentent des molécules issues du monde végétal : le colza, le pin ou des algues pour citer quelques biosourcing. « Mais ces quelques innovations sorties ces dernières années mettent beaucoup de temps à se positionner, remarque le spécialiste de Vivagro. C’est dû à un marché des adjuvants assez conservateur au sein de la distribution. »

Les adjuvants proviennent à 80 % de PME

Les nouveautés n’affluent pas. « Très peu de fabricants s’intéressent à ce marché qui est de petite taille en France. Les molécules proviennent surtout de grands industriels des tensio-actifs (Solvay, Akzo Nobel, BASF…) et elles servent avant tout à la co-formulation de divers produits chimiques dans la peinture, les détergents, la cosmétique, les phytos… Ces grands groupes s’intéressent peu au marché des adjuvants extemporanés : pour 10 000 molécules vendues en co-formulant, il y en a une qui sera développée comme adjuvant extemporané, estime Fabrice Lemarchand. Par ailleurs, avec un règlement très contraignant en France et pour ce petit marché, le retour sur investissement est aléatoire. »

Ce sont des PME(2) qui fournissent le marché hexagonal des adjuvants à côté de multinationales agrochimiques qui développent parfois un unique adjuvant à associer avec leurs propres spécialités phytos (Actirob B de Bayer, Actimum de Monsanto, Dash HC de BASF…). Certains groupes ont développé une recherche propre. « Nous avons démarré un programme de recherche et développement spécifique il y a un peu plus de dix ans, informe Freddy Pierrard, chef produits santé végétale chez Jouffray-Drillaud. La recherche consiste notamment dans la mise au point d’une méthode de screening à large échelle de diverses molécules chimiques selon un cahier des charges où sont reprises les caractéristiques recherchées pour les adjuvants extemporanés. »

Chez De Sangosse, le screening de matières actives existe depuis cinq ans. « En outre, nous travaillons les adjuvants sur différents créneaux de marché. Ainsi, nous avons réussi à démontrer que notre produit Silwet S77 avait la capacité à maximiser la matière active d’un herbicide racinaire dans les premiers millimètres du sol», affirme Alexis Canot, responsable technique adjuvants chez de Sangosse.

Au-delà des herbicides, les adjuvants sont travaillés sur les autres catégories de produits phytosanitaires. Le marché des adjuvants avec les herbicides foliaires semble avoir atteint un certain plateau. Il y a des places à prendre ailleurs, en fongicides notamment. « Les fonctions antilessivages trouvent tout leur intérêt sur des produits utilisés contre le mildiou en pomme de terre. C’est le cas avec notre produit Helioterpen Film sorti en 2014", mentionne François Giraud, Action Pin. « L’utilisation des adjuvants se développe avec les fongicides, en cultures spécialisées comme la pomme de terre, ainsi que sur céréales en T3 pour le traitement des épis contre la fusariose», remarque Denis David.

Fortes utilisations chez les « bas-volumistes »

L’évolution des adjuvants suit celle des pratiques agricoles et elle est sous l'influence de certaines législations. Les adjuvants sont faits pour optimiser les performances des phytos, voire pour en moduler les doses. « À ce titre, ils sont pris en considération dans la panoplie d’outils présentés dans le plan Écophyto et ont été proposés pour contribuer à aider les opérateurs à atteindre les objectifs affichés des CEPP » (Certificats d'économie de produits phytos), informe Denis David. Les adeptes des bas volumes de pulvérisation sont de grands utilisateurs d’adjuvants. « Actuellement, sur les plaines céréalières du Bassin parisien, les traitements se réalisent à 100-120 l/ha contre 150 l/ha en moyenne il y a seulement quelques années, ceci pour un gain de débit de chantier sur des exploitations de plus en plus grandes », constate Alexis Canot. Dans ces conditions, les adjuvants optimisent les pulvérisations. « Une étude menée en 2009 avait montré que plus les exploitations étaient grandes, plus le taux d’utilisation d’adjuvants était élevé », ajoute Denis David.

Certains adjuvants sont mis en avant pour lutter contre la dérive des phytos au moment de l’application. « Ce ne sont pas des antidérives en tant que tel puisqu’ils ne permettent pas les réductions de zones non traitées (ZNT)(3), précise François Giraud. Malgré tout, ces produits contribuent à limiter les déperditions de phytos qui peuvent être préjudiciables aux parcelles voisines et à l’environnement. » Un argument à faire valoir face aux craintes sociétales.

(1) 8 essais Arvalis de 2010 à 2015.

(2) De Sangosse (Agridyne), Jouffray-Drillaud, Action Pin, Vivagro, CCL, SDP, UPL, A2D, Primalab.

(3) Seules des buses antidérives ou des aménagements parcellaires sont autorisés pour la réduction de ZNT de certains produits phytosanitaires.


Les sept fonctions des adjuvants

Sept fonctions ont été définies chez les adjuvants pour les dossiers d’homologation. Un produit se prévalant d’une ou plusieurs de ces fonctions pourra être homologué comme adjuvant après son évaluation.

. Amélioration de la qualité de bouillie : antimousse, modification de pH, stabilisant…

- Amélioration de la qualité de pulvérisation, comme la limitation de la dérive.

- Augmentation de la rétention sur les organes végétaux après pulvérisation.

- Augmentation de l’étalement des gouttes.

- Maintien des propriétés de la préparation, en prolongeant les gouttelettes dans leur phase aqueuse par exemple.

- Réduction du lessivage.

- Amélioration de la pénétration, en rapidité ou quantité de matière active dans la plante.

Un marché en légère progression

  • 14 à 15 Mha de culture sont traités avec des adjuvants dont 5 Mha pour la catégorie des huiles et 9 Mha pour les mouillants, 1Mha avec le sulfate d’ammonium (Actimum);

  • + 2 % de croissance annuelle en moyenne sur plusieurs années;

  • Avec 64 % des usages en surface, les herbicides sont de loin les principaux produits avec lesquels on utilise des adjuvants. 19 % des adjuvants sont utilisés avec des fongicides (marché en croissance), 11 % avec des insecticides et 6 % avec des régulateurs de croissance;

  • 2 % des produits phyto : le marché des adjuvants en France est moins important qu’au Royaume-Uni (4,2 %) et qu’aux États-Unis (5 %);

  • Une petite trentaine de compositions pour près d’une centaine de produits commerciaux en France.

Données Afa, Acta et sociétés.

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