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FOURRAGE SÉCHÉ
La luzerne retrouve une certaine sérénité

La filière joue la carte de l’environnement pour gagner en crédibilité et s’assurer un avenir dans l’après-2013.

Lors de la flambée des cours des céréales en 2007-2008 et avant le bilan de santé de la PAC, personne n’aurait parié sur l’avenir de la filière luzerne déshydratée française. En cette fin 2009, les nuages se sont quelque peu dispersés, même s’il reste encore quelques barrières à franchir. Contrairement à de nombreuses productions, l’aide à la luzerne reste en partie couplée et versée aux transformateurs (33 euros par tonne). Le fait de bénéficier du régime « fourrage séché » devait cesser avec le bilan de santé de la PAC. Coop de France déshydratation a obtenu un délai de deux ans, j u s q u ’ à 2011 inclus. « La bataille a été rude, reconnaît Jean-Pol Verzeaux, président de Coop de France. Nous devons mettre à profit ces deux années pour améliorer la rentabilité de nos outils. » Car les agriculteurs qui toucheront l’équivalent sous forme de DPU pourront être tentés de se retourner vers d’autres cultures si la rémunération n’est pas suffisante.

S’AFFRANCHIR DES TAXES CARBONE

Premier enjeu : obtenir une garantie que la luzerne pourra bénéficier de l’aide aux protéagineux à partir de 2012. C’est quasiment chose faite. « Le gouvernement a indiqué (NDLR: à Bruxelles) que les surfaces de luzerne déshydratées avaient vocation à intégrer à partir de 2012 le régime de soutien à la production de protéines végétales » , a affirmé le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire. Mais cela risque de n’être que pour un an car rien ne dit que ce plan va se prolonger au-delà de 2013. Deuxième enjeu : s’épargner le plus possible de la fiscalité environnementale, en premier lieu la taxe charbon ou TICC(1). Ceci a été possible par la signature d’un accord de réduction volontaire de la consommation d’énergie fossile avec le ministère de l’Écologie. Quant à la taxe carbone, un amendement au projet de Loi de finances 2010 est en voie d’être voté, exonérant le secteur de la luzerne déshydratée de la taxe carbone. Mais ce dernier sera soumis au régime de quotas de carbone à partir de 2013.

LA BIOMASSE ET LE SOLEIL

Cette filière traîne une image de consommatrice d’énergie, surtout de charbon, pas très écologique. Il est vrai que l’énergie représente le tiers des coûts de production de la luzerne déshydratée. « En près de trente ans, nous avons baissé notre consommation d’énergie fossile de 44 % grâce à une amélioration des rendements énergétiques des usines et au remplacement progressif du charbon par la biomasse », souligne Jean-Pol Verzeaux. Déjà 19 usines sur 26 utilisent des plaquettes de bois et sciures, issues de céréales, miscanthus, taillis courte rotation ou biogaz. Cet été a aussi connu des évolutions dans le mode de récolte, avec le préfanage à plat. « Le principe est de répartir le fourrage sur toute la surface du sol au lieu de le laisser en andains, afin d’améliorer la déshydratation naturelle au champ », explique Éric Guillemot, directeur de Coop de France déshydratation. En 2009, cela a permis une baisse du taux d’humidité de 3,5 % du produit par rapport au préfanage en andains. Avec des progrès sur d’autres process industriels, cela devrait permettre une économie d’énergie de 15 à 20 % d’ici à cinq ans.

BIODIVERSITÉ AMÉLIORÉE

Si la luzerne doit améliorer son image sur la question de l’énergie, ses atouts ne sont plus à démontrer en matière environnementale. Captage de l’azote de l’air, sobriété en pesticides, couverture permanente du sol d’où une protection de la qualité de l’eau, refuge pour la biodiversité… Et pourquoi ne pas, malgré tout, les démontrer, voire les renforcer par de nouvelles conduites culturales? C’est ce que Coop de France déshydratation s’emploie à faire aujourd’hui. Et il s’est entouré des organisations ayant pignon sur rue afin de se garantir un maximum de crédibilité: WWF, Ligue de protection des oiseaux (LPO), Museum d’histoire naturelle,Réseau biodiversité pour les abeilles, Agence de l’eau Seine-Normandie. Pas moins ! Une expérimentation est en cours afin de comparer la présence de la faune — oiseaux, chauves-souris, abeilles, papillons, criquets et sauterelle — sur une parcelle de céréales, une de luzerne et une autre de luzerne comportant des bandes de sept mètres non fauchées temporairement afin de laisser la luzerne monter en fleurs. Les premiers résultats confirment l’intérêt de cette culture sur la biodiversité. L’objectif de la filière est désormais très clair : proposer une mesure agro-environnementale « cousue main » qui inciterait les agriculteurs à s’engager dans cette production. Une MAE pilote en Champagne- Ardenne pourrait être créée dans un premier temps dans le but de rémunérer le manque à gagner dû à la culture de la luzerne et de favoriser la biodiversité en introduisant des techniques culturales innovantes. « Notre objectif est d’avoir un niveau de rémunération autour de 400 euros par hectare », poursuit-il. Ainsi l’avenir se montre sous de meilleurs auspices. « Les surfaces ont cessé de baisser au niveau européen, souligne Jean-Pol Verzeaux. Nous sommes assurés d’un soutien jusqu’en 2012, nous avons eu une bonne stratégie commerciale en 2009 en ajustant notre politique de prix pour garantir des débouchés et enfin nos usines ont diversifié leurs activités.Tout cela nous a permis de retrouver de la sérénité. »

Quelle marge offre la luzerne

Rendement: 12,5 tonnes MS à l’ha à 80euros la tonne, soit 1000 euros par hectare.

Charges opérationnelles: 350euros/ha en semences, engrais et désherbage (50 à 75 euros/ha la 1re année).

Pas de frais de récolte, l’usine les prend en charge et les répercute sur le prix d’achat.

Marge brute : 650 euros/ha.

 

France occupe la deuxième place en Europe

- 3,6millions de t de production européenne de luzerne déshydratée en 2009-2010 (+ 14%) et 760000 t de production française (- 7,6%).
- 300000 ha de luzerne en France, dont 80000 pour la déshydratation.
- 27 usines, 10 groupes coopératifs. Depuis le rapprochement d’Alfaluz et Euroluz pour créer l’union Luzeal en juillet 2009, Euroluz est entré dans l’union Désialis regroupant désormais 80 % du marché français.
- 1 500 emplois. Le 3e employeur privé de Champagne-Ardenne.

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